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Violences politiques -GUINEE-

23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 23:20

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Principal partenaire de la Guinée, la France suit de très près la situation politique dans le pays.Pour l'ambassadeur de France à Conakry, les Guinéens ont leur destin en main et que son pays va accompagner la Guinée durant la transition.Au cours d'une interview qu'il nous a accordé, le diplomate français revient sur le refus de visas à certains ministres guinéens qui devraient accompagner le Général Konaté à Paris le 31 mars dernier, la reprise de la coopération franco-guinéenne, sans oublier les élections présidentielles prévues le 27 juin 2010.Autre sujet abordé, le problème de visas pour les étudiants guinéens qui désirent continuer leurs études dans l'hexagone.Entretien exclusif sur Africaguinee.com!

Africaguinee.com : Bonjour M. Graebling. Vous venez de présider la réouverture du centre culturel franco-guinéen (CCFG). Peut-on dire que la coopération est à nouveau en marche ?

Jean Graebling :
Les relations politiques étaient assez tendues à la fin de l’année 2009 en raison de l’évolution de la situation politique en Guinée. Cette évolution a fait qu’après la formation du gouvernement de la transition, la France a décidé de reprendre immédiatement la coopération qui avait été gelée notamment après le 28 septembre. Nous avons rouvert le centre culturel franco-guinéen. Je dirai et j’insisterai que la coopération civile a repris.

Et la coopération militaire ?

La coopération militaire aussi a repris. Elle avait été gelée. Mais les coopérants sont restés en place. Ils sont restés en stand by jusqu'à ce que politiquement le signal puisse être donné. Alors ce signal a été donné dès le lendemain de la formation du gouvernement (de transition). Et le surlendemain notre coopération militaire a recommencé. Une coopération orientée vers la formation des différents corps armés. La coopération a été réorientée vers la réforme de l'armée. Nous sommes présents du coté de la police, de la gendarmerie et de l'armée. Donc les coopérations militaire et civile ont repris entre nos deux pays.

Mais le Lycée français Albert Camus est toujours fermé. Qu’en est-il ?

Nous avons décidé aussi de rouvrir le Lycée français Albert Camus à la prochaine rentrée, puisque l'ouverture d’une école ne se fait pas du jour au lendemain.

La reprise de cette coopération est-elle le fruit de la visite du Général Sékouba Konaté à Paris ?

Cela a contribué. Mais c’était le couronnement de la reprise. Les relations ont repris peu à peu ; avec d’abord l’annonce de la reprise de la coopération ; ensuite sa mise en application ; enfin la visite du Général Sékouba Konaté à Paris.

Pourquoi donc l’Ambassade de France a-t-elle refusé des visas à certaines personnes qui devaient accompagner le Général Konaté à Paris ?

La France ne peut pas accorder des visas à des personnes interdites de voyager en Europe suites à une décision européenne. A la suite des évènements du 28 septembre, l’union européenne a pris un certain nombre de décisions. Parmi ces mesures, il y a une interdiction entre autre. Cette interdiction de voyager dans l’espace européen est une décision européenne prise par le conseil européen et qui est praticable sur tous les Etats membres. Cette interdiction n’est pas levée. Elle le sera, mais elle n’est pas encore levée. Ce n’est pas une décision française ! C’est une décision européenne.

L’Ambassade de France est obligée, en raison d’une réglementation européenne, de ne pas délivrer des visas aux gens qui sont sur cette liste publiée d’ailleurs au journal officiel de l’union européenne et connue de tout le monde.

L’ancien chef de la junte Dadis Camara avait accusé la France d’être opposée à lui parce qu’il aurait refusé de mettre les ressources minières du pays à sa disposition. Votre réaction ?

On a souvent dit à tort que la France prenait des décisions anti-Dadis parce que nous souhaiterions maintenir notre présence économique. Je m’inscris en faux, totalement, contre ceux-ci pour la simple raison que nous, français, n’avons aucun intérêt dans les mines de Guinée. Les mines, c’est Rio Tinto. Ce n’est pas français. La France n’est absolument pas concernée par ces mines.




Où en sommes-nous avec les sanctions de l’union européenne contre la Guinée ?

La France a essayé de reprendre les coopérations civile et militaire. La levée des sanctions appartient à l’union européenne qui préfère attendre la fin des élections. Il s'agit de l'application d'une décision européenne, pas française.

Ces sanctions vont-elles toucher les étudiants qui désirent poursuivre des études supérieures en France ?

