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Violences politiques -GUINEE-

5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 09:48

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« On attendra indéfiniment Toumba tant qu’on ne l’a pas interpelé lui-même pour qu’il parle »

Le mardi dernier, la Commission nationale d'enquête nationale indépendante a rendu public les conclusions de son rapport sur la sanglante répression qui a eu lieu le 28 septembre. A la faveur de la présentation de ce rapport final, Guinéenews© a rencontré le président de la dite Commission. Dans cet entretien à bâton rompu, le magistrat Siriman Kouyaté nous parle des présumés auteurs, à la différence de la commission internationale, blanchit le chef de la junte, le capitaine Dadis ainsi que certains de ses bras droits (le lieutenant-colonel Tiégboro et le commandant Pivi). Il tient en revanche Toumba comme le principal présumé auteur...

Guinéenews© : Au terme d’environ 3 mois d’enquêtes sur les événements du 28 septembre, la commission a rendu public le mardi dernier son rapport définitif. A quelle conclusion est-elle finalement parvenue?

Siriman Kouyaté :
La commission est parvenue à la conclusion que le 28 septembre des événements malheureux se sont produits au stade du 28 septembre à Conakry. Des infractions diverses ont été commises. A commencer par des cas d’homicides volontaires, des cas de coups et blessures volontaires et autres violences, des agressions sexuelles y compris des viols, des séquestrations ont été enregistrées après le 28 septembre. Mais le 28 septembre déjà, d’autres infractions comme des pillages, des destructions d’édifices publics et privés ont été constatés. Donc ces infractions relèves toutes du droit commun et sont justiciables des juridictions guinéennes. C’est pourquoi nous avons demandé à l’État de rechercher et poursuivre les présumés auteurs de ces dites infractions devant les juridictions guinéennes compétentes. C’est la conclusion à laquelle nous avons aboutie. Des infractions ont été effectivement commises.

Guinéenews© : Il y a eu, comme vous le dites, bel et bien des infractions commises le 28 septembre au stade. Ce qui sous entend qu’il y a forcement des commanditaires et des auteurs. Est-ce que les enquêtes de la Commission ont permis de déterminer ces commanditaires et auteurs présumés?

Siriman Kouyaté :
D’abord, la responsabilité pénale est individuelle, personnelle. Celui qui agit répond de ses actes. Les enquêtes que nous avons menées n’ont pas permis d’aboutir à des commanditaires de ces actes. Comme je l’ai signalé dans la présentation du rapport, le 27 septembre, une réunion de sécurité a eu lieu chez le chef d’état-major de l’armée au camp Samory où tous les corps étaient représentés. Les consignes étaient formelles : la police et la gendarmerie s’occupent du maintien d’ordre le 28 septembre, l’armée reste à la maison. Et le 28 septembre, c’est justement la police et la gendarmerie qui ont été déployées. 1200 policiers et 1270 gendarmes ont été déployés sur l’ensemble de la ville de Conakry. C’est vrai que ces agents ont été dispatchés. Parce que s’il n’y pas concentration de forces, les efforts ne peuvent pas aboutir. Donc, ce sont ces forces qui étaient déployées sur le terrain à la demande de la réunion du chef d’état major des armées. Alors, tout autre corps qui a été retrouvé par la suite au stade ou ailleurs ce jour-là et a commis des infractions, ce corps là a désobéi à ces instructions, donc il a agi de son propre chef. C’est pourquoi ceux qui ont agi le 28 septembre ont agi de leur propre chef. Ils n’ont jamais été commandités comme on le dit, personne ne leur a dit d’aller faire ça. Ils l’ont fait d’eux-mêmes, je ne sais pas avec quel esprit.

Guinéenews© : Des noms ont-ils été formellement identifiés comme étant des auteurs dans ce qui est arrivé le 28 septembre ?

