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Violences politiques -GUINEE-

8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 23:35

Fode-Sylla.jpg
Tout change, tout évolue, l’homme aussi. Et Fodé Tass Sylla ne fait pas exception à cette règle universelle. Ultra fougueux qu’il a été au début de sa carrière, Fodé Tass Sylla a, avec le temps, a suffisamment gagné en maturité aujourd’hui. Du faucon qu’il était, Tass est véritablement devenu une colombe qui prêche à profusion l’apaisement et le pardon entre ses compatriotes face aux dangers d’une guerre fratricide qui guette le pays. Convaincu du bien fondé de cette cause, Fodé Tass ne semble vouloir reculer devant rien. Même devant les risques de limogeage à son poste de rédacteur en chef de la télévision nationale où il écope depuis bientôt un mois une suspension pour, dit-on, ‘’faute lourde professionnelle’’.

Justement devant le grand tollé suscité par cette mesure de la direction générale de la Radio Télévision Guinéenne tant au niveau de la corporation qu’au sein de la population, Guinéenews est allé à la rencontre de l’homme qui a bien voulu s’exprimer sur les circonstances de sa suspension, les coups bas qu’il a endurés et son engagement en faveur d’une Guinée nouvelle qu’il veut un havre de paix où il n’y aura aucune place pour la haine et l’animosité. Lisez cette interview-révélation !

Guinéenews© : Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Fodé Tass Sylla :
Je suis Fodé Tass Sylla, rédacteur en chef de la télévision Koloma, RTG1. J’ai été nommé à ce poste le 10 novembre 2009 par l’actuel ministre de l’Information et de la Culture, porte-parole du gouvernement, Cheick Fantamady Condé.

Il faut rappeler que cette promotion est venue six ans après avoir été rédacteur en chef adjoint en dent de scie. Puisque j’ai été nommé dédacteur en chef adjoint depuis janvier 2002. De janvier 2002 jusqu’au 10 novembre 2009, j’occupais cette fonction. C’est donc à partir de ce 10 novembre 2009, que je suis devenu le rédacteur en chef de la télévision nationale.

En outre, je suis auteur d’un livre intitulé ‘’ Cette fois, c’est parti !’’. En fait, le titre que moi j’avais choisi, c’était : ‘’ Cette fois, c’est parti ! Quand la Guinée secoue ses cocotiers’’. Mais lorsque le manuscrit est arrivé à l’Harmattan, à Paris, ils m’ont proposé ce titre que l’œuvre porte maintenant, sous prétexte que mon titre choisi à l’époque sous le régime de Lansana Conté était un peu violent. Ils ont ainsi intitulé mon livre : ‘’ Guinée, du 22 décembre 2006 au 26 février 2007 : Cette fois, c’est parti ! ’’

Eux, ils ont estimé que mon titre est non commercial et… risqué. Alors que dans ma tête, en tant qu’auteur, ‘’Cette fois, c’est parti !’’ est une série. La première publiée, c’est ‘’Cette fois, c’est parti : Quand la Guinée secoue ses cocotiers’’. Et ce que j’écris maintenant, c’est la suite qui s’intitulera : ‘’Cette fois, c’est parti : Quand la Guinée panse ses plaies’’. Parce que je crois que la Guinée est en train de panser ses plaies aujourd’hui. C’est ce que j’observe dans le deuxième livre que je suis en train de préparer. Je rappelle que le premier livre a paru à l’Harmattan à Paris et est dans les librairies à travers le monde depuis Mars 2008.

Guinéenews© : Cela dit, vous êtes le rédacteur en chef de la télévision nationale depuis le 10 novembre. Mais très curieusement, vous n’êtes ni vu ni entendu dans les JT (journal télévisé, ndlr). Que s’est-il concrètement passé entre temps pour avoir observé ce silence écran ?

Fodé Tass Sylla :
Comme je l’ai dit tantôt, j’ai été nommé le 10 novembre dernier. A l’époque, vous vous rappellerez, la Guinée était dans les négociations de Ouagadougou. Donc, les Forces Vives et le CNDD effectuaient des voyages sur Ouagadougou. Ils ont fait Ouaga1, 2 et 3. La tension était telle que vraiment, il n’était pas facile de gérer une division politique. Parce que le Rédacteur en chef est le chef de la division politique de la télévision nationale.

