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Violences politiques -GUINEE-

26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 02:37

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Le président de l’Organisation guinéenne des droits de l’Homme (OGDH) Dr Thierno Madjou Sow trouve que le rapport de la commission internationale sur la répression du 28 septembre 2009, est un rapport fouillé et que ses recommandations sont à prendre au sérieux.

L’indépendant : Comment avez-vous accueilli le rapport de la Commission d’enquête internationale de l’ONU qui parle de « crimes contre l’humanité » ?

Thierno Madjou Sow : Ce rapport est un rapport très bien fourni. Naturellement on s’attendait à ça, parce que la commission technique qui est venue, a travaillé pendant longtemps ici, a rencontré toutes les forces vives, toutes les autorités de ce pays pour se documenter de sorte que beaucoup de monde ont pu entrer en contact cette commission technique pour témoigner de ce qu’ils ont subi.


On se souvient que dès au départ l’OGDH a été la première a qualifié ces massacres de « crime contre l’humanité » , n’est ce pas ?

C’est bien vrai. Quand on a vu les types de crimes commis le 28 septembre, nous avons immédiatement, dans une de nos déclaration dit que beaucoup d’éléments parmi les ‘’ crimes commis ‘’ étaient des éléments constitutifs de ‘’ crimes contre l’humanité ‘’. Et que cela relevait de la compétence de la cour pénale internationale. L’histoire nous donne donc raison.

Pensez-vous que la commission n’a pas tort quand elle incrimine Moussa Dadis Camara ?

Vous savez qu’en principe ce n’est pas seulement celui qui a commis un crime qui en est responsable. Mais celui qui a ordonné de commettre le crime, celui qui a envoyé les personnes pour commettre ces crimes est aussi responsable. Dans l’armée par exemple, c’est le principe de la baïonnette intelligente. Maintenant, sûrement la commission a pu trouver que M. Dadis Camara avait effectivement donné l’ordre d’exécuter ces tâches ignobles, c’est pour ça. Mais notamment devant le tribunal, tous ces problèmes seront éclaircis.


Certains observateurs disent toutefois que ce rapport n’aura aucun effet. Que répondez-vous à ces pessimistes ?

On n’entend parfois ce genre de propos. Quand on se réfère au Soudan, par exemple avec Omar El Béchir qui a été accusé par le TPI de «  génocide », et que jusqu’à présent, on n’a pas pu mettre la main sur lui, les gens pensent effectivement qu’il se pourrait que la même chose se produise chez nous.

Mais l’essentiel est que ces gouvernants sachent qu’ils n’ont pas le droit de vie et de mort sur la population. Il faudrait que ces gens sachent que les citoyens ne sont pas des sujets, ce sont des citoyens et qu’ils ont des droits. Et qu’on doit respecter ces droits, même si on est président de la république.

Et dans notre constitution, nous disons à l’article 5 « la personne humaine et sa dignité sont sacrés ». Et surtout l’adjectif sacré a une connotation très forte. Les dirigeants doivent savoir que quand ils commettent des crimes, ils doivent répondre devant une juridiction.

Avec l’épée de Damoclès qui est suspendu au dessus de leur tête, je pense qu’ils ne vont plus recommencer.

C’est le problème de l’impunité, qui a poussé les gens à oser commettre de telles horreurs.

Il faudrait que l’impunité cesse en Guinée. On a vu les rapports qui ont été faits, que ce soit Human Rights Watch, que ce soit l’Amnesty international, dont le rapport va apparaître très bientôt, que ce soit la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), tous sont unanimes sur le caractère inhumain des crimes commis contre les civils.

A présent, nous devons en tant que Guinéens nous battre pour que les auteurs de ces crimes soient traduits devant une juridiction. Et je crois que nous devons soutenir cette action, nous devons en partenariat avec les amis de l’extérieur, organiser et préparer la Guinée à ce procès.

C’est une chose utile, c’est une chose nécessaire parce qu’il faudrait que l’impunité cesse en Guinée. Il faudrait que les guinéens soient considérés comme des citoyens qui peuvent vivre en paix dans le cadre de la démocratie.

Vous avez sans doute pu parcourir ce rapport. Y a-t-il des personnalités civiles citées pour leurs responsabilités dans la répression. Si oui, les quelles ?

Bon je n’ai pas lu encore l’ensemble du rapport pour savoir quelles sont les personnes incriminées. Je sais seulement que parmi les gens du CNDD, il y a des officiers qui sont désignés comme ceux ayant commis des crimes. C’est ça que je sais mais peut-être avec le temps, je pourrai répondre à la question quand je lirai à tête reposée tous les rapports.

Le Secrétaire général de l’ONU appelle cependant le CNDD à protéger les victimes et les témoins. Pensez-vous que cet appel sera entendu ?

Moi, j’espère que cet appel sera entendu parce que le CNDD avait promis que toutes les personnes qui pourraient témoigner pouvaient venir témoigner librement devant la commission internationale d’enquête.

Et effectivement, c’est ce qui s’est passé en Guinée tout le monde a pu passer et plus de 700 personnes ont témoigné de façon libre mais le problème c’est que déjà nous commençons à recevoir des gens qui viennent se plaindre. Qu’ils sont persécutés, qu’ont leur fait peur. Est-ce que c’est le pouvoir central qui fait ça ou des extrémistes ? C’est la question qu’il faut se poser.

De toutes les façons, déjà on a eu des informations selon les lesquelles, il y aurait des gens qui sont en difficulté aujourd’hui. Et qui auraient peur. Des victimes, des femmes et des filles violées ne dorment plus chez elles, étant menacées.

Et l’autre jour, un Monsieur qui se déplaçait dans un quartier, a rencontré deux bérets rouges. Ils l’on fouillé et ont vu sa carte de membre de l’OGDH.

Ils l’auraient menacé, en disant « voilà c’est vous qui semez la pagaille en Guinée, c’est vous qui témoignez contre nous ». Voyez donc, il y a des menaces. Il faudrait donc qu’il y ait des mesures pour protéger ces gens. Et je m’en vais vous dire, ce monsieur dont je parle a été bastonné et blessé par les soldats.

Il faudrait que le pouvoir central prenne non seulement des engagements mais des mesures concrètes pour protéger ceux qui ont témoigné, comme ce que le CNDD avait promis.


Interview réalisée par Alpha Camara
L’Indépendant

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