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Violences politiques -GUINEE-

1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 16:24

N’eussent été la sagesse et la clairvoyance de quelques émissaires des Forces vives qui ont retenu la bride de certains faucons, le facilitateur aurait été récusé le 20 novembre 2009 suite à sa proposition d’Accord politique global interguinéen (APGIG).


Regroupé en 7 dispositions, ce cadre de travail ébauché par le médiateur fait, il est vrai, la part belle au CNDD, puisque la revendication essentielle des Forces vives soutenue par la communauté internationale, à savoir le départ de Dadis, n’a pas été suivie par Blaise Compaoré (cf. disposition IV).


Ce qui a provoqué la colère des Forces vives, qui ont envisagé sérieusement à un certain moment de remettre en cause cette médiation, avant de se raviser. En remettant leurs contrepropositions qui maintiennent leurs exigences initiales, ces Forces vives n’ont donc pas bougé d’une semelle, s’arc-boutant au principal sujet qui fait bouillir le marigot guinéen : le départ de Dadis et la dissolution du CNDD.

La surenchère politico-diplomatique se poursuit avec l’antienne des militaires résumée en ces bouts de phrases que répètent ses thuriféraires : « Ce ne sont pas les Forces vives qui ont mis Dadis à la présidence... Dadis est un citoyen comme les autres ... sa candidature n’est pas annoncée mais s’il se prononçait, cette candidature devrait être forcément acceptée... ». Pire, alors que les pourparlers vont reprendre aujourd’hui 30 novembre 2009 après la trêve de la Tabaski, le facilitateur semble, face à un cul-de-sac, avec ce nouveau mémorandum de la junte : la mise hors service de tous les anciens Premiers ministres de Guinée du processus électoral et un audit des 10 dernières années de Conté.

Pas besoin d’être un politologue pour comprendre que Dadis veut éliminer tous ceux qui sont susceptibles de lui barrer la route de la présidence lors d’un duel à la régulière. Otez Sidya Touré,Celloun Dallein Diallo,François Fall, Alpha Condé ... de la prochaine course à la magistrature suprême et le patron de la junte se retrouve sur un boulevard qui mène au pouvoir suprême.

La configuration de la Guinée offre donc le spectacle suivant : d’un côté la junte, de l’autre les Forces vives et au milieu des populations prises en otages. D’ailleurs, ces Guinéens n’ont jamais eu la liberté de choisir leur destin, écrasés qu’ils ont été par le pouvoir concentrationnaire de Sékou Touré et celui « laisse guidon » de Lansana Conté.


Que peut à présent le Facilitateur, que d’aucuns trouvent partial, car militaire comme l’ont souligné les deux dames de fer (1) qui ont été très acerbes à l’égard du chef de l’Etat burkinabè ? Si la junte, depuis le massacre du 28 septembre, est disqualifiée pour conduire la transition, elle a le pouvoir et possède les armes. Moralité : pour le moment, il faut composer avec le CNDD. Les Forces vives devraient d’ailleurs avoir comme boussole le fait que la politique est aussi l’art du possible, surtout que certains de leurs leaders ont occupé quelques années la primature.

Pourtant, il faut craindre un éventuel blocage, car ce que redoutait le médiateur le 11 novembre dernier prend forme de part et d’autre, les tentatives d’exclusion. Autant à l’heure actuelle il est impossible de contourner la junte, autant cette dernière ne doit pas, par des subterfuges, chercher à disqualifier des adversaires politiques. D’ailleurs, chaque Guinéen gagnerait à revisiter l’histoire récente de la Côte d’Ivoire, où, à coups d’artifices constitutionnels, on a voulu étouffer les ambitions d’un ex-Premier ministre. Cela a plongé le pays dans cette tambouille sans fin. Comparaison n’est pas raison mais quand des citoyens d’un pays sont confinés en seconde zone et qu’ils se rebiffent...

Et lorsqu’on écoute les protagonistes guinéens, les tonalités ne militent pas à l’avènement d’un consensus. « Nous pas bouger », martèle le CNDD. « Je ne suis pas sûr que par le dialogue on puisse amener Dadis à la raison », clame Celloun Dallein Diallo. Le médiateur pourra-t-il concilier les différentes positions ? Ou sera-ce la médiation de trop pour Blaise ? La rédaction

- (1) Aïssatou Fall et Louise Arbour respectivement deputé PS au Sénégal et présidente de International Crisi Group sur RFI et BBC.


La rédaction
L’Observateur Paalga

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