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Violences politiques -GUINEE-

7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 09:58

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Le Démocrate : Le Mouvement social vient d’adresser un ultimatum au président par intérim du CNDD, menaçant de déclencher des actions de protestation à partir du 5 janvier, s’il ne prenait pas ses responsabilités ?

Hadja Rabiatou Sérah : Je vous remercie d’être venus vers nous. C’est bien ce que le Mouvement social a dit. Et je rappelle ici que le Mouvement social regroupe les huit (8) centrales syndicales, la Société civile, et l’Organisation patronale. Il n’y a pas que les syndicats simplement dans le Mouvement social. Donc nous, nous avons pensé qu’un président de la République bien qu’il soit atteint, doit s’exprimer. Vous avez vu récemment le président du Nigeria, malade mais malgré tout, il s’est adressé à son peuple dans son lit de malade et on se souvient encore que Lansana Conté était mourant, mais en Suisse, quand les rumeurs ont couru, il s’est adressé au peuple. Donc c’est un de nos points de revendications qui dit que nous voulons connaître l’état de santé réel du président Moussa Dadis Camara. On ne peut pas cacher ça au peuple, il ne doit pas être mis de côté concernant sa maladie. Le peuple doit être informé de jour en jour de sa santé réelle, pour qu’on sache à quoi cela pourrait mener. Et nous avons parlé aussi du pouvoir d’achat, de la population et du travailleur en général, parce que vous savez aujourd’hui que la monnaie glisse, le taux d’inflation fait qu’aujourd’hui un travailleur ne peut pas se nourrir, n’a pas accès à l’éducation, n’a pas accès aux soins de santé. C’est dans ce sens d’ailleurs que nous avons rencontré le 3 décembre l’équipe gouvernementale, concernant justement les conditions de vie des travailleurs.

Malheureusement, c’est ce jour qu’on a tiré sur le président. Et nous avons parlé de l’insécurité grandissante, et des barrages. Nous ne sommes pas contre les barrages qui font leur travail pour dépister la drogue, les armes et autres trafics illicites. Mais ces barrages servent à quoi aujourd’hui ? Si ce n’est à faire souffrir le peuple, à brigander de pauvres citoyens.

Voici donc les principaux points que nous avons soulevés, et nous avons dit au président intérimaire que nous voulons des éclaircissements avant le 5 Janvier, autrement le Mouvement social va protester pacifiquement pour avoir des informations réelles au nom du peuple.

Par ce que ce peuple est à respecter, car il a trop souffert, et ce peuple en question qui est toujours victime, c’est à son nom qu’on prétend tirer sa légitimité quand on est au pouvoir. C’est ce que le Mouvement social veut faire cesser et que ça cesse.

Le Démocrate :Pensez-vous que le moment est bien choisi pour attirer les gens dans la rue, après ce qui s’est passé le 28 septembre ?

On ne vous a jamais dit que nous attirons les gens dans la rue, nous nous avons nos méthodes. N’oubliez pas que nous avons fait des grèves ici qui ont été civilisées. Il n’est pas dit que c’est toujours d’aller dans la rue et faire la violence. Nous, nous ne voulons plus de la violence. Notre intention est que même un poulet ne soit plus tué en Guinée, à plus forte raison qu’un Guinéen ne meure dans des manifestations, qu’il soit civil ou militaire.

Nous ne voulons plus qu’un Guinéen soit tué dans des violences sans fondement, sans raison, parce que nous sommes une famille. Donc il n’est pas dit que pour le Mouvement social, il s’agit de drainer les gens dans la rue. Il y a des méthodes que nous comptons adopter au cours d’une réunion que nous tiendrons dans les heures qui suivent.

Afin de voir comment nous y prendre, pour éviter que nos actions ne débordent.

Pour manifester notre mécontentement, on peut porter des brassards, tout en étant au travail, on peut aussi rester à la maison. Voilà, il y a plusieurs façons de protester, sans descendre dans la rue.

Le Démocrate : On a l’impression que les syndicats ont pris leur distance avec les Forces vives, laissant les partis politiques seuls. Qu’en est-il réellement ?

