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Violences politiques -GUINEE-

6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 15:44
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Guinéennes, Guinéens,

Chers Compatriotes,

L'avènement de la nouvelle année 2010 est vécu partout ailleurs comme une période de réjouissance.

En Guinée, c'est dans l'angoisse et l'incertitude que nos compatriotes ont terminé une année 2009 particulièrement difficile. Cette année a été marquée par des traumatismes graves alors qu'elle avait commencé, presque dans l'euphorie collective.

Nous constatons, une fois de plus, que nous avons souvent, en tant que peuple, manqué de vigilance indispensable pour la conduite de notre destin commun. Ainsi presque toujours, nos victoires sont confisquées pour toutes les raisons imaginables, sauf celles d'un bien être partagé.

C'est pourquoi, la Guinée est considérée comme le pays des occasions manquées. Je n'en veux pour preuve que l'élaboration par mon gouvernement, en novembre 1996, d'un plan stratégique pour le développement économique et social : GUINEE VISION 2010, combattu alors par ceux qui estimaient cette échéance comme lointaine et même trop ambitieuse...

Chers Compatriotes,

C'est le moment de le dire, notre pays est dans un état de délabrement extrême. la situation économique et sociale est plus que précaire. Malgré la générosité de la nature à notre endroit, l'immense majorité de nos compatriotes vit en dessous du seuil de pauvrété.

Les infrastructures collectives installées à l’époque coloniale pour un nombre limité d’habitants, sont restées les mêmes, aujourd’hui plus dégradées que jamais , alors que l’accroissement de la population a connu un rythme soutenu. Ce qui a entrainé une extension indéfinie et anarchique de nos villes : conséquence d’un exode rural dont l’ampleur était inégalée jusqu’alors. La promiscuité engendrée par cette anarchie a produit une insécurité grandissante, précarisé la santé et l’hygiène au sein des populations... Chaque guinéen, des villes comme des campagnes, le mesure déjà concrètement par les souffrances rencontrées dans sa vie quotidienne.

A cet égard, les aspirations de nos compatriotes sont simples. Étant moi-même à leur écoute, je peux citer sans aucun risque de me tromper, certaines de leurs préoccupations essentielles entre autres :

- - Acceder aux besoins élémentaires de nouriture, santé, mais aussi d'eau et d'électricité etc...

- - vivre en sécurité et en toute liberté dans un pays réconcilié et en paix.

- - Désigner eux-mêmes, sans aucune contrainte, la personne ou l’équipe par laquelle ils souhaitent être dirigés.

- - Que cette personne et son équipe créent les conditions qui rendent possible l’émergence d’un environnement juridique, institutionnel, administratif et politique, stable et sécurisé, sans lequel, toute initiative individuelle ou collective est condamnée à un échec certain.

Guinéennes, Guinéens

Chers compatriotes,

Il nous faut rapidement nous ressaisir, car rien n’est perdu d’avance. L’espoir est permis si nous parvenons à nous réconcilier pour sauvegarder l’unité nationale et nous consacrer enfin au développement économique et social de notre pays. Nous en avons les moyens. Nous en avons le pouvoir. Nous devons en faire un Devoir. Cette réconciliation est un objectif majeur que je me suis assigné en tant que premier Responsable de l’U.F.R ( Union des Forces Républicaines), parti dans lequel tous les enfants de toutes les régions de notre pays se retrouvent, sans distinction d’aucune sorte, j’entends mener ce combat républicain, dans un esprit de dialogue et de fraternité, mais avec fermeté, détermination et sans concession sur ce que je considère être l’essentiel pour notre pays, c’est-à-dire :

1°. Le Dialogue, le pardon et la réconciliation pour l’unité nationale.
2°. La Construction d’un État de Droit crédible.
3°. Une politique économique au service du développement de l’ensemble du pays.

Guinéennes et Guinéens,

Chers Compatriotes,

Sans remonter jusqu’aux temps du Parti-État, les crises successives (2006, 2007, 2008 et 2009) ont toutes été réprimées avec une rare violence. Pourtant, chacun le sait, la violence ne résout rien. Elle est inefficace et aggrave tous les maux. C’est dans la conciliation et le dialogue entre employeurs et salariés, entre État et instances politiques, entre administration et citoyens, qu’on trouve les solutions durables et viables à toute crise.

