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Violences politiques -GUINEE-

12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 22:34



Pour ces opinons divergentes et sa soif d’équité et de démocratie, Alpha Condé avait goûté aux atrocités des geôles de l’ancien chef de l’Etat guinéen, Feu Lansana Conté. Pour cela d’ailleurs, le leader du Rassemblement du peuple de Guinée(RPG) est un symbole de lutte pour l’implantation de la démocratie en Afrique. Sans avoir l’aura de Nelson Mandéla, l’opposant guinéen n’en n’a pas moins la vision d’un homme politique qui veut faire changer les choses dans son pays. Il nous l’a dit dans la soirée du samedi 7 novembre 2009, lors de l’entretien qu’il a accordé à Fasozine.com et notre confrère de la chaîne de télévision, Africa24. C’était deux jours après la rencontre des Forces vives de la Guinée avec Blaise Compaoré,  médiateur dans la crise guinéenne. Alpha Condé est amer, à l’instar de tous ses compatriotes qui avaient cru en Moussa Dadis Camara lorsqu’il prenait le pouvoir par la force en décembre 2008. Cependant, il garde l’espoir que la Guinée connaîtra un avenir meilleur…

 

Fasozine.com: Que retenez-vous des premières séances de travail entre les Forces vives de la Guinée et Blaise Compaoré, le médiateur dans la crise qui secoue votre pays, et à qui vous avez remis vos propositions le 4 novembre dernier?

A lpha Condé (RPG): La rencontre avec le médiateur s’est très bien passée. Nous étions venus avec des positions que notre porte-parole Jean Marie Doré devait présenter. Mais nous avons dû ranger ce discours, au vu de celui tenu par le Président du Faso, médiateur, qui avait déjà pris bien des aspects en compte. Nous nous sommes donc retirés pour prendre en compte les remarques du médiateur dans notre déclaration. De même, il a fallu réduire le nombre de gens qui devaient prendre part à la rencontre, vu que nous étions trop nombreux. Tout le monde ne pouvait pas prendre place dans la salle. C’est ainsi que, tout en préservant, et en renforçant même, l’unité des Forces vives de la Guinée, nous avons désigné de façon consensuelle, nos représentants. Nous nous sommes donc mis d’accord sur une déclaration qui représente l’essentiel de nos positions, c’est-à-dire le départ du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement, NDLR) et de son président ( le capitaine Moussa Dadis Camara, NDLR), la mise en place d’une transition qui doit nous permettre d’organiser au bout de 6 mois, des élections libres et transparentes.


Les difficultés qui ont certes été transcendées selon vous, ne constituent-elles pas des débuts de dissension au sein des Forces vives de la Guinée?

Non, non. Il y a eu deux groupes. Il y a ceux que les Guinéens ont estimés  être du côté du CNDD et qui de ce fait ne peuvent plus être avec les Forces vives. Et bien entendu, il y avait les véritables forces vives. Du reste, comme la séance de travail ne pouvait réunir que 20 personnes, il fallait bien en arriver à une liste restreinte. Il n’y avait aucune volonté délibérée d’exclure qui que ce soit. Les leaders qui n’ont pas participé aux travaux ont été écartés pour des raisons précises, expliquées du reste au Président du Faso par le porte-parole.


Quelles sont ces raisons qui ont été notifiées au médiateur, en ce qui concerne particulièrement l’exclusion de l’ancien premier ministre, Lansana Kouyaté?

D’après les explications données par le porte-parole des Forces vives, il lui (Lansana Kouyaté, NDLR) est reproché d’avoir voulu nous entraîner vers la Libye, pour faire du président de l’Union africaine, le médiateur, alors qu’il y avait déjà un médiateur. C’est l’une des critiques faites a son endroit. Mais les choses s’étaient passées au moment où moi j’étais absent de Conakry. J’aurais donc préféré que ceux qui étaient présents au moment des faits en parlent plutôt que moi. Toutefois, les raisons évoquées étaient suffisantes pour qu’il (Lansana Kouyaté, NDLR) ne puisse pas faire partie de la délégation des Forces vives de la Guinée.


Votre mot d’ordre au niveau des Forces vives est «Dadis doit partir». Qui doit le faire partir? Cela viendra-t-il de l’intérieur ou de l’extérieur de la Guinée? D’après vous, comment ça peut se passer?