Donc, le 10 novembre, je suis arrivé et me suis présenté à Monsieur le ministre pour lui assurer de toute ma disponibilité. Parce que, entre temps, certains disaient que je n’allais pas venir. Au motif que j’étais le directeur de la Communication au Cercle Scientifique de Guinée-Forum National du Développement Durable depuis septembre dernier. Je rappelle que j’avais été coopté par cette ONG à travers son président Mamady Mara pour assumer les fonctions de chargé de la Communication. Parce que le ministre Tibou Kamara en venant aux commandes du département de l’Information, m’avait mis à la touche. C’était depuis le 7 octobre 2008. J’ai dû faire un an de chômage sous le ministre Tibou Kamara, avant d’être sollicité en septembre 2009 par le Cercle Scientifique de Guinée. Après trois mois dans cette ONG, l’Etat m’a fait appel encore et j’ai repris le travail, contrairement à ce que d’aucuns pensaient et qu’ils juraient dans mon dos.

Je suis donc revenu. Mais, dès mon discours de prise de fonction, j’ai tenu à indiquer que je suis venu juste pour relever le niveau du journal télévisé que j’ai trouvé à plat ventre. Donc, j’étais là uniquement pour apporter ma petite expérience professionnelle. J’ai bien insisté sur ce facteur, parce que je ne trouvais pas que cela soit le moment de se mettre à faire des éditoriaux enflammés. Le pays étant déjà en vive tension, il fallait chercher à calmer la situation.

Très malheureusement, j’ai été incompris. Parce que je crois qu’ils m’ont nommé en s’attendant à un autre Fodé Tass Sylla enflammé des années passées, avec ses éditoriaux à la casse-la-gueule. Mais eux, ils n’avaient pas analysé le temps politique. Pour moi, le temps politique et le temps sociologique exigeaient que la Guinée aille à l’apaisement, maintenant là. On avait rien à faire des rafales verbales, des grimaces incendiaires comme se frapper le biceps. Ce n’était pas le moment. Surtout après les événements du 28 septembre 2009 avec autant de morts.

Et puis, la classe politique guinéenne était à l’époque dans la médiation du président Blaise Compaoré. Et au moment où les Forces Vives et le CNDD sont en train de chercher une voie de sortie de crise pour la Guinée, je ne croyais pas intelligent de mettre de l’huile sur le feu avec des billets du jour à consonance belliciste.

Je l’ai dit dans mon discours de prise de fonction, que je ne suis pas venu pour des éditoriaux enflammés. Et je crois que c’est là que j’ai commis le grand crime. J’ai dû blesser et la direction et le ministère. Parce que, selon ce qui a suivi, j’ai cru comprendre qu’ils m’avaient appelé, avec à l’esprit, que je vais jouer le rôle de l’aboyeur national. Or, j’ai été très clair avec eux dès le début. Voilà donc comment tout mon malheur a commencé.

Je rappelle que lorsque j’arrivais à la tête de la rédaction, le montage du journal se faisait dans les VTR de Koloma. Parce que ceux qui avaient quitté avaient tout mis à plat. La RTG Koloma n’émettait pas. Tous les jours, je préparais le journal à Koloma et je courais, par la suite, pour la ville pour aller diffuser. Et cela, tous les jours que Dieu fait : sans dimanche ni fête ni jour férié, et sans aucun appui financier de la direction ou du ministère, ne fût-ce que pour le carburant. Je vous dis : c’est une véritable corvée que l’on endure simplement parce que c’est au service de la Nation. Mais faudrait-il que ces efforts et ce sacrifice soient reconnus par la hiérarchie. Et c’est tout le contraire !

Tenez : le 7 décembre 2009, quand j’arrive à Boulbinet, on me dit que Fana Soumah a fait « l’invité du journal » avec le ministre de la Communication Idrissa Chérif, et que ce dossier doit passer intégralement au début du journal télévisé. Le paradoxe qu’il faut noter là est qu’il se trouvait qu’en tant que rédacteur en chef, je ne savais rien du contenu des billets du jour et autres éditoriaux qui étaient rédigés, chaque jour, par le conseiller du ministre Ansoumane Bangoura, qui les dictait à des jeunes journalistes pour la lecture, ou alors au directeur de la radio nationale Kaba Condé. Et moi, tous les jours, étant le rédacteur en chef, on parachute des éditoriaux dans le journal que je gère et on dit « le billet du jour de la rédaction », ça, ce n’est pas déontologique, ce n’est pas honnête, ça ne s’est jamais fait ici.