Là aussi je m’inscris en faux. Nous n’avons pris aucune distance vis-à-vis des Forces vives. L’initiative de création du Forum des Forces vives est venue de nous. C’est nous le Mouvement social qui avons fait le porte-à-porte pour consolider ce mouvement.

Quand le CNDD est venu au pouvoir, tout le monde a adhéré aux partis politiques et au mouvement syndical. On se dit que nous devons être unis. Le Mouvement social, et particulièrement les syndicats, nous avons convié les leaders des partis politiques à une rencontre à la Bourse du travail le 8 Février 2009. Donc le Forum des Forces vives est né à partir de cette rencontre. On ne peut pas mettre un enfant au monde et le laisser à la poubelle.

Sachez que les Forces vives sont venues trouver que le Mouvement social était là. Chacun a sa paternité, même le Forum des Forces vives, les partis politiques, les leaders, chaque parti a la paternité de son parti.

Il y a 8 centrales syndicales mais, de ces 8 centrales syndicales, moi j’ai la gestion de la CNTG, Ibrahima Fofana a la gestion de l’USTG, Yamoudou a la gestion de l’ONSLG, Magbé a la gestion de la CGSL. Mais aujourd’hui quand on est dans l’intercentrale, nous parlons de l’intercentrale, cela ne signifie pas que chacun n’est pas issu d’une organisation. Mais nous voulons être unis, pour être forts. Et c’est en cela donc, nous n’avons pas quitté les Forces vives, pas du tout. C’est un enfant issu de nous.

Le Démocrate : Quel schéma de sortie de crise le Mouvement social peut-il proposer aux Guinéens ?

Il n’y pas autre chemin à suivre, il y’a une feuille de route à suivre parce que nous tous, nous avons accepté d’aller à Ouaga, rencontrer le Groupe de contact international (GCI-G), récemment. Ensuite, ils ont dit qu’il y a des points à appliquer pour sortir de la crise. Je n’ai pas le document sous les mains. Mais aujourd’hui, ce qu’il y a lieu de faire, c’est que les Forces vives, la population, le Gouvernement et le CNDD, nous devons aller dans ce sens pour voir comment on peut faire la mise en œuvre d’une nouvelle autorité de transition. C’est ce qu’il nous faut aujourd’hui parce que tant qu’on ne met pas le CNT en place, qu’on ne définit pas le rôle de chacun, qu’est ce que l’armée doit faire dans cette transition ?

Qu’est-ce que le CNT doit faire ? Qu’est-ce que le Gouvernement doit faire ? Que chacun puisse jouer son rôle. Tant qu’on ne va pas vers une transition et que les textes soient examinés pour la modification de la loi Fondamentale, on ne pourra sortir de cette crise.

Donc il faut que chacun mette son orgueil de côté pour voir la Guinée en face, pour qu’on puisse résoudre les problèmes de la Guinée.

Les Guinéens ont eu 51 ans d’indépendance, 51 ans de misère, donc nous devons vraiment réfléchir. Le Guinéen doit savoir ce qu’il veut réellement, car nous allons de mal en pis.

C’est une honte comme d’ailleurs l’a dit le président intérimaire, c’est une honte pour l’armée, c’est une honte pour la nation toute entière qu’on tire sur un président et qu’on tire sur la population.

Le Démocrate : Pensez-vous que le rapport de la commission internationale d’enquête sur la répression du 28 Septembre est fiable ?

Nous, le Mouvement social nous pensons en tout cas que c’est fiable. C’est fiable pour la simple raison que les témoignages sont là, ils ont écouté des personnes. On touche du doigt la réalité, dans ce rapport. Ceux qui sont morts sont morts, ils ne peuvent pas parler mais leurs parents sont là. Ceux qui ont perdu leurs parents et qui n’ont pas retrouvé leurs corps sont là aussi.

Les femmes qui ont été violées sont là. Bien que j’entende dire par la commission d’enquête nationale que les femmes n’ont pas été violées. C’est malheureux que ça soit une femme qui témoigne de cela. 

J’ai été écœurée par ce témoignage. D’ailleurs vous savez qu’en 2007, une femme a été violée dans une mosquée et tuée. Moi depuis ce jour, je me sens violée en tant que femme, au contraire nous devons nous mobiliser pour que plus jamais cela ne se répète.