Faire partir Dadis, c’est l’affaire des Guinéens. Ce n’est le rôle ni du médiateur, ni des Américains, des Français ou des Anglais. Le soutien international est bien entendu extrêmement important pour nous aujourd’hui, car il prouve que la cause du peuple guinéen est défendue dans le monde entier. Mais le départ de Dadis ne peut venir que de l’intérieur. C’est notre lutte concrète sur le terrain, le combat de tous les patriotes, civils comme militaires, qui fera partir Dadis du pouvoir.


Cette idée est-elle réaliste, vu la répression du 28 septembre dernier et quand on fait le constat que l’opposition a pratiquement tous ses leaders exilés de force à l’extérieur de la Guinée?

Bien sûr que c’est réaliste. En Guinée, nous avons des partis qui sont bien organisés et fonctionnent correctement, que leurs leaders soient présents ou pas au pays. On disait des Guinéens qu’ils avaient peur, qu’ils ne pouvaient pas se battre, mais on a eu la preuve du contraire, avec les évènements de janvier et février 2007. Moi je fais confiance au peuple de Guinée, à tous ces hommes, femmes et jeunes, et je suis convaincu que notre lutte, c’est-à-dire celle des syndicats, des partis politiques, de la société civile, aboutira au départ de Dadis. Il ne faut pas croire que c’est le médiateur, ou l’Union africaine ou encore l’Union européenne qui feront partir Dadis. Eux ils apportent un soutien pour le dénouement de la crise. Ils peuvent prendre des décisions qui nous favorisent. La mesure des sanctions ciblées est par exemple très importante et prouve au peuple qu’il ne se bat pas tout seul. Et ne perdez pas de vue que c’est la première fois que c’est la première fois que des pays africains prennent ce genre de sanctions. Généralement, ce sont les pays occidentaux qui prennent ces sanctions que l’Afrique refuse d’appliquer, cas du Zimbabwe et du Soudan. C’est la première fois que l’Union africaine au niveau des chefs d’Etats, décide de prendre des sanctions ciblées contre un chef d’Etat et un gouvernement et demande au monde entier d’appliquer ces sanctions. Cela montre combien ce qui s’est passé en Guinée, choque toute l’Afrique et le monde entier. Et c’est un grand encouragement pour notre lutte.


Parlant justement de sanctions, c’est aujourd’hui (8 novembre), qu’entrent en applications celles prises par l’Union africaine. Pensez-vous réellement que cela aura un impact sur la junte au pouvoir en Guinée?

Bien sûr! Tout d’abord, ces sanctions vont diviser les forces au sein de la junte, parce que ceux qui sont responsables des massacres sont connus et ceux qui ne sont pas responsables ne voudront pas porter le chapeau pour rien. Vous aurez du reste remarqué que les ministres qui ont démissionné du gouvernement ont été exclus des listes des personnes ciblées par les sanctions. Nous sommes convaincus que les sanctions sont un facteur favorable pour notre lutte.


Ne pensez-vous pas que ces sanctions risquent de provoquer un raidissement de la position de la junte militaire alors qu’on se trouve en pleines négociations de sortie de crise?

Quel raidissement peut-il y avoir de plus, après qu’on ait tiré sur des gens comme des lapins et violé des femmes rassemblées dans un stade? Qui plus est, le président refuse de connaître ses responsabilités. Il accuse des leaders. Mais il n’y a pas de leader dans l’armée!


Justement, avec la violence et les horreurs qui ont caractérisé la répression des civils le 28 septembre dernier, on se dit que la junte militaire a atteint le seuil fatidique et que plus rien ne peut l’arrêter.

Cette analyse est juste, et aujourd’hui, le peuple de Guinée sait que ces gens ne reculeront devant rien, raison pour laquelle l’ensemble des Guinéens est décidé à se battre pour les faire partir.


Etes-vous prêt à prendre la tête de la transition que les Forces vives réclament, quitte à vous mettre hors-jeu pour la présidentielle?

Depuis fort longtemps, à la tête de mon parti, je me bats contre les régimes de la première et deuxième républiques et je ne vois donc pas comment je peux ne pas aller aux élections. Nous avons convenu que la transition soit dirigée par une personne neutre qui pourra organiser les élections.


