Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Violences politiques -GUINEE-

22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 20:07


Après les négociations de Ouagadougou,la syndicaliste Hadja Rabiatou Sérah Diallo invite les Guinéens à s'unir pour sauver leur pays.Face à la crise,la secrétaire générale de la confédération nationale des travailleurs de Guinée(CNTG) n'exclue pas une candidature du Capitaine Dadis Camara, à condition qu'il démissionne de l'armée et qu'il se retire de la transition.Nous l'avons rencontré vendredi à Genève à l'occasion de la 306eme session du Conseil d'administration du Bureau International de Travail.Exclusif!

Africaguinee.com: Bonjour Madame Diallo. Peut-on savoir les raisons de votre absence aux négociations de Ouagadougou?

Rabiatou Sérah Diallo :Les raisons sont les suivantes. Les négociations de Ouagadougou ont coïncidé avec la session du conseil d’administration de Turin ou je suis membre titulaire et le conseil d’administration du Bureau International de Travail(BIT) qui se tient ici à Geneve. Mais lors de la première rencontre de Ouaga(le 2 et 3 novembre dernier, Ndlr), j’avais présenté des excuses pour ce qui est de Turin et j’ai pu participe aux négociations. Mais actuellement, nous travaillons ici par commissions de travail et en cas de vote ce sont les titulaires qui se prononcent. Donc je ne pouvais pas m’absenter à ce conseil d’administration ici à Genève.

Selon nos informations, le médiateur Blaise Compaoré a fait des propositions pour une sortie de crise en Guinée, plutôt favorables a la junte du Capitaine Moussa Dadis Camara. Comment voyez vous la suite des négociations ?

Je pense qu’il faut continuer a dialoguer. Hier au BIT, on parlait justement des négociations collectives et tout cela se résume par le dialogue. Mais je pense qu’avec la conjoncture actuelle, ce qui serait bon c’est que Dadis ne dirige pas la transition, mais plutôt qu’il se présente comme tout citoyen à la présidentielle. Je ne suis pas favorable à un engagement de sa part pour renoncer à une éventuelle candidature. S’il veut être candidat, qu’il démissionne de l’armée et devienne un simple citoyen et en ce moment il pourra se présenter aux élections. Mais qu’on mette une autre structure de transition en place. Ce que je crains, c’est qu’il n’y a plus de confiance. Pour rétablir la confiance entre les militaires et les forces vives, il faut plus de temps. Mais pendant ce temps, c’est tout le peuple qui souffre. Déjà beaucoup de leaders politiques ne sont pas en Guinée. Donc ca risque d’amener des troubles si on attend trop longtemps. Il faudrait donc qu’on trouve une transition rapide et apaisée pour sortir de cette crise. Mais pour cela, chacun de nous doit faire preuve de retenue et comprendre qu’il ne s’agit pas d’une personne mais de l’intérêt du pays. Chacun doit mettre le pays en face, car c’est la Guinée qui compte. Tout ce qui a amène ces troubles c’est parce que Dadis avait pris l’engagement de ne pas être candidat et après avec certains soutiens ont signifie qu’il a l’intention de présenter sa candidature.

Mais parmi les propositions du médiateur Blaise Compaoré, le Capitaine Dadis doit diriger la transition et démissionner quatre mois avant les élections. Votre réaction ?

Je ne sais pas si cela est bien réfléchi. On ne peut pas diriger la transition et démissionner après pour se porter candidat. On ne peut pas être juge et partie. Je pense personnellement que ce n’est pas la solution. Soit le Capitaine Dadis ne se présente pas du tout aux élections, soit il quitte le pouvoir. Mais on ne peut pas diriger la transition et se présenter aux élections.

Justement est ce que vous pensez que le maintien du Capitaine Dadis sera accueilli favorablement en Guinée ?

Actuellement le peuple est divisé. Mais il faut reconnaitre qu’il y a une minorité qui soutient le Capitaine Dadis et c’est normal. Même Hitler en Allemagne avait des soutiens. Donc il y aura toujours des gens qui soutiennent le Capitaine Dadis. Par contre au niveau du monde du travail, ce n’est pas le Capitaine Dadis qui nous préoccupe, mais plutôt le régime militaire. Ce n’est pas une ethnie qui nous intéresse, mais c’est le régime militaire qui nous préoccupe.

Aujourd’hui certains observateurs craignent une fissure au sein des forces vives dont l’unité semble se focaliser sur le départ de la junte. Qu’en pensez-vous ?

