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Violences politiques -GUINEE-

23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 16:10

Hier 22 novembre, il y avait foule au meeting-débat dont l’invité principal était alpha Condé, Président du RPG.


Ceux qui sont venus étaient là pour en savoir plus sur ce qui s’est dit à Ouagadougou, et surtout, ils se demandaient ce qu’allaient faire les Forces vives avec le camouflet que le Facilitateur Blaise Compaoré a infligé à l’ensemble du peuple de Guinée.


Les Guinéens savent déjà que les Forces vives ont rejeté en bloc la proposition de synthèse du
Facilitateur. La question qui brûlait les lèvres était de savoir pourquoi les leaders ont reporté leur retour après avoir bouclé leurs valises à la suite d’une démarche de dernière minute de Blaise Compaoré.


En effet, ce dernier, la main sur le coeur, avait exprimé son étonnement devant la vivacité et
la brusquerie des réactions du camp qui estimait que l’autre camp qui jubilait déjà à Conakry, avait emporté toute la mise. Compaoré aurait expliqué que sa synthèse n’était qu’une nouvelle proposition, base d’un prochain Ouga. Donc, les Forces vives ont, en deux phrases, renvoyé la balle :

- Dadis et le CNDD sont définitivement disqualifiés pour gouverner au sommet
- Dadis et aucun membre du CNDD et de leur gouvernement ne doivent se présenter aux prochaines élections
.



Le reste peut toujours être remis sur la table.

C’est à ce point que d’aucuns, dont votre serviteur, qui n’étaient venus que pour cela, ont vu

l’occasion de poser la question qui fâche, à savoir les absences du président Alpha Condé, quand tous ses pairs sont réunis ici où là. Le vieux renard des grandes heures de la FEANF n’a pas raté l’occasion d’administrer une leçon de matérialisme historique.


Le Coordinateur de la section France des Forces vives, le docteur Diakité a eu droit à la
première salve. On ne le reprendra plus entrain de parler des « élucubrations de Compaoré ». Il n’y a pas là seulement une affaire de courtoisie à l’égard d’un « président », comme l’a fait remarquer Alpha Condé à Diakité et à tout l'auditoire.


A la décharge de docteur Diakité, on ne peut pas oublier que l’ami de trente ans du
président du RPG, le meurtrier de Sankara était et reste toujours un président autoproclamé comme Dadis. L’ « insuffisance » en marxisme-léninisme du docteur tiendrait plutôt dans le fait que si l’on en reste aux « élucubrations de Compaoré », on ne voit pas ce que les leaders chercheraient à Ouaga à l’heure où se tenait le meeting d’hier, d’autant plus qu’ils avaient solennellement réaffirmé leur confiance au Facilitateur.

Alpha n’a peut-être fait que taquiner Diakité, « qui aurait dû étudier un peu mieux le matérialisme historique.. »

Quant au fond de la question, la réponse fut simple, presque brutale. « Où étaient les autres leaders présents », ici et là quand il le faut, « pendant que je luttais au risque de ma vie, de la première république jusqu’à la fin de la deuxième, alors que je suis le seul à n’avoir jamais participé à aucun gouvernement de cette dernière ? »

Le bras de fer viendra après. Ce fut saignant. Madame Dominique Bangoura après avoir rendu hommage à l’actuel doyen des Partis politiques pour « son courage », sa pugnacité, etc., a quand même essayé de réfuter l’idée prônée par Alpha Condé, d’une alliance des Forces vives avec « cette fraction républicaine » qui existerait au sein de l’armée guinéenne. A l’occasion, elle a convoqué tout un mécano du fonctionnement des institutions d’une république. Elle dira en substance que l’armée n’a pas pour vocation la gestion des affaires de la Cité. L’armée doit être aux ordres du pouvoir politique. Véritable cours de droit public.


