Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Violences politiques -GUINEE-

22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 11:27

 
De la nécessité d'une commission d'Enquête Internationale suivie d'une mission de protection de celle-ci et de la population guinéenne.


Kaman DiabyL’histoire de l’armée guinéenne est faite de grandeurs et de décadence. En effet, ce sont les artisans de l’indépendance guinéenne qui ont créé cette armée en s’appuyant sur des patriotes militaires comme les feux Généraux Noumandian Keïta, Namory Keïta, Colonel Kaman Diaby, les commandants Barry Siradiou, Zoumanigui Kékoura, Bavogui et autres. Ces derniers avaient démissionné de l’armée coloniale, malgré les avantages liés à leur rang, pour venir participer à l’édification de la jeune République. L’armée ainsi créée était républicaine, elle fit l’honneur de la Guinée à l’intérieur comme à l’extérieur dans les domaines militaires et civils (génie route, génie bâtiment et travaux agricoles).


C’est ainsi que notre armée, depuis sa création en 1960, jadis objet de fierté nationale, a fait ses preuves sur tous les champs de bataille pour défendre la liberté et la souveraineté de pays africains menacés. Cette armée héroïque a écrit ses pages de noblesse et de gloire au Congo  Léopoldville (actuelle république démocratique du Congo), en Guinée Bissau, au  Cap  vert, en Angola, au Libéria, en Sierra Leone, etc.


Il est incontestable d’affirmer qu’au plan externe, l’armée guinéenne a joué un rôle historique pour l’émancipation des peuples africains ; toute la question est de savoir comment cette même armée, au plan interne, s’est comportée envers les populations qu’elle a vocation à défendre ?


Au fait, depuis l’arrivée des militaires au pouvoir en 1984 jusqu’à nos jours, les populations ont payé le plus lourd tribut de répressions aveugles, barbares et meurtrières au passif de l’armée qui n’a jamais hésité à réprimer dans le sang, les simples manifestations populaires pour plus de liberté et de démocratie. Malheureusement, ces dernières années l’armée guinéenne s’est complètement métamorphosée, elle assiste impuissante aux exactions d’une de ses franges transformée en bande armée qui utilise la répression et le brigandage de civils innocents pour se maintenir au pouvoir.


Ce groupe qui a la voix au chapitre dans les casernes guinéennes n’a jamais tenu compte des aspirations légitimes du peuple de Guinée. Les différentes revendications de l’armée lors des mutineries successives de février 1996 à juillet 2008 en disent long. Pis, toutes les revendications (politiques, syndicales ou sociales) du peuple de Guinée ont été réprimées dans le sang.


On se souviendra entre autres de la campagne de l’opposition contre la modification de la loi fondamentale en 2002, de la répression contre les élèves suite aux épreuves avortées du BAC en juillet 2006, l’implosion sociale de janvier et février 2007, le massacre des policiers le 17 juin 2008 et les événements cauchemardesques du 28 septembre 2009.


Pour mémoire on peut rappeler quelques événements douloureux qui ont endeuillé des familles et contribué à faire du peuple de Guinée un peuple martyr.