Siriman Kouyaté :
Le nom qui revient le plus souvent, c’est le nom du lieutenant Aboubacar Sidiki Diakité dit ‘’Toumba’’ et son équipe d’opération. Et lui-même est intervenu dans les radios étrangères pour plus ou moins indiquer que ce qu’on a dit est effectif. C’est sur le point de la responsabilité qu’il y a eu certainement des problèmes, dans son analyse, entre lui et le président de la République. Sinon, tous les témoignages sont concordants pour dire qu’Aboubacar Sidiki Diakité Toumba était ce jour là au stade du 28 septembre et qu’il était à la tête d’une équipe de bérets rouges. Mais, c’est le type de béret rouge qu’on ne connaît pas malheureusement.

Guinéenews© : Pendant vos enquêtes, est-ce vous avez pu entendre le lieutenant Tomba Diakité ?

Siriman Kouyaté :
Malheureusement et je l’ai finalement dit lors de la présentation du rapport, le commandant était entendu le 3 décembre vers 11 heures. Et vers les 17 heures, il y a eu malheureusement les événements qui ont failli coûter la vie au président de la République le même jour. Donc, nous n’avons pas eu la possibilité d’entendre ni Toumba encore moins le président de la République pour être situer sur les actes qu’ils ont pu commettre ce jour-là.

Guinéenews© : Est-ce le même pour les autres bérets rouges qui étaient avec lui ce jour au stade ?

Siriman Kouyaté :
Ça non plus, nous n’avons pu avoir d’éléments. Parce qu’on dit que Toumba est toujours avec une équipe. L’équipe avec laquelle il était le 3 décembre c’est peut-être la même équipe qui était là le 28 septembre. Qu’est-ce qu’elle est devenue cette équipe, nous, nous ne le connaissons pas.

Guinéenews© : Parlons des différentes statistiques que votre commission a enregistrées. Après enquête, quel est finalement le nombre de morts, de blessés, de violées, de disparus et autres ?

Siriman Kouyaté :
Bon ! Il appartiendra aux juridictions de savoir si c’est des meurtres ou autres. Nous, on a retenu ‘’homicide volontaire’’, c’est l’acception que nous avons adoptée. Ce que nous avons retenu, c’est qu’il y a eu 58 morts le 28 septembre au stade du même nom et il y a eu 5 morts dans les hôpitaux dans les jours qui ont suivi. Ce qui fait 63 en tout. Ces statistiques sont formelles. Nous sommes allés dans les structures de santé du pays. Nous y avons rencontré les médecins, les sages-femmes et nous avons eu des conclusions qui nous ont été adressées. C’est sur cette base là que nous pouvons affirmer qu’il y a eu 58 morts le 28 septembre et cinq les autres jours qui ont suivi. Les blessés, il y en a eu 1480 qui se sont présentés dans les structures sanitaires. Ce n’est pas seulement à Donka ou à Ignace Deen, mais c’est dans toutes les structures sanitaires de Conakry. Les gens s’y sont présentés, c’est vrai, en nombres plus ou moins variables. Tous ces cas ont été répertoriés devant la cellule de crise qui nous a donnés ce chiffre.

S’agissant des cas de viols, on a recensé 32 à Donka, 1 cas à Ignace Deen, 2 cas à Wanidara et 1 cas à Dixinn. Ce sont des cas qui nous ont été formellement indiqués avec preuve à l’appui. 10 autres cas nous ont été signalés par le Pr. I. Baldé du centre ‘’ Mère et enfant’’, malheureusement, il y a aucun support médical après. Nous avons tout fait pour avoir un rapport, savoir de quelles lésions ces femmes souffraient, savoir au moins sur quelle base on peut dire qu’elles ont été violées. Là, on s’est retranché derrière le secret médical. Malheureusement, nous n’avons donc pas pu prendre ces 10 cas en compte.