On a vu des photos, des films. Faire un faux témoignage sur une réalité, Dieu même n’aime pas ça. Moi je crois quelque part qu’on dirait que ces malédictions qui pèsent aujourd’hui sur les Guinéens sont dues au mensonge qui est véhiculé partout. Je vous dis qu’il ne faut pas s’amuser avec le coran et la bible. En Guinée, on s’amuse avec ça. C’est à tout les niveaux, tu viens, tu fais semblant de faire, alors que tu sais que ton cœur n’est pas propre, tes mains ne sont pas propres. Dieu retourne ça contre toi. Ce sont des choses à respecter, des trucs sacrés pour tout croyant.

Le Démocrate : A votre avis le facilitateur Blaise Compaoré pourra-t-il trouver une formule miracle pour éviter à la Guinée de sombrer dans des violences ?

Je dis encore que le médiateur Monsieur Compaoré n’est pas de la Basse Côte, ni de la Moyenne Guinée, ni de la Haute Guinée, et ni de la Guinée Forestière, c’est un Burkinabé. Quelles que soient sa volonté, sa compétence, ce miracle viendra de nous les Guinéens.

Même s’il a cette volonté, si nous, nous n’avons pas la volonté d’aller de l’avant, ça sera une cause perdue. Quand on te lave le dos, lave-toi le ventre. Je dis d’abord aux Guinéens, aide-toi le ciel t’aidera. C’est dommage d’aller tendre la main ailleurs pour que d’autres viennent résoudre les problèmes guinéens.

Souvenez-vous encore pendant la première République, entre le Mali et le Burkina, ancienne Haute Volta, c’est la Guinée qui était là pour résoudre ce problème entre ces 2 pays. Et aujourd’hui vous pensez qu’avec toute l’expérience que nous avons, avec le brassage ethnique et culturel qui est profondément ancré chez nous, à travers des mariages entre les ethnies, et que ce soit Blaise qui vienne nous dire de ne pas accepter la guerre ethnique chez nous.

C’est à nous de le faire puisque nous l’avons prouvé en acceptant ce mélange dans nos foyers. Donc moi, je dis que chacun doit jouer son rôle. Et ce n’est pas un problème religieux ou ethnique, un forestier peut être président de la République de Guinée. Le Mouvement social ne demande pas mieux. Un malinké ou un peuhl ou un soussou ce n’est pas ça le problème. Ce n’est pas un problème religieux parce que la Guinée a toujours été un pays laïc. Mais le problème est que nous ne voulons plus de régime militaire, c’est ça le problème et c’est ce qu’il faut comprendre. La dernière fois, j’étais toute heureuse d’entendre le président intérimaire définir encore le rôle de l’armée. A savoir, faire face à son peuple face à son territoire. Il a bien défini, donc je pense qu’une armée qui veut défendre cela, il faudrait bien que chacun reste à sa place. Ils restent dans les casernes et ils jouent leurs rôles. Tant que c’est l’armée qui est au pouvoir, on ne peut pas parler de démocratie, parce qu’ils ont les moyens et les armes. Qui peut se dresser contre ça ? Donc ça sera toujours la raison du plus fort. Il faudrait qu’on prenne en compte les réalités. Le président Dadis Camara a toujours dit : « aidez-moi, j’ai besoin d’être aidé, je ne maîtrise pas l’armée ». Et c’est lui pourtant le commandant en chef des Forces armées. S’il dit qu’il ne maîtrise pas l’armée, qui va la maîtriser ?

Les Guinéens doivent savoir que c’est à eux de changer le cours des choses ici, Compaoré ne viendra qu’accompagner le processus de transition. Sinon, on va encore se retrouver dans des situations inconfortables.


Propos recueillis par Saïdou Hady et Bah Ibrahima Sory
Le Démocrate

 Liens :

Interview Mme Rabiatou Serah Diallo (avec audio) : à la 1ière conférence Mondiale des femmes.
Déclaration du Mouvement social Guinéen : " on exige l'arrêt immédiat des exactions dont sont victimes les populations
Interview de Hadja Rabiatou Sérah Diallo (CNTG) : " Soit le Capitaine Dadis ne se présente pas, soit il quitte le pouvoir".

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