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Violences politiques -GUINEE-

24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 22:45

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Après la formation du gouvernement de transition de Jean-Marie Doré, les Guinéens attendent avec impatience l'organisation des élections présidentielles dans le pays.Au niveau du Forum des forces vives, l'heure est à la vigilance pour garantir la réussite de la transition.Ancien premier ministre et porte parole du forum des forces vives, François Lonsény Fall insiste sur la restauration de la justice pour garantir la paix et la démocratie en Guinée.A son domicile situé dans la banlieue de Conakry, l'ancien diplomate de l'ONU nous a reçu pour nous exposer sa vision de la Guinée.Dans un langagage franc et direct, François Lonsény Fall aborde aussi d'autres sujets brûlants de la sous-région notamment le coup d'Etat au Niger ainsi que les violences en Côte d'Ivoire.Entretien exclusif!

Africaguinee.com : Le gouvernement de Jean-Marie Doré vient d'être former dans lequel six militaires de l'ancien gouvernement ont conservé leurs postes. Votre réaction sur ce gouvernement de transition ?

François Lounseny Fall : Je dirai que le gouvernement de Jean-Marie Doré est un gouvernement de transition ! Un gouvernement de mission. Ce gouvernement a pour mission d’organiser les élections dans un délai de six mois ; conformément aux accords de Ouagadougou. Dans ce gouvernement il y a eu un dosage qui était obligatoire. Il fallait un partage du pouvoir. Il fallait que toutes les entités nationales s’y retrouvent : les forces vives, la société civile, l’armée… Je regrette seulement qu’on n’ait pas pensé aux Guinéens de l’étranger. Je regrette également qu’il n’y ait pas suffisamment de femmes.

Certains observateurs parlent de gouvernement pléthorique pour une transition. Partagez-vous cet avis ?

C’est vrai que le nombre est assez élevé pour un gouvernement de mission. Mais il fallait ce dosage. Ce dosage était nécessaire dans la mesure où il fallait que toutes les entités soient représentées. Puisque même avec ce nombre, tous les partis politiques n’ont pas été représentés. Il fallait prendre un peu partout. C’est ce qui a fait que le Premier Ministre s’est retrouvé avec un tel grand nombre. Mais je pense que pour une période de six mois, cela est acceptable.

En nommant les ministre Pivi et Tiegboro dans son cabinet, le Général Konaté a invité les Guinéens à choisir la paix à la justice. Qu'en pensez-vous ?

Nous savons que la paix est indispensable pour qu’une société puisse survivre. On ne peut pas organiser des élections dans un pays quand il n’y a pas de paix et de sécurité. Cela est vrai. Mais nous insistons pour dire qu’il n’y a pas de paix sans justice. Quand il n’y a pas de justice dans la cité, il n’y a pas de paix. Quand la justice fait défaut dans un pays, on ne peut pas s’entendre dans la paix. Si nous voulons une paix durable, il faut absolument que justice soit faite. Je tiens à insister que la paix ne va pas sans la justice.

Je sais que le souci du Président intérimaire est de préserver la paix dans notre pays. Mais on ne peut pas, et cela sous aucun prétexte, oublier ce qui s’est passé le 28 septembre. Des crimes abominables ont été commis ce jour là. De nombreuses familles ont été meurtries dans leurs chaires et dans leurs âmes. La communauté internationale a pris acte de ces crimes. Il faut qu’on mette fin à l’impunité en Guinée.

Certains considèrent le cabinet du Général Sékouba Konaté comme étant un second gouvernement. Qu’en dites-vous ?

Nous avons pris soins, avant la formation du gouvernement de transition, d’attirer l’attention du Général Sékouba Konaté sur le fait que le cabinet présidentiel ne devait en aucun cas être considéré comme un gouvernement bis, comme ce qui était arrivé au temps du Capitaine Moussa Dadis Camara. Les assurances nécessaires ont été données sur les ondes de la Radio et de la télévision nationales pour rassurer que ce cabinet ne saurait en aucun cas se substituer au cabinet du gouvernement de Jean-Marie Doré.

La semaine dernière, la procureur adjointe du CPI, Mme Fatou Bensouda a effectuée une visite en Guinée pour analyser les crimes commis le 28 septembre dernier. Au niveau des forces vives, quelles sont vos impressions sur une éventuelle comparution de Guinéens y compris le Capitaine Dadis Camara devant la justice internationale ?

Nous saluons la visite de la procureur adjointe de la cour pénale internationale Madame Fatou Bensouda en Guinée. Cela veut dire que la communauté internationale continue de s’intéresser à ce qui s’est passé ici en Guinée le 28 septembre. Après la publication de ce rapport accablant, la communauté internationale ne pouvait pas rester indifférente.