Les cas de disparus, il y en a effectivement eu. Nous sommes allés sur le terrain, nous avons vérifié et certaines personnes ont coopéré. On a conclu que 21 personnes ont été portées disparues. Soit elles sont allées au stade, elles ne sont pas revenues, on ne les a vues ni mortes ni vivantes. Soit que leur corps a été vu au stade du 28 septembre, mais on ne les a pas retrouvées par la suite pour une inhumation correcte. Nous sommes donc allés sur le terrain, on a fait des recherches et finalement on s’est rendu compte que ces 21 personnes existaient bel et bien. Nous avons eu des fiches signalétiques pour 19 d’entre elles où on a les photos, les noms et prénoms, l’âge, la profession, le domicile, la situation matrimoniale… Tous ceux-là se trouvent dans le rapport.

Guinéenews© : Comparativement à la Commission d’enquête internationale dont le rapport sur les événements a conclu à la possibilité de la responsabilité pénale du chef de l’État, le capitaine Dadis et de certains hauts cadres de l’armée notamment le lieutenant colonel Tiégboro, le lieutenant Toumba et le commandant Claude Pivi. Est-ce que la Commission nationale d’enquête a abouti aussi à la même conclusion ?

Siriman Kouyaté :
Absolument pas. Nous n’avons abouti à la responsabilité d’aucun de ces chefs militaires encore moins le président de la République. Parce qu’il est établi qu’il n’est pas venu au stade. Il est établi que le lieutenant-colonel Tiégboro, à l’époque Commandant, quand il est venu au stade, il y a au moins deux ou trois leaders qui ont témoigné que sans Tiégboro ils seraient morts. Il est également établi que le commandant Pivi, à l’époque capitaine n’est pas venu au stade ce jour pendant les faits. On n’a donc pas pu du tout établir leur responsabilité. Parce qu’ils ne sont responsables de rien.

Guinéenews© : A l’exception donc du lieutenant Toumba ?

Siriman Kouyaté :
D’après tous les témoignages qui nous ont été fournis c’est Toumba. Parce qu’il y a des gens qui l’ont reconnu ainsi que certains de son équipe qu’on ne connait malheureusement pas. Il y a également d’autres personnes qui portaient des cagoules, des masques, des amulettes, des cauris… il y a de ces personnes qui se trouvaient ce jour au stade et qui avaient des armes blanches. D’où venaient-elles, vraiment, nous ne le savons pas. Parce qu’on n’a pu mettre main sur personne d’entre elles. Ce sont ces personnes qu’on doit chercher à identifier et ce sont elles qui sont responsables des faits qui ont été posés au stade.

Guinéenews© : Des cas casses et autres actes de vandalisme ont été constatés, notamment le pillage de commissariats de police le jour du meeting du stade. Actes qui sont d’ailleurs attribués aux militants des partis politiques. A cet effet, des leaders de partis politiques ont été entendus. Qu’est-ce que la commission a pu retenir contre eux ?

Siriman Kouyaté :
Pour les actes de vandalisme, tout le monde a vu que le commissariat de Dixinn a été incendié par les manifestants qui étaient en train de rallier le stade. Ils ont incendié, cassé, volé. Il semble qu’il y avait des armes. Nous avons reçu un rapport du commissaire central de Dixinn qui nous fait état de l’existence d’armes de guerre au commissariat. Il est vrai que c’est un sujet qui est assez équivoque. Parce que beaucoup de gens estiment qu’il n’y a pas d’armes dans les commissariats. C’est absolument incompréhensible. Nous avons eu des conversations avec le chef d’état major des armées, avec le chef d’état major de la gendarmerie, avec le directeur national de la police qui nous ont tous dit qu’il y a des armes dans les commissariats, ne serait-ce que pour assurer la sécurité des agents.

