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Violences politiques -GUINEE-

31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 20:18

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Au lendemain de l'attaque de sa résidence par un commando armé, Guinéenews© a rencontré le chef de file de l'UPG. Dans cet entretien, Jean Marie Doré nous décrit, dans les détails, la scène de cette agression avortée ; il parle du vent de la peur lié à l'insécurité qui domine la cité, de l'offre de médiation de Kadhafi, du gouvernement d'union nationale, de la vague de défections récemment enregistrées à la présidence et dans le gouvernement Komara...

Guinéenews© : Votre domicile vient de faire l’objet d’une agression armée de la part d’un commando. Décrivez-nous à présent la scène de cette attaque
?

Jean Marie Doré :
Dans la nuit du 23 au 24 octobre, j’ai quitté chez moi vers 20 heures sans m’apercevoir que quelqu’un guettait la maison. Puis qu’aussitôt vers 21 heures 45 un groupe d’une vingtaine d’hommes a convergé devant mon portail venant de cette petite rue (la ruelle descendant vers la faculté de médecine ndrl) et venant du bloc des professeurs. Alors le chien a commencé a aboyé.

Le gardien qui s’est assis ici a cru que c’est quelque chose qui se passe dans la cour. Il a fait le tour de la maison mais le chien continuait à aboyer tantôt ici tantôt vers le portail tantôt derrière. Donc le gardien est sorti pour regarder. Il a vu un groupe d’hommes accolé au mur d’en face. Donc un élément s’est détaché pour venir se jeter sur le gardien. Mais celui qui paraissait être le chef du groupe lui a dit : « ce n’est pas lui ». C’est son patron qu’on attend. Alors le gardien est rentré rapidement. Il s’est barricadé et a mis en œuvre les mesures de sécurité. Donc je savais qu’il y avait un danger grave devant chez moi et je ne suis pas rentré. Ce groupe est resté et de temps en temps ils venaient taper le portail jusqu’à 4 heures du matin. Ces gens étaient habillés en civil. Mais c’étaient des costauds d’allure martiale. Ils portaient des sacs au dos et ils avaient des objets en main qui paraissaient évidemment être des armes. Ils ne sont pas entrés puisqu’ils m’attendaient. Quand vous venez pour entrer chez moi, vous devez marquer un temps d’arrêt au portail, le temps pour le gardien d’ouvrir. C’est sur ce temps qu’ils comptaient pour me prendre. J’ai lieu de penser que ce n’était pas une simple intimidation. Parce que vingt personnes pour venir intimider quelqu’un, cela me paraissait trop. Donc ce sont des choses qui ne sont pas bien. Parce que nous sommes dans une crise dont il faut sortir par la négociation. Parce que la Guinée doit gagner dans ces négociations. Pour que, selon moi, personne ne perde la face mais que de toutes les façons possibles la Guinée sorte renforcée et plus forte dans cette situation et que les mesures qu’on va prendre pour sortir de la crise interdisent la récidive de la situation dans laquelle nous vivons et qui n’est pas digne de notre pays.

Guinéenews© : Qui pourraient être, à votre avis, derrière cette attaque. Avez-vous une idée de l’identité de celui qui pourrait en être le commanditaire ?

Jean Marie Doré :
J’ai une idée sur l’origine de ces gens. Mais une idée n’est pas une preuve. C’est pourquoi je ne peux pas la formuler. Je souhaite seulement que les commanditaires de cette mesure comprennent que se faisant ils se font eux-mêmes du tord. Parce que le grave problème de la Guinée, c’est l’énorme déficit de confiance. Si on ne se fait pas confiance, il est difficile de négocier ensemble. Je pense que chacun doit se maîtriser pour rechercher la solution qui garantit les intérêts de tous les acteurs en présence. Mais que la garantie de ces intérêts ne nuise pas à l’intérêt institutionnel, économique, politique, social et moral de notre pays. Donc je ne vais pas raisonner en fonction de ces menaces. Je garde la tête froide pour prier ceux qui croient que c’est la force brutale et le recours aux mesures d’intimidation ou éventuellement aux assassinats et ça nuit à leur crédibilité, à l’efficacité de leur mesure.