Cette mission avait pour objectif de venir voir si la les autorités guinéennes sont en mesure de faire la justice et de mettre fin à l’impunité. Elle est venue ! Elle a effectué sa mission ! Elle fera certainement connaître ses conclusions lorsqu’elle sera à son siège. Cette mission a eu le temps de connaître la réalité des choses. Si donc le gouvernement Guinéen ne peut pas juger les gens qui ont été incriminés dans les massacres du 28 septembre, la cour pénale internationale pourrait prendre une action.

Le rapport d'enquête nationale accuse plutôt les leaders politiques tout en demandant leur amnistie. Votre réaction sur ce rapport ?

Vous savez nous les forces vives, avons refusé dès le départ de participer à cette commission. Nous savions que cette commission n’allait pas être impartiale. Nous en étions sûrs. Nous ne pouvions pas participer à une manipulation de la justice. Le rapport de la commission nationale d’enquête ne reflète pas la réalité. Ce rapport ne fait pas honneur aux membres de cette commission. Les traces sont là. Nous qui étions au stade, avions vu les militaires violer des femmes et tuer des innocents désarmés. Si Toumba et d’autres militaires étaient au stade, il faut qu’on sache qui leur a donné l’ordre de s’y rendre et de tirer sur la foule. Il faut que les responsabilités soient situées.

Accuser les leaders politiques est ridicule. Dadis lui-même nous accuse d’avoir envoyé les gens à la boucherie. Il faut donc trouver les bouchers. En aucun cas les leaders politiques ne peuvent être incriminés. Nous avons organisé une manifestation pacifique. Nous n’avions aucune mauvaise intention. Aujourd’hui une nouvelle ère vient de s’annoncer. Nous ne voulons pas mettre de l’huile sur le feu, mais nous n’oublierons jamais nos morts. Nous voulons que justice soit faite.

Il se trouve encore que c’est la justice guinéenne qui va probablement gérer cette affaire. La Cour pénale internationale ne s’en saisira qu’après une probable défaillance de la justice nationale. Comment trouvez-vous cela ?




Je connais très bien les méthodes de la CPI. Cela se passe comme ça et c’est tout à fait normal. Il y a une complémentarité. La CPI n’intervient que quand les juridictions nationales ont fait faillite. Dans le cas de la Guinée, on sent venir la faillite. Pourtant la justice Guinéenne doit faire honneur à son titre en trouvant ceux qui ont envoyé les soldats au stade et ceux qui ont mené les opérations. La commission internationale d’enquête a déjà indiqué quelques éléments. Ce qui est sûr, justice sera faite ; soit par les autorités Guinéennes, soit par la Cour pénale internationale.

Croyez-vous en la volonté et la compétence de la justice Guinéenne d’arrêter, juger et condamner tous les responsables des massacres du 28 septembre, y compris le chef de la junte, Capitaine Dadis Camara?

Après le passage de la Procureur adjointe de la cour pénale internationale à Conakry et le message clair qui a été délivré aux autorités Guinéennes par la CPI à cette occasion, nous espérons que le gouvernement Guinéen prendra toutes les dispositions nécessaires pour que justice soit faite pour les crimes contre l’humanité commis en Guinée. La CPI attend la suite qui sera donné par le gouvernement à cet effet.

En attendant les élections prévues dans six mois, quelles seront vos activités au niveau des Forces vives ?

Maintenant que nous avons un gouvernement de transition, nous souhaitons que l’on lève l’interdiction des activités des partis politiques sur le territoire pour permettre à tous de se préparer pour les élections.

Jean-Marie Doré avait déclaré qu’il ne reconnaît pas les accords de Ouagadougou parce que les forces vives n’y étaient pas. Sa candidature aux prochaines élections est elle envisageable ?

Il a été entendu, avant la nomination de Jean-Marie, que la personne qui occuperait le poste du Premier Ministre de la transition ne pourrait être en aucun cas candidat aux prochaines élections. Cette question ne devrait d’ailleurs pas se poser. Le Général Sékouba Konaté l’a réaffirmé dans son interview dans ‘‘Jeune Afrique’’, numéro 2562. La CEDAO l’a réaffirmé au cours de sa dernière session à Abuja. Je suis convaincu aussi que le groupe international de contact sur la Guinée va le réaffirmer au cours de sa réunion du 22 février prévue à Conakry. D’ailleurs tout membre du gouvernement de la transition ne peut pas être candidat.

Que pensez-vous de la participation des Guinéens de l’étranger à la prochaine élection présidentielle ?