S’il y a fissure, c’est peut être des avis divergents au niveau des politiciens. Mais au niveau du mouvement social, nous sommes soudés et indivisibles. Parce qu’après les évènements de 2006 et 2007, c’est le mouvement social (syndicats, société civile, patronats) qui avons initié ce Forum des forces vives. C’est nous qui avons interpellés les leaders politiques a nous rejoindre. Le 8 février 2009, il y avait des leaders politiques a l’époque qui ne se disaient pas bonjour. Aujourd’hui il faut que chacun de nous oublie ses intérêts, enterrer nos divergences pour sauver la Guinée. Si nous ne sommes pas unis pour défendre la Guinée, pour sortir nos compatriotes de cette misère, nous n’irons pas en avant. Il ne faut pas que certains pensent qu’ils vont lutter pour leurs intérêts personnels. Sinon, c’est tout le monde qui va perdre. Je pense que l’heure n’est pas indiquée. Même au sein du mouvement syndical, c’est normal qu’il y ait des divergences mais ce qui prime, c’est comment sortir la Guinée de cette crise, de cette misère…Aujourd’hui, on parle même de mercenaires et de circulation d’armes en Guinée. Donc a la moindre perturbation dans notre pays, c’est grave. La Guinée qui a toujours été une terre d’asile ne peut pas s’embraser sans affecter la sous-région. Contrairement aux autres régions, l’Afrique de l’ouest était un peu calme, mais actuellement si la Guinée est touchée, il faut avoir peur.

Au BIT, avez-vous reçues des réactions des mouvements syndicaux par rapport a la situation en Guinée ?

Bine sur. J’ai eu le privilège d’intervenir au niveau du groupe des travailleurs, mais aussi les affiliés de la CSI se sont retrouvés sous l’égide du secrétaire général Gaël Rider pour analyser la situation en Guinée. Jeudi, tous les travailleurs affiliés a la CSI, de l’OUSA etc.., se sont mobilisés pour interpeller les délégations des gouvernements, des patronats présentes a ce conseil d’administration, sur la crise dans notre pays. J’ai rencontre le directeur général, qui s’est toujours battu pour la Guinée et il a promis d’interpeller le Capitaine Dadis Camara pour lui parler de la sécurité pour les leaders syndicaux. Chez nous on ne sait plus qui est armé ou pas et les inquiétudes sont énormes. Beaucoup sont tués dans le silence dans leurs domiciles.

Avant de terminer, avez-vous un message pour les populations Guinéennes dont l’espoir repose sur ces négociations de Ouagadougou ?

Tout d’abord, je tiens a préciser que depuis la rencontre des Chefs d’Etat a Abuja, j’avais dis ceci : « On se félicite de la désignation du médiateur de la CEDEAO en la personne du Président Compaoré. Cependant, les Guinéens doivent savoir que le Président Compaoré n’est ni de la basse Guinée, ni de la Moyenne guinée, haute guinée ou de la guinée forestière. Donc quelque soit son dévouement, ses bonnes intentions, si les Guinéens ne savent pas ce qu’ils veulent, il ne peut rien faire avec la médiation. »Il faut donc que les Guinéens méditent sur ce qui a été fait, ce qui reste à faire. Pourquoi notre pays ne bouge pas, quelles sont nos erreurs ? C’est a nous de prendre nos responsabilités pour ne pas sacrifier l’avenir de nos enfants. Les jeunes guinéens doivent profiter comme les autres dans les autres regions du monde. Les Guinéens doivent savoir qu’avec corruption, les conséquences c’est tout le monde qui souffre après. On peut aussi traduire notre volonté sans passer par la violence. En 2006 et 2007, des Guinéens sont morts, sans résultats. Mais nos compatriotes ne doivent pas mourir pour rien. Le 28 septembre, des gens sont morts. Chacun de nous est responsable. La dernière fois j’ai interpellé les religieux, car ils sont aussi responsables devant Dieu, car chacun de nous a un rôle a jouer. La résignation n’arrange rien, mais tout ceux qui nous aident avec la communauté internationale, doivent comprendre qu’en Guinée nous sommes responsables et conscients de notre situation. Au niveau politique, les leaders doivent s’unir pour sauver ce pays.

Vous serez bientôt a Ouagadougou pour le forum social le 29 novembre. Peut on s’attendre a votre participation aux négociations éventuelles avec le Président Compaoré ?

Bien sûr, si les négociations se poursuivent, je participerai car on a besoin aussi des femmes dans notre délégation .Ce sont les femmes qui sont les premières victimes. Ce sont les femmes qui ont été violées, qui ont perdu leurs maris et leurs enfants. Je pense que les femmes ont leur place dans ces négociations. Aujourd’hui il y a des femmes qui n’osent pas sortir, se traiter parce qu’elles ont honte. Le 28 septembre, on violait les femmes en public ! On vient de dépister à Dakar neuf cas de grossesses de jeunes filles. Il y a l’une d’entre elles qui n’as pas pu supporter le choc. Avoir un enfant dont tu ne connais même pas le père, c’est tragique. A Genève, j’ai pris contact avec le bureau ACTRAV notamment son Directeur M.Dan Cunniah, le directeur régional du BIT-Afrique, M.Charles Dan, pour que lors de ce forum tripartite de Ouagadougou, qu’ils acceptent que la Guinée désigne trois syndicalistes a titre exceptionnel. La doléance a été acceptée et nous viendrons participer a ce forum ou des délégations gouvernentales et patronales seront présentes du 29 au 2 décembre prochain.

Interview réalisée par Mamadou Kaba Souaré
Pour Africaguinee.com

Partager cet article
Repost0

commentaires