Ainsi, on essayait de me brimer et on passait par tous les moyens détournés pour m’énerver. Mais c’était ne plus me connaître, c’était ignorer complètement que l’autre Tass n’est plus là. Je ne suis plus le violent auquel ils pensaient. Sinon, comment le rédacteur en chef peut être là et il ignore le contenu des éditoriaux qui ouvrent tous les jours son journal, et qu’à la fin, on signe : « éditorial du journal télévisé » ?

Arrivé donc ce 7 septembre 2009, Siré Dieng, le nouveau directeur de la télé me dit : « Monsieur Sylla, Fana Soumah à fait l’invité avec Idrissa Chérif, c’est ce qui passe en première position dans le journal ».

J’ai dit : « Ecoutez, moi je vous ai dit que je souhaiterais rester un professionnel. Je suis dans ce métier depuis 23 ans. J’ai appris ce métier à Tunis, à Paris, à travers le monde et ici. Un journal télévisé ne peut pas s’ouvrir par la rubrique « l’invité ». Ce n’est pas possible ! C’est du jamais vu ! ‘’L’invité’’ est une rubrique à part. Jamais on ne peut ouvrir un journal par elle. On me dit non, c’est ce que le ministre demande. Je lui ai dit écouter, le ministre Cheick Fantamady Condé était directeur de la radio quand moi j’arrivais ici en 1987. C’est lui qui m’a reçu. Il connaît la radio, il ne connaît que la radio. Son conseiller Ansoumane Bangoura connaît la radio, il ne connaît que la radio. Son conseiller Issa condé connaît la radio, il ne connaît que la radio. Dans toute la série que je regarde là, peut être, sauf le Secrétaire général du ministère, Emile Chérif qui connaît la télé. Dans toute la structure, je suis le seul à connaître ce qu’on appelle le journal télévisé, à part les directeurs Siré Dieng et Fana Soumah. A cet effet, je souhaiterais que vous écoutiez mes conseils par rapport au bon travail. Je crois bien que vous m’avez amené pour cet objectif. On ne joue pas une télévision comme la radio. Ce que j’ai appris, vous ne pouvez pas me ridiculiser. Parce que les gens savent déjà que je suis nommé rédacteur en chef, et ils pourraient bien se gausser de l’amateurisme que vous voulez m’imposer là. Or, je tiens à imprimer une marque universelle au journal télévisé de la Guinée.

On insiste encore pour que cette rubrique ouvre toujours le journal. Ensuite, j’appelle Fana Soumah qui est directeur de Boulbinet. Je lui dis : « toi, tu connais la télévision, pour être de la télévision. On ne peut pas faire un journal avec une rubrique de 20 minutes au début ? Le journal normal, c’est 30 minutes. Voilà donc ce que je propose : comme tout bon journal réfléchi, professionnel, on va prendre un extrait de cet invité, on le met dans le journal. Le présentateur annonce à la fin du sujet, que l’intégralité sera diffusée à la fin du journal ».

Et c’est comme ça que nous avons décidé de le maintenir. Ce jour là, je me rappelle bien, c’est Marie Louise Sanoussi qui présentait le journal. Avant même qu’on eût fini, les conseillers du ministre étaient déjà venus du département.

Je suis parti avec Marie Louise Sanoussi au département. Le ministre s’apprêtait à prendre sa voiture pour partir. On l’a salué, il a aussitôt réagi : « Monsieur Sylla, le travail de ce soir, ce n’est pas bon du tout. On vous dit de faire quelque chose, vous ne vous exécutez pas ».

J’ai répondu que je présentais nos excuses mais que professionnellement, ce n’est pas comme ça qu’on devait faire. Peine perdue ! Il était sur les nerfs.

Le lendemain, on avait commencé à chuchoter déjà qu’on allait me sanctionner. C’était fait le 7 décembre. Le 8, j’ai travaillé normalement à Koloma, mais je sentais que l’on me cherchait la petite bête.

Le soir, comme tous les jours, je quitte Koloma pour Boulbinet. Je trouve que le réalisateur du jour, Mohamed Lamine Camara que j’avais programmé, avait perdu son grand frère à Coyah. Il était donc absent. Conséquence : c’est moi-même en personne qui, après avoir préparé le journal depuis 9 heures du matin et toute la journée durant, me vois obligé d’assumer la réalisation, avec toute la fatigue que je ressentais déjà.