A cela, l’autre professeur de droit public fera remarquer que le champ de la lutte politique
est à distinguer soigneusement du champ juridique, ce dernier relèverait-il du droit public. Au demeurant, il fera remarquer que nous sommes aujourd’hui en Guinée dans un Etat d’exception et que par conséquent, plaquer des analyses de pur droit dans une situation où domine la force brutale est pur « sophisme...Vous vous êtes plantée madame, tous ceux qui ne sont pas avec Dadis, mêmes des militaires aux mains sales peuvent être à nos côtés.. », pour « résoudre la contradiction principale à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés. » Quitte plus tard, quand nous serons dans un Etat de droit tel qu'on en voit ici, de ce côté-ci de la mondialisation, qui offrirait un cadre pertinent à vos analyses, plus tard donc on avisera, mais en attendant, on doit faire feu de tout bout. M. le Professeur martèle encore. Le problème n’est pas théorique, il est pratique. Il ne s’agit pas d’un point de droit, mais de choc entre deux forces. Il s’agit de savoir, étant donnée telle situation concrète, quelle solution concrète il faut trouver. Il n’est pas question de morale, de psychologie, ni même de droit. Puisque comme il l’avait mainte fois relevé, nous sommes dans un Etat de non droit.


Je soupçonne que la colère du Professeur à l’endroit de la Professeure a été aiguisée par l’hommage de la Dame du FUDEC. Elle aurait dû se souvenir de ce propos de Jean-Paul Sartre : « les hommages sont souvent une manière d’enterrer leur récipiendaire! » Il en est allé jusqu’à refuser le Prix Nobel, l’intrépide arbitre de la guerre entre « Le Diable et le bon Dieu ! » (1) Oui en effet, on dit plus souvent « Hommage funèbre » !


Le professeur Alpha Condé aurait pu conclure pour la professeure Bangoura avec cet exemple imparable de Moussa de Côte d’Ivoire : « Quand deux camions se trouvent à un croisement, la priorité appartient au plus gros. »

Il y avait d’autres questions redoutables, répandues par la Rumeur d’Orléans (2), comme on
dit dans l’Hexagone. Kouyaté, Bah Ousmane, le jeune leader du NFD, Mouctar Diallo, et d’autres débarqués du convoi des Forces vives qui de 20, a été, ramené à nos Douze Hommes
en colère(3).
Réponse facile de notre "Lutteur de classe"(4), redoutable débatteur. Le Facilitateur n’a invité que six personnalités des Forces vives, y compris syndicalistes et société civile.

« Qu’auriez-vous fait à notre place ? » Il s’agissait de la mise à l’écart de Kouyaté, Bah Ousmane, et de « ceux qui se sont mis hors du camp des Forces vives ».

Pourtant, le président du RPG rêve de ramener Bah Ousmane dans le bon camp, le camp du regretté Siradiou Diallo dont il est l’héritier institutionnel certes, mais qui a beaucoup à faire pour être digne d’être son héritier spirituel. Un chemin rendu plus long puisqu’il lui faudra assumer l’héritage de Bâ Mamadou dont il fut le second, avant Bah Oury.

Pour Kouyaté ? Comment s’appelle-il déjà, le Bloc-machin-chouette qu’il dirigeait encore quelques jours avant le carnage, à tombeau ouvert, droit sur les Forces vives ? Allusion à un retour trop opportun dans le bon camp...
Etrange, personne n’a évoqué le cas des autres débarqués, entre autres Mouctar Diallo et Abe Sylla, sauf leurs représentants dans la salle, qui ont réaffirmé leur « engagement ferme au sein des Forces vives qui doivent rester unies.. ».

Je ne m’amuserais pas à diviser le convoi d’une ambulance en lui tirant dessus, je remarque seulement que « La langue de bois est une maladie précoce » (Dominique Strauss-Kahn parlant du jeune Turc Olivier Besancenot.).

Je me demande si je n’aurais pas dû rétorquer au président du RPG, à votre place j’aurais répondu « Niet dans ce cas, M. le Facilitateur ».

Je l’avais écrit sur le Net, et j’avais même anticipé cette stratégie de l’araignée, que dis-je du caméléon, ce monstre hybride, le couple Blaise-Dadis. Et il n’est pas bon de se répéter, pour le bonheur délétère de ceux qui ne lisent pas.


Notes
:
1) Célèbre pièce de théâtre de Jean-Paul Sartre.
2) On pourrait dire les Rumeurs de Kaloum, pour le reste, voir Google.
3) Pièce de théâtre et thriller de Reginald Rose, Chef-d’œuvre du cinéma, de Sidney Lumet, 1957, avec Henri Fonda
4) Admirable petit classique d'une lecture poétique de la lutte des classes par l'écrivain marocain Abdel Khébir Katibi.


Wa Salam !
Saïdou Nour Bokoum

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