Cela fait cinquante ans que la Guinée souffre de ses maux sans qu’aucun remède n’ait été trouvé. Chacun d’entre nous, a son explication : l’inexistence d’un État de Droit crédible, ajoutée à une insécurité persistante, est un début d’explication et non des moindres.

Ainsi, contrairement à ce qu’on pourrait penser, le problème principal de notre pays n’est pas d’ordre économique, même si le redressement économique reste l’objectif prioritaire. Notre vrai problème est politique, à savoir l’inexistence d’un véritable État de Droit, sans lequel, il ne saurait y avoir ni activité économique viable, profitable au plus grand nombre de nos compatriotes, ni sécurité pour les Personnes et les Biens.

Chaque Guinéen mesure parfaitement les conséquences d’un tel état de fait sur sa propre vie quotidienne. C'est pourquoi, je le dis à tous, l'heure est plus que jamais au rassemblement. Notre foi et notre raison nous invitent, après tant de sacrifices à remettre notre pays sur les rails.

Mes chers Compatriotes,

Il n’y a pas de tierce position entre un État de Droit crédible et un État patrimonial qui finit toujours par devenir un État anarchique. Or, c’est d’un État de Droit vrai dont notre pays a besoin. Ce qui suppose la recréation immédiate d’un cadre juridique et institutionnel transparent et stable, dans un environnement sociopolitique lui-même apaisé et lisible. L’apaisement sociopolitique ne peut provenir que d’une légitimité issue du peuple. Nous devons donc doter rapidement notre pays, d’une Direction Politique légitime et légale clairement Identifiée. Pour cela, il y a une seule voie acceptable aujourd'hui : le choix par nos compatriotes, dans la liberté et la transparence, de la personne à qui ils souhaitent confier la direction du pays à l’issue d’une élection présidentielle premettant d'asseoir un leadership crédible pour la Guinée.

Nos compatriotes ont manifesté à maintes reprises qu’ils ne veulent plus d’un pouvoir imposé. Cela doit être compris par l’ensemble des forces politiques, administratives et militaires. Les aspirations exprimées par les Guinéens sont légitimes, justifiées et universelles.

Malgré tout, les Institutions étatiques, quelle que soit la perfection des textes les instituant, sont inopérants si le personnel politique et technocratique chargé de les faire fonctionner au quotidien perd de vue l’esprit qui a présidé à leur élaboration. Elles ne peuvent alors en aucun cas, remplir leur rôle essentiel. Elles valent ce que vaut le personnel qui en a la charge. C'est pourquoi, le combat contre la corruption et l'appropriation des biens publics à des fins personnelles, demeure un objectif majeur de mon programme de gouvernement. A cet effet, les audits spécifiques et non orientés de l'Administration et des finances publiques tels qu'entamés en 1996 devraient être poursuivis et renforcés (aucun guinéens n'est insensible à la cession de l'usine de FRIA d'une valeur nominale de 300 millions de dollars à moins de 20 millions).

Sinon, face à cette réalité, les Guinéens résisteront à leur manière : être toujours « d’accord » sans conviction, avec le Chef (militaire, administratif, ou politique), parce qu’il a des moyens de violence inouïe qu’il utilise sans retenue, on détourne la règle de droit à son profit. On en partage les avantages avec le chef, tout en en réservant les contraintes aux autres. Tout cela conduit à une sorte de « guerre de tous contre tous ». Et c’est ainsi qu’on enclenche un cercle vicieux et infernal que les convulsions douloureuses récentes qui ont raidi les positions des uns et des autres, continuent d’entretenir.

Nous pouvons faire plus. Nous pouvons faire mieux. Nous devons faire plus et mieux, parce que nous en avons la capacité, nous l’avons prouvé par le passé. Les aspirations de nos compatriotes doivent enfin être prises au sérieux afin qu’elles se matérialisent au plus vite. Il ne s’agit donc pas de promettre indéfiniment, mais de réaliser concrètement les projets des Guinéens ici et maintenant.

Pour sa part, l’U.F.R, parti Centriste, Social et Libéral que je dirige, l’a compris depuis toujours et appele toutes les filles et fils de Guinée à un sursaut national pour relever les défis qui nous interpellent.

