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Violences politiques -GUINEE-

30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 23:46

 
Tueries, viols, mutilations… En Guinée Conakry, l’armée a sauvagement réprimé une manifestation de l’opposition. Rabiatou Serah Diallo, secrétaire générale de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée, lance un appel au secours

Soutenez les syndicats guinéens! Ecrivez-leur! Envoyez vos courriers électroniques au
service international de la CSC qui transmettra.

rabiatouAprès la répression sanglante d’une manifestation de l’opposition, le 28 septembre dernier, la situation en Guinée Conakry est dramatique. Rabiatou Serah Diallo est la secrétaire générale de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée. Elle est aussi la porte-parole du mouvement des Forces vives de Guinée qui réunit les syndicats, la société civile, les partis politiques, les organisations patronales. Elle était à Bruxelles pour la conférence mondiale des femmes de la Confédération syndicale internationale. Le 23 octobre, à la demande de la CSC, elle a été reçue par le ministre belge des Affaires étrangères, Yves Leterme, qui lui a promis de mettre la Guinée Conakry à l’agenda européen. Dans l’interview qu’elle nous a accordée, elle lance un appel pressant à la communauté internationale et aux femmes du monde entier.

Le 28 septembre dernier, lors d’une manifestation de l’opposition au stade de football de Conakry, en Guinée, les militaires ont tué au moins 150 personnes; 1.200 personnes ont été blessées et de nombreuses femmes ont été violées en pleine rue. Quelle est la situation qui prévaut actuellement en Guinée?

Les tueries ont continué le 29 septembre en dehors du stade, dans les quartiers. Il semble qu’il y aurait eu encore plus de morts, peut-être 500. En 2007, une femme a été violée dans une mosquée, en cachette. Cette fois, ce sont des vingtaines de femmes qui ont été déshabillées, violées et tuées en pleine rue, devant leurs enfants et leur mari. Elles ont eu des blessures par balle, par couteau, leur sexe mutilé, découpé. Certaines ne peuvent plus marcher…

Aujourd'hui, ce ne sont pas les élections qui nous préoccupent. C'est comment sauver nos vies, la vie de nos enfants. Surtout que, la pauvreté aidant, les Guinéens ont faim: ils n'ont pas de nourriture, pas d'accès à l'eau potable, à l'électricité, aux soins de santé, à l'éducation des enfants… La crise financière vient s'ajouter. Le pays est en proie à une crise extrêmement profonde où la répression tue des gens pauvres qui n'ont même pas un bâton en main pour se défendre. Comment peut-on tirer à balles réelles sur cette population?

Comment les militaires en sont-ils arrivés là?

Il n'y a pas d'explication par rapport à une répression aussi sanglante. Les militaires sont venus comme des barbares. On aurait dit des gens drogués, haineux, hors d'eux.

Quelle est l’intention du chef de l'Etat?

Il rend les politiciens qui ont organisé le meeting au stade totalement responsables. Il dit qu'il ne maîtrise pas l'armée. Dans ce cas, il faut qu'il démissionne, pas qu'il sacrifie le peuple. L'armée doit être restructurée. Les militaires n’ont aucune formation de base, ils sont recrutés n'importe comment. Les militaires se promènent armés dans les quartiers, dorment avec leurs armes. Les subalternes ne respectent pas les officiers supérieurs. C'est l'anarchie.

Quel est l’état d’esprit des Guinéens?

Aujourd'hui, c'est l'argent qui parle. Le Guinéen est capable d'oublier sa dignité pour subvenir aux besoins de sa famille. La lutte est difficile, mais les syndicats et l’ensemble des Forces vives sont sur le terrain car le pays continue à leur faire confiance. Dans une première déclaration, nous avons condamné la répression du 28 septembre. Dans une deuxième déclaration, nous avons demandé au peuple et aux travailleurs en particulier de rester à la maison durant deux jours pour pleurer nos morts et pour méditer, réfléchir. Il faut que chacun se sente responsable de ce qui est arrivé. Les Guinéens ont besoin de parler, de s'accepter, de s'écouter, de se pardonner pour qu'on puisse aller de l'avant.

La Guinée est le premier pays de la sous-région a avoir eu l'indépendance. Nous sommes aujourd'hui le dernier de la sous-région. Avec toutes nos richesses, nous ne sommes pas pauvres, on nous a rendus pauvres.

Qu’attendez-vous de la communauté internationale?

Les Forces vives étaient présentes à Abudja lors d’une réunion de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao). Nous avons adhéré au communiqué final adopté par le groupe international de contact sur la Guinée. Nous avons accepté le médiateur burkinabé. Mais nous avons de grandes inquiétudes: le président en exercice de l'Union africaine (le Libyen Mouammar Kadhafi, NDLR) a pris position en affirmant que les Nations unies n'ont pas à s'ingérer dans les problèmes de la Guinée. Mais ces problèmes dépassent les compétences de ceux qui sont sur le terrain. Il faut que toute la communauté internationale se donne la main pour sortir le pays de cette crise, sinon ça va infecter toute la sous-région.

Le pays est en train de se vider. Ceux qui en ont les moyens sont partis. La France a fermé portes et fenêtres et demandé aux ressortissants français de quitter le pays. C'est dire qu'ils savent déjà ce qui peut arriver.

Vous avez notamment témoigné de la situation de votre pays lors de la conférence mondiale des femmes. Qu’attendez-vous des femmes et notamment des femmes syndicalistes?

Les femmes ont un grand rôle à jouer. Nous cherchons à identifier les victimes des viols pour qu'elles témoignent et que justice soit rendue, ce qui n’a pas été fait pour nos morts de 2007. L'une d'entre elles a témoigné à Abudja devant le groupe international de contact sur la Guinée. J’y ai moi-même témoigné de ma honte. Par le viol des femmes, je me sens moi-même violée. Toute femme, noire ou blanche, de tous les continents, doit se sentir meurtrie et de cœur avec elles.

On essaye de motiver les femmes à témoigner. On ne pourra les défendre que si elles sont organisées. Il faut que toutes les femmes se mobilisent pour que plus jamais cela n'arrive, pour protéger celles qui n'ont pas été victimes. Il faut aussi agir pour d'autres pays comme la RDC ou des pays d'Amérique latine où les femmes sont également violentées.

L'audio :

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