Il y avait, comme tous les jours, un éditorial au début. Dernière phrase, vous savez sous la fatigue, on dit « plateau ! », le présentateur vient à l’antenne. La dernière phrase est coupée, soir 15 à 20 secondes. Et voilà, la grande faute « professionnelle » que Fodé Tass Sylla a commise. On dit : « Non, il a saboté. On le sait d’ailleurs, il est contre le CNDD. A partir de l’instant, il faut le sanctionner ! »

Le lendemain soir, je descends encore avec le journal préparé. Siré Dieng, le directeur de la télé m’appelle au téléphone, de le trouver au siège de Rusky-Alumini dans la Cité des nations, avant d’aller à Boulbinet. Je m’y présente et il me dit : « Monsieur Sylla donnez- moi les bandes et tout ce qui concerne le journal…et tout. A partir d’aujourd’hui, on me dit que vous ne devez plus approcher le journal. »

Sur place, je sors tout de ma voiture et lui donne. Après, je rentre chez moi. Le lendemain, je viens voir le directeur général à Boulbinet. Il me sort un papier sur lequel était couchée la décision me suspendant « de toutes activités pour faute professionnelle lourde jusqu'à nouvel ordre ».

Quelques jours plus tard, c’est le conseil des ministres qui se réunit. Et à l’occasion, c’est le Premier ministre et tout le gouvernement qui est revenu sur ce que je défendais quelques heures plutôt. A savoir, la reprise des négociations de Ouagadougou. Contrairement à ce que l’on soutenait quelques jours auparavant, à travers cette rubrique de l’invité Idrissa Chérif.

Mais la réaction du gouvernement qui va à l’encontre des déclarations dans cette émission sest venue un peu trop tard. Moi, on m’avait déjà mis à la touche. Pour la simple raison que ma hiérarchie et moi, on n’avait pas eu la même perception des faits à l’époque.

Après cette suspension, je venais tous les jours m’asseoir et les regarder. Ensuite, je me suis décidé à aller rencontrer le ministre pour lui donner des explications. Je lui ai fait comprendre que je ne fais et ne ferai rien contre sa personne. Parce que je crois lui devoir personnellement. Je lui ai rappelé que c’est lui m’a reçu à la RTG, en qualité de stagiaire en 1987. « N’eut été cela, je crois que je serais encore enseignant aujourd’hui. Pour cette reconnaissance, sachez que je ne tenterai rien de mal contre la personne de Mr Cheick Fantamady Condé. Sachez que tout ce qu’on vous dira ici, à savoir que je suis contre le CNDD, c’est du pipo. Je suis une personne loyale, sincère, entière et claire. Je ne fais rien cependant qui ne soit professionnel. Quand je vous dis en tant que rédacteur en chef, donc un de vos conseillers, que telle chose n’est pas bonne, vous devez en tenir compte. Parce que je ne le ferai que dans l’intérêt de cette Nation. Je ne connais pas les faux bonds. »

Après tout cela, il me répond qu’il a compris et que ces jours-ci, tout va être réglé. Ensuite j’ai rencontré le Directeur général...

Et voilà ! Du 9 décembre à ce jour, nous avançons vers le mois très bientôt, j’attends que cette décision soit revue.

Guinéenews© : En tant que référence en matière de télévision, quelle lecture faites-vous aujourd’hui des différents billets et éditoriaux qui tournent en boucle sur les ondes de la radiotélévision nationale ?

Fodé Tass Sylla :
Laissez-moi vous dire que cela est une manœuvre scandaleuse. La Guinée a eu des morts le 28 septembre.

Moi, je ne cherche pas à juger ou accuser qui qu’il soit entre le CNDD et les Forces Vives…, telle n’est pas ma préoccupation. Je dis simplement qu’un seul Guinéen soit mort, a pour moi la même valeur que 12 millions de Guinéens. Un seul Guinéen qu’on perd, ce n’est pas un Coréen, ni un Philippin, encore moins un Rwandais, c’est un Guinéen qui équivaut à 12 millions de Guinéens. Quand on est dans un tel contexte, ce n’est pas envoyer des rafales verbales, des discours guerriers, des propos bellicistes… Ce n’est pas cela l’essentiel pour une télévision de service publique. Le temps politique et le temps sociologique exigent des responsables des médias de calmer les gens, d’aller à l’apaisement.

Puisque, de toutes les manières, se frapper le biceps, çà ne pourra qu’amener la violence. Et la violence entraîne toujours la violence.
Et lorsque ça va péter demain, ce seront nos tantes, nos sœurs, nos mères, nos frères, nos oncles qui ne peuvent pas courir, qui vont mourir. Et au finish, on va s’asseoir à la table pour dialoguer et trouver une solution apaisée.

