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Violences politiques -GUINEE-

29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 21:29

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De passage à Conakry, le président de la commission de la CEDEAO, Mohamed Ibn Chambas se dit optimiste pour la suite de la transition en Guinée.Après une série de rencontres avec les autorités guinéennes, le diplomate de la CEDEAO nous livre ses impressions sur la nouvelle situation politique en Guinée...

L’Indépendant: Après l’Accord de Ouagadougou qui prévoit la nomination d’un Premier ministre issu de l’opposition et un gouvernement d’Union nationale de transition, est-ce à dire que les massacres du 28 Septembre sont pour autant oubliés ?

Mohamed Ibn Chambas :
Comment peut-on oublier d’aussi tragiques évènements avec d’énormes pertes en vies humaines ? Le 28 Septembre est un incident regrettable. La CEDEAO, l’Union Africaine et la Communauté internationale toute entière ont réagi de façon énergique et exprimé leur solidarité avec les familles qui avaient perdu les leurs. Nous tenons à ce que toute la lumière soit faite sur ces massacres avec l’aide experte de la Commission internationale d’enquête. Néanmoins, nous devons continuer avec la transition pour que la Guinée retourne à un gouvernement constitutionnel et que nous commencions à construire des institutions d’Etat. Ce qui ira de pair avec la consolidation de la culture de la démocratie, l’état de droit, le respect des droits de l’homme. Histoire de garantir que ce qui s’est passé le 28 septembre ne se reproduira plus jamais.

Après les massacres du 28 septembre, on note encore une chasse l’homme. Avez-vous abordé ce problème avec le Général Konaté ?

Le premier article des accords de Ouagadougou évoque le retour à l’Etat de droit, la protection des personnes et leurs biens, ainsi que le respect des libertés individuelles et politiques. Ceux-ci sont un aspect fondamental de la vie guinéenne qu’il faut absolument respecter. En même temps, nous avons appuyé l’ouverture ici à Conakry et à l’intérieur du pays de bureaux de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies. Mais, cela va de soi avec le problème de la bonne gouvernance en Guinée. Nous devons engager ce pays rapidement dans le sens d’une gouvernance constitutionnelle afin que un Etat de droit normal soit érigé. Il s’agit de s’assurer qu’à la longue ce pays est doté d’un Etat de droit respectueux des droits des citoyens.

Le nouveau Premier ministre Jean Marie Doré avait déclaré qu’il ne se sentait pas engagé par les Accords de Ouagadougou tout en laissant planer le doute sur sa candidature. Est-ce que cette question avait été abordée au cours de vos entretiens ?

Je respecte Jean Marie Doré personnellement en tant que porte parole des Forces vives. Il s’est exprimé au nom des Forces Vives, et au cours de nos entretiens avec lui, il nous a dit qu’ils étaient beaucoup satisfaits des accords de Ouaga. Car, ils ont obtenu tout ce qu’ils ont demandé. La base est donc là pour faire évoluer les choses pour que cette transition mène à la tenue d’élections crédibles et transparentes. Les accords prévoient qu’aucun membre du CNDD ou le Premier Ministre ne seront candidats. M. Doré a accepté l’Accord de paix parce que le CNDD et le gouvernement ont accepté tous les points soulevés, même si nous continuons à avoir des discussions avec eux. Il s’agit de faire en sorte que nous ayons un champ de jeu équitable, afin que les institutions de l’Etat ou du gouvernement soient arbitres. C’est sur cette base que nous accepterons les résultats des élections.

Le financement des élections et la mise à disposition des salaires des fonctionnaires sont des priorités pour le président par intérim le général Sékouba Konaté. Que peut faire la Communauté internationale ?

Il est vrai que le CNDD n’a pas fonctionné correctement pendant un an. Le fonctionnement des institutions financières était chaotique. Les conséquences sont bel et bien là. Les conditions de vie des citoyens sont difficiles et les caisses de l’état sont vides. Le Général Konaté est un homme courageux et déterminé à faire en sorte que la transition se déroule effectivement pendant six mois. Il entend sécuriser les citoyens et leurs biens. Il promet de faire en sorte que les politiciens puissent circuler librement et garantir la liberté d’expression. Par ailleurs, il assure de sa volonté de mener à bon port la transition tout en restant en dehors du processus politique. Bref, il s’est dit engagé à organiser des élections libres, transparentes et démocratiques. Au regard de tout cela, nous comptons l’appuyer. Nous allons voir avec les partenaires de la Guinée comment contribuer à la réussite de la transition. Ainsi, nous pourrons appuyer la reforme tant désirée du secteur de la sécurité afin de restaurer la discipline, le commandement et le contrôle dans l’armée, les forces de l’ordre et de la sécurité. Ainsi, ce secteur pourra jouer son vrai rôle de protecteur des populations.

Et s’il y avait un coup d’Etat malgré ces appuis de la CEDEAO, de l’Union Africaine et de la Communauté internationale?

Notre politique envers les coups d’Etat est connue de tous. C’est une tolérance zéro. N’importe quel sous-officier ou officier qui tenterait de faire un coup d’Etat s’engagera dans un exercice inutile. Nous ne reconnaîtrons jamais un tel gouvernement et rendrons les choses extrêmement difficiles pour eux. Je crois qu’il vaut mieux que les militaires respectent leur vrai rôle dans la nouvelle dispensation dynamique d’instauration d’une démocratie véritable où les civils ont la main haute sur les forces de sécurité. Les Forces armées sont contraintes de sécuriser l’intégrité territoriale, les personnes et leurs biens, afin de permettre aux citoyens de vaquer librement à leurs affaires sans aucun empêchement. C’est cela le rôle sacré des Forces armées, mais pas d’interférer dans les affaires d’un gouvernement civil.

Interview réalisée par Youssouf Bah.

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