Ça nuit à l’image et à l’intérêt de la Guinée. Parce que quand on apprend que tous les européens qui travaillaient à CBG, à Global sont rentrés dans leur pays, ça veut dire que ces sociétés qui employaient nombre de nos compatriotes vont être bloquées. Et comme c’est la source principale des devises de notre pays… Vous voyez, c’est l’ambiance créée par l’incertitude, par les menaces, par l’insécurité qui n’épargnent ni les citoyens guinéens ni les étrangers ni les diplomates. Comme ça on ne peut pas bâtir une nation en inspirant la peur aux citoyens. Je crois que ce n’est pas bien. Vraiment je pense que c’est un accident et que ça ne devrait pas se répéter dans l’intérêt de tout le monde.

Guinéenews© : La capitale Conakry est actuellement couverte par une psychose d’assassinats, d’intimidations, d’agressions armées. Est-ce qu’aujourd’hui après cette tentative d’agression vous ne craignez plus votre vie ?

Jean Marie Doré :
Je crains toujours pour ma vie. Mais je suis Guinéen. Où voulez-vous que j’aille ? (rire). S’il y a la peur en Guinée, il faut travailler en Guinée pour éviter que la peur ne subsiste. Parce que je ne vois vraiment pas pourquoi on va éliminer les gens. Parce qu’on ne peut pas éliminer les Guinéens… Pour régner sur quoi ?

Quand on gère un pays, on gère ceux qui vous sont favorables et ceux qui ne vous sont pas favorables. Même s’il reste trois Guinéens en Guinée, un sera toujours favorable à celui qui gouverne et des deux autres, un sera contre et le dernier dans l’hésitation. Donc c’est une logique impossible qui est anormale. Parce qu’on ne peut pas éliminer tous ses ennemis dans un pays. Vous éliminer un ennemi, vous créer des ennemis supplémentaires à cause de l’élimination de ce seul ennemi. Donc s’il y a cette dialectique dangereuse, il faut éviter cela. Je pense que les gens ont dû être influencés par des informations fausses. Puisqu’il en court sur mon compte, par exemple, il paraît que la police a dit dans un rapport que les Forces Vives se réunissent à mon domicile et qu’elles veulent me prendre pour gérer la transition. Mais écouter, c’est une question qui ne se pose pas. Aucun leader des Forces Vives, aucun syndicaliste, aucun membre de la société civile n’a encore réfléchit à la façon dont on veut gérer la transition. Pour le moment celui qui la gère, c’est le président Moussa Dadis Camara. Je dis que cette question n’est pour le moment même pas dans la pensée des gens.

Je ne vois pas comment la police peut faire un rapport à froid pour dire que comme les Forces Vives se réunissent chez monsieur Doré et que l’Internet a dit que c’est lui qui va diriger la transition… Donc il est l’ennemi du président. Ce sont vraiment des choses étonnantes. Quand on l’a dit, je n’ai pas voulu croire. Et j’ai vu en effet que quelqu’un a réfléchit, il a fait une analyse et a dit que si quelqu’un doit diriger la transition, c’est Doré. Mais la personne n’a pas demandé mon avis si je suis apte pour diriger la transition. C’est donc complètement absurde. Je n’ai pas l’intention de gérer la transition (rire !). Personne ne m’en a fait la demande et moi-même ne pense pas à cela. Ce n’est pas mon souci. Il ne m’intéresse pas. Je veux que la Guinée sorte de l’incertitude par une solution qui tient compte de l’ensemble des intérêts en présence.

Guinéenews© : Vous avez récemment au niveau des Forces Vives rejeté une offre de médiation du colonel Kadhafi. Peut-on savoir les raisons fondamentales qui vous ont amené à décliner cette offre de facilitation?

Jean Marie Doré :
C’est très simple. A l’initiative de la CEDEAO appuyée par l’Union Africaine dont Kadhafi est le président et supportée par la communauté internationale, c'est-à-dire les Nations Unies et toutes les grandes puissances, ont désigné Blaise Compaoré. Et à l’origine de cette désignation et à la demande formelle formuler par notre président, notre gouvernement auprès de la CEDEAO. Donc Blaise Compaoré est chargé du dossier, il n’a même pas fait une séance de la médiation, et monsieur Kadhafi vient de proposer sa médiation… visiblement en concurrence avec le premier médiateur. Comme nous avons un devoir de cohérence vis-à-vis de nous-mêmes et vis-à-vis de la communauté qui a désigné Blaise Compaoré, c’était impensable même d’imaginer qu’on allait souscrire à cette proposition. Nous avons beaucoup de respect pour le guide de la révolution de la jammaiah libyenne mais (rire !) nous ne pouvons pas accepter cela sans même lui manquer de respect. Puisqu’il est président de l’Union Africaine qui a insisté pour que Blaise Compaoré puisse faire la médiation. Il y a donc un devoir de cohérence aussi bien de la part des Forces Vives que de la part de tous les protagonistes du dossier.