Tous ceux qui racontent qu’il y a eu une note de service d’un chef d’état major en 2008 interdisant les armes dans les commissariats, en tout cas les officiels que nous avons interrogés nous ont dit que cette note n’a jamais existé. Sur ce plan donc des pillages ont été effectivement faits et comme je l’ai dit une cinquantaine de personnes avaient été interpellées ce jour-là par la gendarmerie. Des gens qui ont été pris soit sur les faits ou en tout cas interpellés dans un temps très voisin de l’infraction commise. Comme vous voyez dans le pays, il y a eu tellement de pression sur le président Dadis que ces personnes ont fini par être libérées sur instructions du président de la République lui-même. Aujourd’hui, on a qu’une liste de ces personnes mais toutes sont en liberté.

Guinéenews© : Quel est le cas des leaders entendus ?

Siriman Kouyaté :
Par rapport aux leaders qui ont été entendus ici, il y a monsieur Jean Marie Doré, à l’époque président de l’UPG, il y a Bah Oury de l’UFDG, le président du Parti Social Démocrate. De l’audition des personnes, qu’est-ce que nous avons compris ? Ce n’est pas pour rien que nous avons sorti le cadre légal des manifestations devant être entreprises sur les voies ou sur les lieux publics. Il y a eu violations de part et d’autre.

Premièrement, ce que l’État devrait faire, il ne l’a pas fait dans les formes qu’il faut. Parce que le maire de Dixinn a reçu sa correspondance, il l’a transmise au gouverneur de la ville de Conakry. C’est le gouverneur de la ville de Conakry qui devrait répondre aux Forces vives en acceptant ou en refusant la manifestation. Mais le gouverneur n’a pas agi. Le ministre de l’Administration du Territoire qui est la tutelle du gouverneur aurait pu lui aussi. Si le gouverneur avait accepté ou annulé, c’est le ministre de l’Administration du Territoire qui aurait pu dire c’est bon ou ce n’est pas bon. Là non plus, il y a un vide.

Qu’est-ce qu’on a compris, les 26 et 27 septembre, il y a eu des déclarations par voie de presse pour dire qu’une manifestation du 28 septembre est interdite. C’est le cas de l’Administration du territoire qui a dit que sur le territoire national, toute manifestation reste interdite.

Le ministre de la Fonction Publique aussi a déclaré que la journée du 28 septembre est fériée, chômée et payée.

Le ministre de la Jeunesse également a dit par voie de presse que le stade du 28 septembre est fermé depuis le 11 septembre par une note du directeur du stade. Tout cela pour dire que la manifestation ne devrait pas avoir lieu. Tout est là pour dire qu’elle est interdite. Mais là, la forme n’a pas été respectée. On devait écrire aux Forces Vives. Une lettre devait être envoyée, notifiée aux Forces Vives 24 heures après la réception de la lettre. Sur ce plan, l’État a donc manqué à ses obligations. Les Forces Vives qui ont adressé la lettre, ont, elles aussi, manqué à leurs obligations. Parce que non seulement elles n’étaient pas dans le délai, la loi étant très claire là-dessus. Non seulement la lettre doit avoir trois signataires, dans le cas qui les concerne, il n’y a qu’un seul signataire. C'est-à-dire c’est Bah Oury seul qui a signé. Il devrait y en avoir trois. Mais aussi la lettre devrait être déposée trois jours francs au moins et 15 jours francs au plus. Un jour franc dans le jargon juridique c’est un jour ouvrable. Et malheureusement la lettre a été déposée seulement jeudi, le 24 septembre, vendredi 25 septembre. Le samedi qui a suivi et qui était le troisième jour franc, était un jour férié. Il n’y a donc pas eu respect de délai.

Il y a également que quand le ministère de la Jeunesse a reçu la lettre des Forces Vives, c’était à 17 heures. En dehors des heures légales. Si on va donc sur ce plan, on va dire qu’il y avait 15 jours francs à respecter. Non seulement le nombre de signatures n’était pas suffisant, mais ce délai de temps n’a pas été respecté. Ce qui fait que dans tous les deux cas de figure, il y a eu des violations de la loi. Et la conclusion à laquelle nous avons abouti, c’est de demander dans nos recommandations une amnistie générale pour les acteurs politiques qui, par quelques moyens que ce soient ont dû avoir des manquements vis-à-vis de l’Administration du Territoire.

