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Violences politiques -GUINEE-

6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 11:23

  
M. William Fitzgerald discute de la situation en Guinée avec la presse internationale.


 Washington - Le moment de laisser les Guinéens élire leur gouvernement par la voie démocratique est arrivé, a déclaré le sous-secrétaire d'État adjoint aux affaires africaines, M. William Fitzgerald, lors d'une conférence de presse sur la Guinée donnée le 30 octobre au Centre d'accueil de la presse étrangère à Washington.


M. Fitzgerald a souligné que le peuple guinéen avait le droit de choisir ses dirigeants et méritait d'avoir un gouvernement démocratiquement élu : « Cinquante ans de régime autoritaire ont anéanti le pays. Les fonds publics qui sont allés aux forces armées, auraient pu et auraient dû être alloués aux soins de santé, à l'éducation et aux services sociaux, et ils ont été essentiellement gaspillés. En tout cas, le moment est venu aujourd'hui de permettre au peuple guinéen de tenir les élections auxquelles il aspire. »


M. Fitzgerald s'est rendu en Guinée après le massacre du 28 septembre quand les forces de sécurité avaient ouvert le feu sur des manifestants pro-démocratie, tuant plus de 150 d'entre eux et commettant de nombreux viols. M. Fitzgerald a dit qu'au cours de son séjour à Conakry, il a rappelé au capitaine Moussa Dadis Camara, le chef de la junte guinéenne, que celui-ci était pleinement responsable du massacre et de la violence sexuelle perpétrés ce jour-là. Le sous-secrétaire d'État adjoint a aussi transmis un message sur la démocratie à son interlocuteur : « Les États-Unis veulent que vous quittiez le pouvoir et nous voulons que vous permettiez à la transition, que vous aviez prônée au départ, de s'effectuer », afin que des élections ouvertes et transparentes puissent se tenir en Guinée.

M. Fitzgerald, qui est diplomate de carrière et a occupé, entre autres, des postes en Afrique de l'Ouest, a néanmoins ajouté que les États-Unis ne se faisaient pas d'illusion. « L'une des raisons pour lesquelles nous réagissons tous ainsi à la situation en Guinée, outre la violence réellement horrible du 28 septembre, est le fait que ce pays - le premier de l'Afrique francophone à gagner son indépendance - n'a eu de 1958 à 2008 que deux dirigeants. Chacun était resté environ 25 ans au pouvoir, établissant un régime autoritaire qu'il était seul à contrôler. Il n'y avait guère ou pas du tout de démocratie, et cela est un point très important. »


M. Fitzgerald a indiqué à la presse que la dernière fois que M. Camara avait fait des commentaires en public, les élections en Guinée étaient prévues pour le 31 janvier 2010. Cette date se rapproche rapidement et de nombreux préparatifs sont en cours, a-t-il dit. Les États-Unis contribuent des fonds à l'organisation de ces élections et cette assistance n'a pas été suspendue, contrairement aux autres programmes d'aide au développement à ce pays, du fait que « nous espérons encore que ce scrutin aura lieu ».


Mais en Guinée, à l'heure actuelle, « il n'y a pas d'arène politique publique. L'opposition est muselée comme l'ont été les journalistes victimes de harcèlement. Je pense que l'opposition est dans une situation très difficile. Pourriez-vous avoir des élections crédibles demain dans un tel climat ? Absolument pas ! Pourriez-vous avoir des élections crédibles si le capitaine Dadis Camara se portait candidat ? Non ! Le peuple de Guinée mérite mieux que ça. »


M. Fitzgerald a dit que le massacre et les assassinats de dirigeants de l'opposition, de même que les viols, visaient à intimider l'opposition. « Ce qui s'est passé le 28 septembre ne doit jamais se répéter », a-t-il ajouté.


À une question de la presse quant au rôle de la Chine en Guinée, M. Fitzgerald a répondu que Pékin augmentait actuellement ses investissements dans le pays. « Comme vous le savez, les Chinois jouent un rôle important en Afrique depuis quelques années », a dit M. Fitzgerald. Il a ajouté que la situation était « sans aucun doute très difficile pour quiconque appuierait ou accepterait la légitimité du régime de M. Camara », tout en se félicitant du fait que la Chine n'avait pas bloqué la récente résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Guinée.

À un journaliste qui l'interrogeait sur la politique générale du gouvernement Obama à l'égard de l'Afrique, M. Fitzgerald a recommandé à tous de lire attentivement le discours qu'a récemment prononcé le chef de l'exécutif américain au Ghana, et qui énonce « très clairement » les objectifs de cette politique. « Lorsque j'ai rencontré M. Camara, il ne semblait pas avoir compris en quoi consistait notre politique », a dit M. Fitzgerald. « Notre objectif primordial, notre objectif numéro un, est de renforcer les institutions démocratiques et de nous assurer que la dignité humaine fondamentale et les droits de l'homme de toutes les populations soient respectées sur le continent. Mais M. Camara a mal interprété notre message. »


M. Fitzgerald a ajouté que la communauté internationale reconnaissait le fait que « le peuple guinéen avait supporté le régime autoritaire de deux dirigeants qui étaient restés au pouvoir pendant 25 ans chacun », à savoir MM. Ahmed Sékou Touré et Lansana Conté. « Si M. Camara ne se retire pas du pouvoir dans les meilleurs délais, les Guinéens, qui ont l'habitude des dirigeants autoritaires, vont se dire : Bon, il est au pouvoir. Nous devrons simplement continuer à mener notre vie - et c'est cela qui m'inquiète », a dit le sous-secrétaire d'État adjoint aux affaires africaines.


Les États-Unis ont déjà indiqué qu'ils appuyaient la création d'une commission d'enquête des Nations unis dont les travaux commenceraient dès que possible ; elle serait chargée de déterminer les faits en enquêtant auprès des victimes et des témoins plutôt qu'en cherchant des indices sur les lieux des crimes ou par exemple en exhumant les corps. M. Camara a accepté que les membres de cette commission se rendent en Guinée pour s'acquitter de leur tâche. Les États-Unis ont également exhorté M. Camara à se retirer du pouvoir et à permettre à un gouvernement légitime de guider le pays jusqu'à la tenue d'élections l'an prochain, a indiqué M. Fitzgerald, soulignant que Washington appuyait la médiation du président du Burkina Faso, M. Blaise Compaoré. Il a également précisé que Washington collaborait étroitement avec la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et l'Union africaine en faveur d'une solution en Guinée.

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