Les sanctions n’ont rien à voir avec les étudiants. On ne peut punir les étudiants en raison des attitudes condamnables de leurs dirigeants. Les sanctions telles que nous les avons appliquées n'étaient en aucun cas dirigées contre les populations. Elles étaient dirigées vers les autorités avec lesquelles nous ne souhaitions plus travailler. Nous n'avions pas envie de travailler avec les autorités militaires d'alors. C'est pour cette raison que nous avons coupé ce que nous appelons la coopération institutionnelle. Ces institutions ne nous inspiraient pas le respect.

En revanche la coopération franco-guinéenne s'est poursuivie sur beaucoup d'autres aspects : des opérations agricoles notamment sur le riz. Bref, rien de tout ce qui concernait la population n'a été interrompu.

Pourquoi donc le Campus France est-il encore fermé ?

Nous avons fermé le Campus France pour des raisons de disfonctionnement liées à des malversations. Si vous voulez que je sois plus clair, c'est que tous les visas distribués ne correspondaient pas à des étudiants des universités. Et, lorsque nous nous sommes rendus compte de ceci, nous avons demandé que des enquêtes soient engagées. C'était une de mes premières décisions. Le Campus France aussi rouvrira dans les tout prochaines semaines, voire les tous prochains jours.

A quand la reprise des travaux de la construction du pont Moussoudougou par l'agence française de développement ?

La décision a été prise pour la reprise des travaux de la 2X2 et du pont Moussoudougou. Le dossier doit passer désormais au niveau des arcanes de l'administration et des finances. Je crois que le décaissement est très proche. La décision a été prise au lendemain de la formation du gouvernement. Il est question que l'entreprise cooptée ramène ses ingénieurs et ses engins qui sont partis dans d’autres endroits.

Le 9ème fond européen de développement est actuellement bloqué. Où en sommes nous ?

Le 9ème FED va être débloqué dès après la proclamation des résultats des prochaines élections. Tout cela est écrit. Il y a quatre étapes qu'il faut franchir pour aboutir au déblocage. Je crois que l'on est à la troisième.

Pensez-vous que le Général Sékouba Konaté tiendra parole, c'est-à-dire rendre le pouvoir aux civils au terme d’élections libres, transparentes, crédibles et justes ?

Nous, les autorités françaises, lui avons fait confiance. Nous lui avons marqué notre confiance et notre soutien pour qu’il aille jusqu’au bout.

Il y a des rumeurs selon lesquelles la France aurait dit au Général Konaté d’œuvrer à ce qu’Alpha Condé soit le prochain Président de la Guinée. Qu’en dites-vous ?

J’ai entendu beaucoup de rumeurs mais celle-ci je ne l’avais pas encore entendue. Nous avons dit quand le Général Sékouba Konaté est allé à Paris que la France n’a pas de candidat en Guinée.

La date de 27 juin sera-t-elle respectée par les autorités, selon vous ?

Ce sont des dates qui ont été fixées par des autorités guinéennes. Nous aimerions que ce délai soit respecté. Je crois qu'il en va de la crédibilité de la Guinée.

La Côte d’Ivoire doit être le dernier exemple que la Guinée aimerait suivre en matière de transition. Que vous dit donc le voyage du Général Konaté chez Laurent Gbagbo ?

Moi je pense que le Général Sékouba Konaté est allé uniquement pour rencontrer les Guinéens vivant en Côte d’Ivoire pour des affaires internes guinéennes.

Le Conseil national de transition vient d’adopter une constitution qui préconise un régime présidentiel en Guinée. Comment voyez-vous cela ?

On a voulu une transition rapide. Etant donné que le mandat du CNT était court, il fallait se limiter à des solutions urgentes, mais pas réécrire la constitution. Réécrire une constitution, on en a pour trois ans. Or on avait à peu près trois mois.

Vous êtes venu en Guinée au moment où les nuages annonciateurs d’une guerre civile étaient dangereusement proches. Quel rôle avez-vous joué dans la résolution de cette crise ?

Un Ambassadeur a toujours un rôle à jouer. Mais je pense que ce sont les Guinéens qui ont pris de bonnes initiatives que nous avons soutenues avec la médiation à Ouagadougou.

Un message pour les leaders politiques…

Je souhaiterais qu'ils respectent le code éthique de bonne conduite des partis politiques, au moment de la campagne électorale à venir. Qu'ils respectent aussi les résultats sortis des urnes. Inutile de leur dire qu'il n'y aura qu'un seul vainqueur.

Un dernier mot…

 

Africaguinee.com

 

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