Guinéenews© : Avant de toucher à ce volet spécial des recommandations, essayez de nous situer la responsabilité exacte et individuelle de chacun. Selon les conclusions de vos enquêtes, quelle est la part de responsabilité des Forces Vives, des forces de défense et de sécurité ?

Siriman Kouyaté :
Au point de vue de la manifestation, les forces vives ont commis des fautes, des violations de la loi. En réponse, l’État à travers ses organes a aussi fait des violations manifestes. Dans ce cas de figure, le problème ne se pose pas. Les consignes étaient formelles en ce qui concerne les militaires de rester dans les casernes. On ne peut pas situer de responsabilité sauf de ceux qui ont violé ces consignes. Ceux qui ont respecté ces consignes, en tout cas s’ils n’ont pas commis d’actes prémédités, on ne peut pas les rendre responsables de quoi ce soit.

Guinéenews© : Dans l’ensemble, et sur la base de vos explications, on constate qu’il existe une responsabilité collective et non individuelle ?

Siriman Kouyaté :
Non. Je ne dirais pas qu’il n’y a pas de responsabilité individuelle. Parce que c’est quand même des hommes qui sont entrés au stade avec des armes qui ont tiré sur des foules, et il y a eu des morts, des blessés et d’autres infractions graves. Je l’ai dit au départ, l’infraction est un problème personnel. La faute pénale est personnelle. Ceux qui ont donc commis ces actes, il y a leur responsabilité individuelle qui est engagée. Je ne vais pas dire que ça c’est une responsabilité collective, non. Le problème est qu’on n’a pas pu identifier certains jusqu’à maintenant, c’est bien dommage. Mais, l’État doit tout faire pour les rechercher, les identifier et les traduire devant les juridictions compétentes.

Guinéenews© : Les conclusions de votre rapport ont été assorties d’un certain nombre de recommandations quelles sont elles ?

Siriman Kouyaté :
Par rapport à ces événements, nous avons tenu compte de la situation politique actuelle qui prévaut en Guinée. Nous avons considéré l’évolution positive que tout le monde approuve et soutient dans notre pays. C’est pourquoi nous avons demandé une amnistie pour les acteurs politiques qui ont pu commettre des manquements vis-à-vis de nos lois. S’il y a amnistie générale c’est à cause de ces personnes-là. Notre deuxième recommandation, c’est de rechercher, traduire les présumés auteurs de ces infractions commises au stade et environs du Stade devant les tribunaux guinéens. Ces juridictions guinéennes sont compétentes. Parce que toutes ces infractions relèvent du droit commun. Une de nos recommandations, c’est que les forces de défense et de sécurité doivent être formées, équipées. Comme j’imaginais que le 28 septembre, chaque unité de gendarmerie, de police n’avait que quelques matraques et 5 gaz lacrymogènes pour toute la foule qu’on a vue, il faut reconnaître que c’était très insuffisant. Il faut équiper les forces de sécurité de matériels appropriés pour ces gens de chose.