  • En juillet 1985, des officiers, cadres, commerçants et autres, majoritairement issus d’une même ethnie, la communauté Mandeng, sont exécutés sans procès ;
  • En décembre 1993, à la faveur de la première élection présidentielle pluraliste, l’armée investit tout le pays et instaure un Etat de siège en Haute Guinée ;
  • En juin 1995, à l’occasion des élections législatives et communales, la CODEM (Coordination de l’Opposition Démocratique) a organisé une journée Ville morte à N’Zérékoré pour protester contre les fraudes massives ayant émaillé les deux  scrutins. Bilan : plusieurs dizaines de mort par balles, des centaines de personnes arrêtées et détenues au Camp militaire, suspension des activités politiques, notamment du RPG.
  • Le 2 et 3 février 1996, les soldats du camp Alpha Yaya entrent en mutinerie, tirent partout dans la ville, tuent des innocents. Des familles entières sont décimées par un obus tombé dans le quartier Coronthie à Kaloum ;
  • En mars 1998, des militaires armés jusqu’aux dents, prennent d’assaut le quartier Kaporo Rails sur ordre du pouvoir en place. Les habitants, majoritairement issus de la communauté Peulh, organisent la résistance : près de 100.000 personnes sans abris, des dizaines de mort et des centaines de blessés.
  • En décembre 1998, la Guinée organise son 2e scrutin présidentiel pluraliste. Le vote est truqué, l’un des candidats, et non des moindres, Alpha Condé est arrêté, les émeutes éclatent. L’armée est déployée sur tous les fronts pour imposer les résultats frauduleux. Le bilan se solde par des dizaines de mort et des centaines de blessés ;
  • En novembre 2001, un commando de militaires fait irruption dans une concession du quartier Cosa où des ressortissants de la Guinée Forestière manifestaient contre la présence de l’Ulimo dans leur région. Julien Togba et une dizaine de ses compagnons sont tués à bout portant.
  • En 2002, on se souviendra entre autres de la campagne de l’opposition contre la modification de la loi fondamentale et la répression par l’armée qui s’en est suivie.
  • En juin 2006, l’inter syndical de l’Education déclenche une grève générale et illimitée, soutenue par des élèves et étudiants. La manifestation durement réprimée a fait des dizaines de mort et des centaines de blessés parmi les jeunes.
  • En janvier et février 2007, une insurrection populaire ébranle les bases du pouvoir. L’Etat de siège est décrété, les populations sont sauvagement réprimées dans le sang. Bilan : près de 300 morts et plus de 1000 blessés.
  • En juin 2008, la base de la police antigang (CMIS) est assiégée par des militaires armés et mise à sac. Bilan : une cinquantaine de morts et plusieurs blessés graves.
  • 28 septembre 2009 : La dernière série noire de l’armée a atteint son paroxysme avec le carnage du 28 Septembre 2009 au stade du même nom ; des centaines de morts, plus de 1 200 blessés, des centaines de femmes battues, matraquées, violées et humiliées.

Face à cette barbarie de l’armée, les populations guinéennes sont excédées, désespérées, angoissés et traumatisées. Plus rien ne semble pouvoir arrêter cette folie meutrière de l'armée guinéenne dont on dit qu'elle est désarticulée, destructurée, incontrôlée et incontrrôlable.


Comment ces affaires criminelles des militaires ont été gérées par le pouvoir ?


Le feu Général Lansana Conté ne se souciait guère des agissements de ses hommes. Il se contentait de les récompenser gracieusement; pour lui, l’opposition étant toujours le coupable.


Ainsi, sous son règne aucune commission d’enquête n’a fonctionné. En mai 2007, après le massacre de  juillet 2006 et de janvier et février 2007 (plus de trois cents (300) morts, d’innombrables blessés, violés et disparus), il a été question de faire la lumière sur les tueries grâce à la mise en place d’une Commission d’enquête nationale au lieu d’internationale. Dans l’attente du démarrage de cette commission, on assistait au massacre, le 17 juin 2008, des policiers du CMIS (Compagnie Mobile d’Intervention et de Sécurité) pour le simple fait d’avoir réclamé de meilleurs salaires et conditions de travail. Ce drame fut perpétré à leur base de Cameroun  par des militaires dirigés par Claude Pivi et Moussa Dadis Camara. Et pourtant, ces militaires venaient d’être satisfaits à propos des mêmes revendications.


Pour réparer ces crimes, le chef de l’Etat major des forces armées de l’époque à tout juste présenté ses excuses aux policiers pour ce comportement inadmissible de ses subalternes.


Quant à l’actuel chef de l’Etat, le capitaine Moussa Dadis Camara, dès son avènement au pouvoir le 23/12/2008 il a fermement promis de procéder à des enquêtes pour punir les coupables des exactions précitées. Mais ses promesses sont restées sans suite, faute de réelle volonté politique. A chaque occasion il déclare être à la tête d’une armée incontrôlable. Ayant ainsi assuré l’impunité totale à ses hommes, ces derniers se sont rendus coupables de comportements les plus ignobles le 28 septembre 2009 à l’encontre d’un peuple qu’ils ont l’obligation de protéger. Fidèle à sa logique démagogique, le capitaine Moussa Dadis soutient que les forces vives sont seules responsables de ces drames. Quant à lui, il ne peut assurer que la sécurité de ses partisans, aux forces vives d’assurer celle des leurs. Ces propos du chef de la junte montrent à suffisance que l’Etat guinéen est orphelin.