Mes chers compatriotes,

En réalité, nous sommes désormais placés devant un choix dont les termes sont clairs : accepter passivement que notre Patrie devienne le champ clos d'intérêts totalement étranger aux nôtres. Dans cette funeste hypothèse, notre pays deviendrait alors, à l'instar de la Sierra-Leone et du Liberia des années 90, le théâtre des guerres civiles dont le seul enjeu serait le contrôle des ressources naturelles avec pour résultat le plus tangible, un phénomène « d'haïtisation » de la Guinée».

L’autre alternative, celle que je propose au nom de l'UFR à l’ensemble des Guinéens et qui est la seule voie du redressement national, c’est de se rassembler pour bâtir un État de Droit, qui puisse nous garantir un Développement économique et social durable.

Fort de ces quatorze dernières années passées au service de mon pays, d'abord en tant que Premier Ministre mais aussi Leader de parti politique d'opposition, j'ai appris à être à l'écoute des Guinéens. C'est pourquoi le Rassemblement que je souhaite bâtir avec vous, n’est pas un consensus sans contenu. Il ne s’agit pas non plus de dissimuler les difficultés de cohabitation que nous rencontrons parfois. En ce sens, la Guinée est notre bien commun. Il s’agit de vous inviter à un dialogue direct et franc, sans intermédiaire ni faux fuyant, pouvoir débattre de toutes les exactions injustifiables infligées à nos compatriotes de quelque appartenance que ce soit. Les pouvoirs successifs depuis l'indépendance ont complètement fragilisé notre pays, ses institutions et ses hommes. Il ne s’agit cependant pas d’instruire un procès contre telle ou telle catégorie de population, mais d’examiner ensemble les convulsions douloureuses de notre Histoire commune, d’en repérer les causes, situer les responsabilités et saluer la mémoire des nombreuses VICTIMES, afin de créer les conditions qui ouvriraient la voie à une franche réconciliation nationale.

C’est aussi dans sa capacité à surmonter ses difficultés de cohabitation qu’une Nation se construit et peut bâtir un avenir heureux pour tous ses enfants. L'état de Droit en est le cadre et l’outil principal. Une nation ayant fait la paix avec elle-même, peut plus aisément réussir un programme de développement économique et social. C’est à cela que je convie nos compatriotes, sans distinction aucune.

Chers Compatriotes,

Il n’est pas utile d’énumérer les problèmes économiques et sociaux auxquels notre pays est confronté. Tous les Guinéens les connaissent parfaitement et en mesurent l’ampleur. Dans cette optique, notre politique économique et sociale future devra obéir à un plan d’action ambitieux en trois phases.

A). Renforcer la vocation agricole de notre pays tout en diversifiant son économie

L’affirmation habituelle répandue selon laquelle la Guinée serait un « scandale géologique » en raison de sa dotation en certaines ressources minières, est une illusion dangereuse dont nous devons nous débarrasser. L’extraction de tel ou tel minerai n’est pas forcément inutile mais elle ne permet d’enclencher un début de « profitabilité » économique que si nous maîtrisons un certain nombre de mécanismes industriels et financier; ce qui ne se fera pas dans l'immédiat alors que nous devons créer parallèlement des emplois notamment pour les jeunes.

Notre véritable Richesse, c’est notre sol. La pluviométrie dans notre pays est bonne.. Le sol est fertile. Nous disposons d’immenses plaines, propices aux cultures vivrières et d’exportation.. Nos eaux territoriales marines sont, malgré le pillage, parmi les plus poissonneuses en Afrique de l'Ouest.

Sur le plan de la production vivrière, les potentialités agricoles de notre pays auraient dû nous permettre une quasi-autosuffisance alimentaire, ou tout au moins, rendre marginale l’importation de riz, comme c'était le cas avant l'Indépendance. Mais, exception faite de la Guinée Forestière, nos potentialités vivrières sont inexploitées ou mal exploitées. Il est impératif que le caractère prioritaire, maintes fois proclamé de l’agriculture, se traduise dans la réalité quotidienne, et d’abord au niveau des petits producteurs.