En sorte quelqu’un qui se trouve hors de la jungle politique guinéenne?

En tout cas quelqu’un qui veut assurer les 6 mois de direction de la transition, sans être, par la suite, candidat aux élections.


On peut donc s’attendre à la candidature de Alpha Condé pour l’éventuelle prochaine présidentielle guinéenne?

C’est le parti qui décide, ce n’est pas moi.


Mamadou Mouctar Diallo des Nouvelles forces démocratiques s’est dit prêt à prendre la tête de cette transition. Qu’en pensez-vous?

Ce n’est pas à moi de faire le choix. Le moment venu, ce sont les Forces vives qui choisiront.


Mais vous, seriez- vous prêt à…

Non, je ne peux pas parler à la place des Forces vives. Je m’exprimerai dans le cadre des Forces vives, au moment opportun.


Raisonnablement, vous pensez que la présidentielle peut avoir lieu à quel moment?

Nous avons envisagé 6 mois de vie pour la transition. La présidentielle pourrait avoir lieu à la fin du premier semestre ou  au cours du deuxième semestre de 2010. De toute façon, nous pensons que les élections auront lieu en 2010.


Vous demeurez convaincu que Blaise Compaoré est l’homme de la médiation en Guinée?

Nous le pensons en Guinée et nous avons tout fait d’ailleurs pour qu’il soit l’homme de la médiation pour la sortie de crise dans notre pays. Nous savons qu’il a la compétence,  la capacité, l’intelligence, et l’habileté pour conduire cette médiation. Cependant, nous ne lui demandons pas de faire des miracles. Il peut nous aider, mais il ne peut certainement pas résoudre les problèmes de la Guinée, à la place des Guinéens.


Serez-vous pour l’implantation d’une force d’interposition en Guinée?

Nous avons toujours dit que nous sommes favorables à une force de protection en Guinée. Quant on voit l’insécurité qui règne depuis le 28 septembre, les assassinats ciblés qui sont orchestrés, etc., nous savons que ce n’est pas facile à obtenir, mais nous demandons qu’une force de protection soit installée en Guinée. Nous ne demandons pas une force d’interposition, parce que la Guinée n’est pas en guerre. Mais nous demandons une force de protection pour les populations afin qu’elles ne soient plus massacrées par les sbires de la junte.


Vous de l’opposition confirmez donc qu’il y a un retour des «escadrons de la mort en Guinée»?

Appelez-les «escadrons de la mort» ou autre chose, ce qui est évident, c’est qu’il y a des assassinats ciblés de personnalités.


Et vous-même, vous sentez-vous menacé?

Moi j’ai toujours dit que lorsqu’on a peur d’aller en prison ou autre chose, ce n’est pas la peine de faire de la politique, et surtout d’être opposant, en Afrique.


Certains des leaders des Forces vives sont en exil un peu partout en Afrique et ailleurs. Vous, vous n’avez pas encore dit dans quel pays vous irez.

Moi je n’ai jamais dit que j’irai en exil. Je ne l’ai dit nulle part. Je suis Guinéen et je me bats en Guinée. J’ai  toujours été opposant au régime en place. Je ne l’ai jamais servi et j’ai fait la prison pour cela. J’étais menacé sous le régime de Conté, mais je suis quand même retourné en Guinée où j’ai été mis en prison.


Vous ne craignez donc pas pour votre sécurité?

On est en insécurité à tout moment. Même sous Conté, j’étais en insécurité. Mais le destin d’un homme dépend de Dieu et pas de quelqu’un d’autre.


Si on vous demandait de comparer le pouvoir de Feu Lansana Conté et le règne de Moussa Dadis Camara?

Un cadre guinéen est venu me voir un jour pour me confier que si on lui disait qu’un pouvoir serait pire que celui de Conté, il ne le croirait pas, mais l’actuel régime est pire.


Pourquoi malgré toutes ses richesses naturelles et humaines, la Guinée n’a pu jamais avoir une bonne gouvernance, ce qui aurait favorisé son décollage économique?

Si j’avais la réponse à cette question, on n’en serait pas là aujourd’hui. Il y a beaucoup de raisons qu’on ne peut développer dans le cadre d’une seule interview . Mais j’ai la foi que nous sortirons de cette situation et que la Guinée deviendra le moteur de développement de la sous région

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