Maintenant le Capitaine Moussa Dadis Camara se dit disposé à mener des enquêtes. Peut-on, à présent, lui faire confiance ? Assurément NON. A présent, il serait plus prudent et raisonnable de diligenter une enquête internationale. D’ailleurs, la Guinée partie prenante à la Convention de Rome qui a mis en place la Cour Pénale Internationale (CPI) se réconciliera rapidement avec la communauté Internationale en coopérant pleinement à une telle enquête. Et comme le commandant en chef de l’armée avoue qu’elle est incontrôlable alors, les guinéens doivent comprendre la nécessité d’une mission de protection des membres de la commission d’enquête et de la population parmi laquelle se trouvent les témoins, qui ont besoin d’être rassurés.


De la nécessité d’une force de prévention et de protection


Le 28 septembre 2009
, des militaires ont massacré et violé des civils sans défense au stade du même nom à Conakry.


Ces civils s’étaient rendus au stade à l’invitation du Forum des forces vives (partis politiques, Société civile, Syndicats et autres associations) qui voulaient communiquer au peuple de Guinée et à la Communauté Internationale leur point de vue sur une éventuelle candidature du Capitaine Moussa Dadis Camara, le Chef de la junte guinéenne, à l’élection présidentielle prévue pour Janvier 2010.


La date du 28 septembre 2009
est tout un symbole dans l’histoire de la Guinée ; c’est à cette date en 1958 qu’elle a voté Non à la communauté Franco-africaine (Référendum Gaulliste) et accédé à l’indépendance nationale le 02 Octobre de la même année.


Cet acte héroïque qui fonde la souveraineté des peuples et des nations a été posé par le peuple de Guinée avant la création de son armée qui, aujourd’hui croit avoir sur lui droit de vie et de mort. Quelle ironie de l’histoire !


Si le peuple de Guinée s’est libéré le 28 Septembre 1958 du joug colonial, il reste et demeure esclave et chair à canon de son armée, comme l’atteste la tragédie du 28 septembre 2009. Le seul combat qui vaille à ce jour est la lutte de libération du peuple de sa propre armée. D’où la nécessité du devoir et du droit d’ingérence de la communauté internationale pour protéger la population guinéenne contre son armée. Il est grand temps que le Conseil de sécurité adopte une résolution visant l’envoi urgent en Guinée d’un contingent militaire qui aura pour mission de protéger les membres de la Commission d’enquête internationale les témoins du massacre, des violences, des viols et des leaders politiques et sociaux en danger de mort, les journalistes, et des Diplomates bref la population martyre de Guinée.


Cependant, Il serait injuste de rendre toute l’armée guinéenne coupable des exactions d’une bande armée entretenue et protégée par les plus hautes autorités pour des fins à peine inavouées. Mais le peuple de Guinée ébranlé ne peut maintenant que recourir à l’aide de la communauté internationale ; ce qui, en rien ne diminue son attachement aux militaires patriotes, honnêtes et dignes qui, en ces circonstances malheureuses souffrent autant que lui.


Aujourd’hui, notre armée a bien perdu son honneur et sa dignité. Elle s’est  déshumanisée.

 En conséquence, les patriotes en son sein doivent comprendre l’enjeu de la situation actuelle et accepter qu’elle soit placée, avec leur participation active et effective, sous surveillance internationale en vue de sa restructuration, sa formation et son éducation. Ainsi, elle devra  renouer avec la tradition républicaine et faire la paix avec le peuple guinéen, son peuple qu’elle a le devoir impérieux de défendre.


Conakry, le 21 octobre 2009 Les Jeunes Patriotes du 28 septembre 2009

Partager cet article
Repost0

commentaires