Je pense au Rwanda : l’avion du président Juvénal Habyarimana a été abattu, mais huit cent mille (800.000) rwandais ont péri à sa suite. Aujourd’hui, les autorités rwandaises se sont retrouvées pour réconcilier avec la France, qu’on avait accusée d’être derrière ce génocide honteux et absurde. Le cas libérien est encore vivant dans l’esprit de tout le monde. Le président Samuel Doé est parti, mais combien de personnes ont été massacrées après. Idem pour la guerre civile en Sierra Léone, tout près. Lorsqu’on a suivi toutes ces expériences et qu’on vous confie la rédaction politique du journal télévisé de la République, il faut faire un recul responsable sur soi-même et considérer l’immensité de la responsabilité : tous les guinéens regardent leur télé, il ne faut pas blaguer avec ce qui doit être diffusé là. On peut mettre le feu au pays même avec un simple mot déplacé. Mais cela, il faut être suffisamment responsable pour le savoir.

Ce qui les a choqués, c’est qu’ils n’ont pas vu l’ancien Fodé Tass : celui qui était là à jouer à l’aboyeur publique numéro un. Celui qui est là aujourd’hui est politiquement et socialement mûr. On ne peut plus l’utiliser à des fins inavouables. J’analyse, je saisis le temps politique et le temps sociologique. J’observe posément avant d’agir. C’est pourquoi, j’ai été très clair avec eux, dès le départ. Ils ont pensé pouvoir m’utiliser, alors que je suis loin d’être un outil pour n’importe qui.

Guinéenews© : En professionnel doublé d’homme d’expérience, quels conseils pouvez-vous prodiguer à la jeune génération de journalistes évoluant à la télé et ailleurs dans d’autres médias ?

Fodé Tass Sylla :
Les jeunes doivent savoir que la Guinée est le seul et l’unique cordon qui nous lie. On n’a qu’une seule Guinée.

C’est cette Guinée seulement qui nous réunit et dont nous pouvons être fiers. C’est cette Guinée seulement qui ne peut pas nous renvoyer. C’est cette Guinée seulement où on ne peut pas nous demander de carte de séjour. Cette Guinée là, il faudrait que tous nos comportements, tous les mots qu’un journaliste puisse produire, en toute responsabilité, amènent à l’apaisement et à l’unité de cette Nation unique. Parce que si elle brûle, nous serons ailleurs. Et ailleurs, on ne sera jamais ce qu’on est.

Si un seul de mes mots devait mettre la haine, la violence et le feu dans ce pays, j’aurai regretté d’avoir été à l’école, parce que c’est la Guinée qui m’a formé. Toute violence –verbale ou physique- est une irresponsabilité, quelques soient les arguments que leurs auteurs sortiront.

Je lis certains sites internet que je qualifie d’ailleurs de ‘’Mille Collines’’, tellement la haine y est effarante. Quelque soit l’argument que ces auteurs emploieront, si un seul de leurs mots fait brûler le pays, pour quelque raison que ce soit, c’est irresponsable et condamnable devant l’Histoire. En intellectuel, je ne le ferais jamais.
Je ne suis pas là à juger en tant que journaliste : le journaliste n’est pas gendarme. Je ne suis pas là à prendre cause, le journaliste n’est pas militant, je ne suis pas là pour défendre quelqu’un, le journaliste n’est pas un mendiant ni un griot encore moins un commerçant. Je suis là à voir et à choisir la Guinée, d’une manière claire et responsable.

Et c’est ce que je subis comme cela, aujourd’hui. Je ne vois que la Guinée, professionnellement, et j’ai des cornes pour ça, je suis têtu pour faire valoir cet idéal. Je vois la Guinée. Parce que quand elle tangue et tombe, ce sont mes oncles, mes tantes, mes pères et mes cousins qui porteront leurs matelas sur la tête et TV5 les films pour les exhiber à la face du monde entier. Je ne veux pas de cela.
Je ne veux être ni bourreau ni victime. J’aiderai la Guinée à aller à l’apaisement par mes petites capacités. Quand je vois certains se cogner en disant que : « tel est plus beau, tel est vilain… », je les vois puérils, irresponsables. Parce que si le pays brûle, cette plume du journaliste ou de tout autre auteur du feu devait être jugée au tribunal de la Hayes, un jour. Mais comme à l’heure de l’électronique, les documents ne disparaissent pas, on photocopiera beaucoup de documents pour la CPI (Cour Pénale Internationale) demain. Et je ne souhaiterais pas figurer sur cette liste honteuse et irresponsable.


Interview réalisée par Camara

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