Nous avons également demandé de faire en sorte que les chambres froides aient leur capacité élargie. Aussi bien à Donka qu’à Ignace Deen. Nous nous sommes rendus compte que lors de la présentation et de la remise des corps aux parents le 2 octobre 2009, ce n’était pas très gai. Il y a eu des échauffourées entre les parents et les forces de l’ordre en raison de l’état de conservation des corps. Tout cela parce que la capacité des chambres froides est très limitée. Nous demandons à l’État de faire des efforts pour répondre à ce besoin. Dans nos recommandations, nous avons demandé de tenir compte de plusieurs critères dans le recrutement des forces de défense et de sécurité. Généralement dans les recrutements passés, c’est vraiment les rébus de la société qu’on enrôlait dans l’armée. Alors, il faut que l’État soit désormais rigoureux dans les recrutements. Il faudrait que les gens recrutés aient un rudiment d’éducation civique. L’État doit tenir compte de la moralité et de l’éducation des personnes qui doivent être recrutées. J’aime à répéter ce que le général Sékouba a dit un certain nombre de fois : « Tout militaire mal formé est un criminel en puissance ». Nous devons éduquer ces personnes pour que notre armée qui a été toujours une armée Républicaine le demeure. Nous avons également demandé une indemnisation intégrale de toutes les victimes quelles qu’elles soient. Pour au moins réparer un peu du préjudice moral et matériel et esthétique qui leur a été causé. Nous avons demandé de poursuivre la recherche et l’identification des disparus pour honorer la mémoire des familles. Il est vrai qu’avec tous les efforts que la Guinée a entrepris pour renouer le dialogue, pour aller de l’avant, aller vers un régime constitutionnel, nous demandons à la Communauté internationale d’accompagner la Guinée, d’assouplir un peu sa position. Les embargos et autres sanctions ne sont pas de nature à favoriser la bonne marche de la transition.

Guinéenews© : Dans vos recommandations, vous suggérez que les présumés auteurs de ces infractions commises soient jugés par les juridictions guinéennes. Est-ce à dire que vous ne vous inscrivez pas dans la même logique que certains de nos compatriotes et organisations de droits de l’homme qui demandent, eux, à ce que ces présumés auteurs soit conduits devant la CPI pour répondre de leurs infractions. Autrement une saisine de la CPI ne serait pas, à votre avis, une bonne idée?

Siriman Kouyaté :
Cela n’est pas la réponse idoine. Dans la mesure où les juridictions existent et les infractions commises sont des infractions de droit commun. Pour quelle raison on va prendre nos justiciables et un autre tribunal pour les juger. Il y a quelque chose que les gens ignorent souvent, c’est que la juridiction internationale n’intervient qu’en cas de faillite des juridictions nationales. Ce qui n’est pas encore le cas. La preuve c’est qu’une information est ouverte par rapport aux événements du 3 décembre devant le Parquet de Conakry. Il n’y a pas de raison que ce qui s’est passé au stade du 28 septembre ne soit pas jugé par les juridictions guinéennes. Donc, on ne doit pas tenir compte de cette requête. Je crois que c’est fait pour envenimer, compliquer la situation ou donner des responsabilités qui ne sont pas ou engager des responsabilités de personnes qui n’ont absolument rien à y voir dedans.

Guinéenews© : En tant que président de cette commission, est-ce que vous avez le sentiment aujourd’hui d’avoir accompli un travail satisfaisant et propre dans la mesure où le principal accusé dans tout ce dossier à savoir le lieutenant Toumba Diakité et ses compères aujourd’hui tous en cavale n’ont pas pu être entendus ?

Siriman Kouyaté :
Moi je crois que oui… Parce qu’on nous a donnés un délai de trois mois. Ce délai expire ce mercredi 3 février 2010. Sur ce plan, nous avons pu respecter ce délai. Ensuite, Aboubacar Sidiki Diakité dit Toumba est en fuite, son équipe, ses compagnons dont nous ne connaissons pas l’identité… On l’attendra indéfiniment tant qu’on ne l’a pas interpelé lui-même pour qu’il parle. Alors, on ne pourra absolument rien. Donc la commission aurait pu rester, six mois, un an…, les choses seraient restées en l’état. C’est pourquoi l’État doit tout mettre en œuvre pour que Toumba et ses compagnons qui sont connus, j’imagine, des militaires… les militaires qui étaient avec le lieutenant Aboubacar Sidiki Diakité, Toumba sont connus par d’autres militaires. Donc, il n’est pas exclu qu’on puisse les rechercher et les conduire devant les tribunaux. Pour le moment, ce sont des présumés auteurs, ce sont des juridictions compétentes qui diront s’ils sont coupables ou non. Je pense que la commission a effectivement fait son travail. Parce que tout comme la commission internationale, elle aussi est parvenue à ce même résultat. Encore qu’elle a ajouté d’autres responsabilités. Elle a parlé de Toumba et d’autres. Nous aussi on parle de Toumba en excluant d’autres. Parce que je ne vois pas en quoi les autres ont agi. D’après toutes les enquêtes, le président Dadis n’est jamais venu au stade. Tout le monde sait la réaction qu’il a eue quand les événements là sont survenus. Et dès le 29 septembre 2009, c’est lui qui a sollicité la création de la commission internationale. C’est donc une preuve de bonne foi et de bonne volonté de sa part. Je ne sais pas en quoi on va le rendre responsable des tueries qui ont lieu la veille.