C’est la voie unique pour une autosuffisance alimentaire sans laquelle, tout autre projet utile au pays, est d’avance voué à l’échec. Les cultures d’exportation quant à elles, trouveront plus facilement des investisseurs, nationaux ou extérieurs. Ce cadre de développement nous l'avons clairement défini dès 1998 par la mise en place de la Lettre de Politique de Développement Agricole (LDPA I & II) malheureusement jamais appliquée.

La protection et la préservation de notre environnement naturel est aussi une condition essentielle au succès de cette politique. A cet égard, la création et la formation d’un important corps de gardes forestiers et environnementaux sont indispensables. De même, un corps de garde-côtes pour surveiller efficacement nos zones économiques marines est utile à constituer. Ces deux corps pourraient résorber une partie des effectifs de l'armée dans le cadre de la réforme envisagée des corps de défense et de sécurité, financée par l'aide extérieure avec la mise en place d'un régime civil. Cette reforme nécessaire et urgente fera l'objet d'un programme particulier.

B). Éduquer, Former et Soigner les populations
Ce qu’il est convenu d’appeler développement économique et social, provient pour une large part d’une population éduquée, c’est-à-dire intellectuellement et professionnellement bien formée, d’une population bien soignée, donc en bonne santé, d’une population correctement nourrie et donc énergique au travail.

La politique éducative et universitaire est à revoir de fond en comble. Je suggère de privilégier la formation professionnelle moyenne et de haut niveau. Ce constat m'avait déjà amené à créer dans le gouvernement du 9 juillet 1996, un Ministère de l'enseignement technique et de la formation professionnelle à cet effet. L’enseignement doit prioritairement dispenser aux Jeunes, une formation qu’ils peuvent directement mettre en valeur pour leur propre compte, ou dans le cadre d’un contrat de travail. Il s'agit aussi d'absorber les differentes promotions des universités guinéennes, toujours en quête d'emploi. L'objectif étant également l'amélioration de la fonction publique et de la bureaucratie gouvernementale.

C). Doter le pays d’infrastructures reliant les Régions naturelles les unes aux autres.

Les infrastructures collectives (voies de communication, de télécommunications, production et distribution d’énergie et d’eau, chemins de fer…), en plus de leur impact économique évident sur le pays, constituent aussi un moyen d’aménagement du territoire. L’égal aménagement de tout le territoire national contribue aussi à faire naître le sentiment d’appartenir au même pays, et d’être également traîté par un État crédible. Le financement de ces travaux est coûteux, mais des bailleurs et partenaires au développement sont disposés à investir en Guinée :

- assurer un environnement juridique et institutionnel favorable et sécurisé, dans un État capable de respecter ses engagements tout en évitant la corruption généralisée et la bureaucratie.

- garantir un environnement sociopolitique stable.
Une Guinée réconciliée et engagée sur la voie de développement sera un pôle économique attractif pour l’ensemble de la Sous - Région. Nous en avons les potentialités. Nous en avons les compétences, pourvu que l’on sache les rassembler autour d’un même projet.

Chers Compatriotes,

Voici donc, en cette fin d’année et au nom de l’U.F.R., les principes essentiels dont s’inspirera notre action, si un jour les Guinéens décident de me confier les destinées de notre pays. Si tel était le cas, comme je le souhaite, le gouvernement que je nommerais et qui sera chargé de mettre en œuvre ce programme d'union nationale et d'action, ne sera pas celui d’un parti, d’une région ou d’un groupe. Il sera composé de tous les enfants du pays, d’où qu’ils viennent, quelle que soit leur appartenance partisane.

J'ai souhaité dans cette ambiance générale d'incertitude et même de découragement pour certains de nos compatriotes, vous dire combien, je continue de croire à un destin fait de bonheur partagé pour tous les guinéens.

Voilà la raison de mon ambition pour la Guinée, car nous avons le devoir d'offrir une nouvelle perspective à notre pays.

Au nom de l’U.F.R., et en mon nom personnel, je vous souhaite une bonne et heureuse année 2010. Que la Paix vous accompagne et que Dieu bénisse la Guinée et protège ses enfants.

Sidya TOURE
Ancien Premier Ministre de 1996 à 1999
Président de l’U.F.R.

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