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Violences politiques -GUINEE-

16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 19:17

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Conakry veut tourner la page du "capitaine président" Moussa Dadis Camara. Victime d'une tentative d'assassinat, le 3 décembre, par son aide de camp, "Toumba", le chef de la junte ne s'est toujours pas adressé à son pays.


Depuis son hospitalisation au Maroc, son état de santé est le secret le mieux gardé de Guinée. L'absence prolongée de celui qui cumulait les pouvoirs et une impopularité grandissante, depuis son coup d'Etat du 23 décembre 2008, finit par nourrir l'espoir d'une amélioration de la situation. Sans lui.

Le pays plonge dans le chaos depuis l'arrivée de Dadis Camara. Le 28 septembre, au moins 150 opposants ont été tués par des militaires lors d'une réunion dans un stade de la capitale. Puis il y eut le sanglant face-à-face de décembre entre Dadis Camara et son "ami",  Aboubacar Sidiki Diakité, dit "Toumba".

"Dadis était le problème, c'est lui qui bloquait tout. Toumba a trouvé la solution. Et même s'il n'est pas mort, la donne a changé"
, veut croire Faudé Marega, ancien ministre de la réconciliation. Le massacre du 28 septembre a en effet poussé le chef de la junte dans un coin. Mis au ban des nations, y compris par les pays voisins et les organisations régionales africaines, il s'est aussi isolé sur la scène guinéenne.

Rejeté par un large front politique et syndical, réprimé le 28 septembre, "Dadis" s'est replié sur un noyau dur de fidèles souvent issus, comme lui, de sa communauté de Guinée forestière, (environ 7 % des quelque 10 millions de Guinéens). Ses frasques ont aussi lassé une population éreintée par la misère et qui attendait des miracles. Mais l'homme, poussé par "une inspiration divine", s'est entêté à se voir en sauveur de la nation après avoir juré n'avoir ramassé le pouvoir, dans les heures suivant la mort de Lansana Conté, que pour le rendre le plus rapidement possible aux civils.

"On se disait que Dadis pourrait bien finir dans un fossé, mais personne ne s'attendait à ce qu'un de ses amis lui tire dessus. Le système a montré ses faiblesses"
, souligne le docteur Marega. Toumba aurait agi ainsi après avoir appris que son chef rejetait sur lui la responsabilité de l'organisation de la tuerie du 28 septembre. Une tuerie de "plusieurs centaines d'opposants (qui) constitue vraisemblablement des crimes contre l'humanité", selon le rapport de l'ONG Human Right Watch, qui doit être publié le 17 décembre.

"Toumba est aujourd'hui en fuite, on le recherche activement mais il ne représente plus une menace"
, explique une source au sein des services de renseignement guinéens. "Une centaine de personnes", selon cette source, ont été arrêtées. "On ratisse large", ajoute-t-elle. Des proches de Toumba, une partie des hommes de la sécurité présidentielle mais aussi de lointaines relations ont été interpellés. "Le marabout de "l'invincible" Toumba bardé de grigris a même été sommairement exécuté", assure un de nos interlocuteurs à Conakry.

En attendant un retour hypothétique du chef de la junte, un autre de ses "amis" assure l'intérim du pouvoir : le ministre de la défense et général Sékouba Konaté
, un colosse taiseux aguerri aux conflits de Sierra Leone et du Liberia au début des années 2000. "Il n'a pas d'ambition politique de Dadis, affirme Mamadou Aliou Barry, spécialiste de l'armée guinéenne, il pourrait donc très bien organiser une transition courte vers un pouvoir civil." C'est ce qu'ont de nouveau réclamé, dimanche 13 décembre dans la capitale du Burkina Faso, les grandes puissances et les organisations régionales qui redoublent d'efforts pour presser un pouvoir guinéen qu'elles sentent affaibli.

L'efficacité de ces pressions est notamment liée au sort de Dadis Camara. "Konaté est fidèle, il ne passera pas sur l'autorité de son commandant en chef des armées", tempère un observateur. Depuis qu'il assure l'intérim, "El Tigre" ne sort d'ailleurs pas de ses attributions ministérielles : "Instaurer le calme entre tous ces clans ethniques regroupés dans une armée guinéenne qui n'en a que le nom", précise Aliou Barry.

Trafics divers

"El Tigre" court donc de caserne en caserne. Tout en évitant de s'attarder au camp Alpha Yaya. Dadis en avait fait sa résidence présidentielle mais le camp semble aujourd'hui sous le contrôle d'un autre "ami" de Dadis,Claude Pivi.

Comme d'autres, y compris des civils, ce petit officier promu au rang de ministre de la sécurité présidentielle au sein de la junte (le Conseil national pour la démocratie et le développement, CNDD) a beaucoup à perdre de la disparition de son mentor et d'une éventuelle démocratisation du pays : son immunité devant la justice et les juteux profits de trafics divers.

Sékouba Konaté, lui, décline inlassablement le même message : respect de la hiérarchie, unité de la nation et discipline. Le discours est basique mais sincère. "Il faut rompre avec ce système dans lequel une poignée de militaires incompétents contrôle tout - l'armée, l'économie, l'administration", s'insurge un haut fonctionnaire du ministre des finances.

Officiellement pourtant, l'heure n'est pas à la rupture. A tout propos, Sékouba Konaté souligne qu'il s'entretient "trois ou quatre heures par jour au téléphone" avec Dadis. A l'entendre, il se rétablirait dans l'hôpital militaire de Rabat après une opération à la tête. Dadis Camara, d'un naturel si bavard, n'a pourtant pas dit publiquement un mot. Et à la fin de chaque jour de silence présidentiel, on se dit à Conakry que le capitaine Dadis pourrait bien ne jamais revenir, mais que l'annonce ne sera faite que lorsque la situation sera stabilisée.

Christophe Châtelot
lemonde.fr

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