En ce qui concerne le commandant Tiégboro, là aussi, c’est compliqué. D’après les enquêtes que nous avons eues, le commandant Tiégboro a réussi à convaincre les leaders devant l’université. Il était avec eux et il a échangé avec eux et ils se sont entendus. Les leaders ont dit bon nous on est d’accord, on va abandonner la manifestation, mais nos gens qui ont été arrêtés le matin, il faut aller les faire libérer. Le commandant Tiégboro dit : « Mais ce n’est pas moi qui les a arrêtés. » Et les leaders disent que même si ce n’est pas lui, mais il peut les faire libérer. Et Tiégboro dit : « Bon, si vous arrêtez la manifestation, je les fais libérer. » Ils ont donc fait ce pacte. Et le commandant Tiégboro est allé faire libérer ces personnes. C’est quand il faisait cela qu’on l’a appelé au téléphone pour lui dire que les choses ont dégénéré. Je ne sais pas en quoi on va le rendre responsable d’un fait… Il n’était même pas là. Et c’est lui-même qui est venu sauver des gens. Notre Premier ministre actuel, monsieur Jean Marie Doré l’a précisé. Sans Tiégboro, ce jour-là peut-être que lui il serait mort. Bah Oury nous a dit que c’est Tiégboro qui l’a sauvé. Quand il est venu, sa seule vue accompagner d’au moins une dizaine de gendarmes a dissuadé un peu des velléités contre ces leaders politiques. C’est pour cela que nous avons écarté le président de la République et le commandant Tiégboro.

Guinéenews© : En rendant public les conclusions de ce rapport aujourd’hui, quel sentiment personnel vous anime en étant celui qui a entendu ou qui a été témoin de beaucoup de choses dans ce dossier des massacres du 28 septembre ?

Siriman Kouyaté :
C’est un sentiment de satisfaction qui m’anime. C’est un sentiment d’avoir accompli un devoir que l’Etat m’a confié. Mais, le sentiment aussi d’avoir appartenu à un groupe sans lequel je ne serais pas parvenu à ce résultat que tout le monde a vu. C’est l’occasion pour moi de remercier l’ensemble des membres de la commission pour le soutien qui n’a pas manqué. Surtout, il y a un certain nombre d’entre eux sur lesquels je me suis fondu, des gens avec lesquels j’ai pratiquement tout fait. Ils m’ont aidé de jour et de nuit dans les idées, les pensées… le résultat obtenu est le fruit d’un travail collégial.

Guinéenews© : Les conclusions du rapport sur les événements du 28 septembre étant rendues, est-ce que c’en est fini pour la Commission ou quel sera son avenir ?

Siriman Kouyaté :
Je crois que la vie de la commission s’arrête théoriquement ce mercredi 3 février 2010. On a fixé sa durée de vie à 3 mois et ces trois mois expirent ce mercredi. Donc, à partir de ce mercredi, la commission doit cessez d’exister. On commencera à parler de la commission, de ses œuvres, de ses membres mais elle ne fonctionnera plus. A moins qu’un nouvel acte de l’État, du pouvoir central lui donne une autre activité.

Propos recueillis par Camara Moro Amara.

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