Il est indéniable que nos compatriotes vivant à l’étranger ont joué un rôle très important dans notre quête commune pour l’instauration de la démocratie en Guinée. Ils ont courageusement soutenu plusieurs actions à travers le monde pour s’opposer à la candidature des membres du CNDD (junte militaire au pouvoir) et pour condamner les massacres commis au stade du 28 septembre.

Ensuite, il s’agit de la première élection réellement démocratique qui doit survenir dans notre pays. Il est donc normal que le prochain Président de la Guinée soit l’élu de tous les Guinéens aussi bien ceux de l’intérieur que ceux de l’extérieur. Au vu du nombre des Guinéens recensés à l’extérieur qui est très faible, le forum des forces vives a recommandé que le gouvernement et la CNI prennent les dispositions nécessaires pour engager sans délai, un second tour d’enrôlement des Guinéens de l’extérieur dans les différents pays qui ont été retenus par la CNI.

Comment se porte aujourd’hui votre parti FUDEC à Conakry, à l’intérieur de la Guinée et dans les pays d’Afrique et d’ailleurs ?

Le FUDEC se porte très bien à Conakry, à l’intérieur de la Guinée et dans tous les pays d’Afrique et du monde où vivent des Guinéens. Nous avons connus une période d’inertie due aux mesures unilatérales qui ont été prises par le gouvernement précédent interdisant les activités politiques sur le territoire. Mais nous saluons la nouvelle donne. Nous allons nous redéployer très rapidement sur le terrain. Le FUDEC sera sur le terrain au moment opportun et participera aux prochaines élections.

Votre parti est-il représenté au sein du gouvernement de la transition ?

Oui ! Le FUDEC est représenté au sein du gouvernement de transition par son secrétaire général Monsieur Faraguet Ghandi Tounkara qui occupe les fonctions du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Mr Ghandi est le fondateur de l’école Saint-Georges et de l’université Mercure international à Conakry. Il est très bien connu en Guinée comme un spécialiste en matière d’enseignement.

Avant de terminer, le Niger vient de connaître un coup de force qui a renversé le Président Tandja. En tant qu'ancien diplomate de l'ONU, comment voyez-vous la suite des évènements dans ce pays ?

Personnellement j’ai toujours été opposé aux coups d’Etat, quelques soient les motifs. Pour moi il n’y a aucune justification pour les coups d’Etat militaires. Même en Guinée je n’étais pas en faveur du coup d’Etat du 23 décembre 2008, contrairement à certains leaders politiques. Quand les militaires viennent au pouvoir, ils font immédiatement des promesses qu’ils ne tiendront pas.

C’est vrai au Niger, c’est l’entêtement du Président Tanja qui a provoqué l’irruption de l’armée sur la scène politique. Là je souhaite très vivement que ces militaires comprennent que leur place est dans les casernes et rendent le pouvoir au civils très rapidement. Les coups d’Etat n’arrangent pas la vie des Etats africains.

C’est vrai que le Président Tanja avait enfreint à toutes les règles démocratiques, mais nous condamnons le coup d’Etat. Le pouvoir doit être acquis par les règles démocratiques. Si ces militaires servent à la restauration de la démocratie comme ils le promettent, je les saluerai. Je demande aux putschistes Nigériens d’éviter une situation pareille à celle de la Guinée.

La Côte d’Ivoire aussi vient d’enregistrer plusieurs morts lors des récentes manifestations anti-Gbagbo. Que faut-il pour éviter le pire ?

Je regrette toujours les morts lors des organisations politiques. J’appelle les forces de l’ordre à se retenir. Il faut absolument que les Ivoiriens règlent leurs problèmes par le dialogue qui est la vertue des vertus.

Un mot pour terminer ?

Je demande au gouvernement de transition d’assumer sa mission. Ce gouvernement a reçu une lettre de mission du Président da la transition. Je souhaite vivement que le Premier Ministre et tous les membres du gouvernement respectent cette lettre de mission. Je voudrais ensuite que toutes les mesures soient prises pour que des élections libres, transparentes et crédibles soient organisées au délai prévu, dans la paix et la sérénité.

Je souhaite que la Guinée retrouve le chemin de la démocratie. La démocratie c’est le creuset de toutes les synergies de la reconnaissance des talents. Je souhaite que l’année 2010 soit pour la Guinée une année de chance. Je souhaite qu’ensemble nous puissions parvenir à nos fins à fin de sortir notre pays de cette situation de misère pour en faire un havre de paix et de développement.

Interview réalisée par Abdourahamane Bakayoko
Pour Africaguinee.com

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