Guinéenews© : Mais il y en qui affirment aussi que parce que dans une de ses déclarations, le guide Libyen a eu à prendre fait et cause pour le président Dadis ?

Jean Marie Doré :
Cela peut entrer dans le raisonnement de certains. Mais quand à moi, je vous dis au nom des Forces Vives que ces considérations ne sont pas entrées officiellement en ligne de compte de notre raisonnement. Il y avait seulement la question de la cohérence. Le président Moussa Dadis Camara a demandé une médiation. La communauté internationale à l’appel de la CEDEAO a accepté et nous aussi. Parce que Blaise Compaoré on le connaît. C’est un homme talentueux. Il est intelligent. Il a dans son CV la réussite de médiation dans les dossiers brûlants et donc on ne pouvait trouver un médiateur que lui. A partir de là, nous, nous pensions que le devoir de cohérence qui s’imposait à nous, nous interdisait d’accepter de faire de la médiation libyenne un doublon. Ce doublon là rendait le dossier confus. Voilà c’est tout. Ce n’est pas parce qu’il a fait des déclarations. C’est une simple question de logique.

Guinéenews© : Depuis la tragédie du 28 septembre, la junte ne cesse d’afficher sa ''bonne foi''. Elle a appelé à la création d’une commission nationale d’enquête et surtout la mise en place d’un gouvernement d’union nationale. Et par rapport à cette dernière initiative qu’en dites-vous ?

Jean Marie Doré :
Je n’ai pas pensé à cette question. Mais je dis que la commission d’enquête internationale met chacun à l’aise. Parce qu’il y a beaucoup d’arguments que certains développent, je pense à bon droit que la commission d’enquête nationale se heurterait au manque de confiance réciproque. Tandis que si les enquêteurs viennent de la communauté internationale, chacun se sentirait à l’aise par rapport à la liberté d’expression… Maintenant concernant le gouvernement d’union nationale, la question ne m’a pas encore été posée et je n’ai pas réfléchit à cela. Ce qui me préoccupe, c’est cette médiation pour qu’on trouve une solution une porte de sortie de la crise.

Guinéenews© : Vous estimez que la voix du dialogue reste la seule pouvant apporter une solution à la crise ? Pendant ce temps, vous restez campés sur votre exigence préalable du départ pur et simple du capitaine Dadis. Ne pensez-vous pas que vous êtes en train de verrouiller au même moment toutes les portes de ce dialogue ? Vous voulez dialoguer au même moment vous exiger l’effacement ou la disparition de votre interlocuteur ?

Jean Marie Doré :
Non. A ma connaissance, c’est la 8ème session du groupe international de contact sur la Guinée qui a analysé les déclarations du gouvernement guinéen, les positions des Forces Vives et qui a posé ces exigences là. Ce n’est pas moi. Je ne crois pas que les Forces Vives soient à l’origine de cette mesure. C’est la conclusion normale de l’analyse faite par le groupe international de contact sur la Guinée qui a abouti à ça.

Guinéenews© : N’empêche, vous y tenez comme préalable non?
Jean Marie Doré :
Vous ne me demandez pas si on tient si on ne tient pas. Je vous dis que la communauté internationale a évalué les positions et a estimé qu’il faut cela. Ce n’est pas moi. Vous me demandez de commenter une position qui n’est pas la mienne ? Je n’ai pas le droit de porter un jugement de valeur sur une position qui ne vient pas de moi.

Guinéenews© : Quel commentaire faites-vous en tant leader d’opinion de la vague de défections qui avait récemment secoué le gouvernement Komara ?

Jean Marie Doré :
Écouter, je ne suis pas membre du CNDD ni membre du gouvernement. Je suis un simple citoyen qui dirige un parti. Je constate comme tout un chacun que des ministres, des conseillers du président ont fait défection. Je regrette cela. Parce que cela affecte l’efficacité du fonctionnement de l’appareil d’État. Donc je le regrette beaucoup. C’est peut être qu’on n’avait pas trop réfléchit aux conditions de recrutement du staff ? Je ne sais pas… C’est une interrogation. Sinon je n’ai pas le droit de porter un jugement de valeur sur une décision qu’un homme d’État prend en conscience de rester ou de ne pas rester au gouvernement. Non ! C’est le chef de l’État seul qui a le droit de porter un jugement de valeur sur les démissions.

Propos recueillis par Camara Moro Amara depuis Conakry pour Guinéenews©

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