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Abdourahamane Sano, ex ministre de l'Agriculture : « L’opportunité qui s’offre aujourd’hui à notre pays, était inespérée »
Abourahamane Sano fut le premier membre du gouvernement du CNDD qui a « oser » démissioner suite aux massacres du 28 septembre. Parmi les plus jeunes ministres, Doura Sano, tel qu'il est affectueusement connu est marié et père de quatre enfants. Diplômé de l’École Supérieure d’Administration de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry en 1984 et licencié en Gestion des Investissements de l’Université de Québec à Montréal en 1989, dans le cadre d’une collaboration avec le CNPG, Doura est très actif dans le domaine socio économique de la Guinée.
Après le virage vers le libéralisme qui suivi le changement de régime en 1984, Abdourahmane Sano récemment diplômé de l'Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, en compagnie de certains de ses amis, se lance dans le mouvement associatif de jeunesse, en créant l’«Association Jeunesse et Développement» en 1990. Parallèlement il travaille dans une agence de publicité, puis dans une banque de la place avant de créer la fédération guinéenne de sports mécaniques en novembre 1992, qui organise en mars 1993 la seule édition du rallye national et de nombreuses compétitions en Gymkana. C'est en mars 1994, qu'il renonce à son emploi à la banque et aux activités de sports mécaniques, pour se consacrer à la promotion économique de la Guinée, avec l’Association Jeunesse et Développement, cette structure pour le moins atypique, dans une activité fortement spécialisée et généralement réservée en Afrique, aux organismes publics.
Là aussi, malgré un environnement particulièrement difficile, Abdourahamane Sano fait une place pour son Association dans le carré des Organes de Promotion du Commerce, de la sous-région. Et, Conakry devient rapidement une des importantes destinations ouest-africaines de promotion commerciale, après Dakar, Accra, et Lagos qui disposent d’importants moyens logistiques et financiers. Jusqu’en 2002, les foires de ‘’Jeunesse et Développement’’ attirent en Guinée, les milieux d’Affaires de nombreux pays de l'Asie, Afrique du Nord, Europe, Amérique du Nord et ceux de la sous-région. Il diversifie les produits à travers ses nombreuses manifestations économiques dont les plus célèbres sont le Salon AIA (Agriculture, Industrie et Artisanat), le Senthec (Salon de l’Electronique et des TIC), le Grand Bazar de Conakry, et surtout la Foire internationale de Conakry. Il érige l’Association Jeunesse et Développement, en un organisme professionnel de promotion du commerce international, dénommé CIEPEX (Centre international d’Echanges et de Promotion des Exportations), spécialisée dans la promotion du commerce et des investissements. A cette nouvelle structure, spécialisée dans la promotion du commerce et des investissements, il multiplie l’offensive avec à la clé des expositions, salons, foires, fora, en Guinée et à l’étranger, des accords et partenariats avec des organismes de promotion des pays étrangers des collaborations avec des institutions internationales et étrangères.
Infatigable et en collaboration avec de nombreux jeunes leaders du mouvement associatif, Sano crée la Coordination nationale des Associations de Jeunesse de Guinée (CAJEG), qu’il préside entre 2000 et 2004. Vice Président de la Chambre du Commerce, d’Industrie et d’Artisanat de Guinée (CCIAG) de 2003 à 2005, il entreprend à partir de 2005 les préparatifs du Forum Économique de la Guinée en Allemagne, dans le cadre des activités du CIEPEX. Ce forum, tenu en novembre 2006, aboutira entre autres, à la signature de l’Accord de Promotion et de Protection mutuelle des Investissements, entre les États guinéen et allemand.
En mai 2007, Abdourahamane Sano crée le Mouvement des Entreprises de Guinées (MEDEG), avec des collègues du secteur privé lassés par les conflits qui minent le milieu d’affaires en Guinée. Après la prise du pouvoir par le CNDD en décembre 2008, Abdourahamane Sano, est nommé en janvier 2010, Ministre de l’Agriculture et de l’Elevage du gouvernement dirigé par Komara. Abdourahamane "Doura" Sanoh rentrera dans l'histoire de la Guinée comme le premier ministre guinéen de l'histoire du pays à démissioner et à rester au pays. Motif: désaccord profond du massacre du 28 septembre de citoyens venus exprimer leurs conviction de voir une Guinée démocratique et bien gouvernée.
Au moment où la Guinée semble se retourner vers un régime civil et que les Guinéens demandent de plus en plus une meilleure gouvernernance, Guinéenews© a interrogé le dynamique ancien ministre et promoteur économique toujours passionné pour son pays sur sa nouvelle initiative citoyenne. En toute exclusivité.
Guinéenews© : Vous avez été le premier membre d’un Gouvernement guinéen à démissionner et à rester au Pays. Regrettez-vous ce geste ?
Abdourahamane Sanoh : Non, je ne regrette rien. Si c’était à refaire, je le referais sans état d’âme.
Guinéenews© : Pourquoi avez-vous accepté d’entrer dans un gouvernement issu d’un coup d’État militaire, alors que sur le plan privé ça semblait marcher pour vous ?
Abdourahamane Sanoh : Il y a quatre raisons à cela :
1. A l’instar de l’écrasante majorité des guinéens, j’avais cru en la déclaration de prise de pouvoir et aux premiers discours qui ont suivi.
2. Mon parcours professionnel, dans le mouvement associatif de jeunesse et dans le secteur privé, m’a permis d’avoir beaucoup d’expériences sur le plan du développement communautaire, mais aussi dans les domaines du commerce international, la banque, la promotion des exportations et des investissements, la gestion des politique de mise en marché, la gestion des organisations du secteur privé, et bien d’autres domaines. Je suis sûr qu’il y a un besoin évident que ces expériences soient partagées au profit de la nation.
3. Lorsqu’on est sollicité pour une mission d’intérêt national, il n’est pas normal de rejeter quand on a quelques choses à y apporter.
4. Pour moi, la mission de services publics ne se conçoit pas en termes d’avantages personnels, qu’ils soient matériels ou financiers, mais plutôt, en termes de responsabilités vis-à-vis de ses concitoyens et de la nation!
Guinéenews© : Décrivez-nous comment avez-vous passé la journée du 28 septembre 2009 jusqu’au moment de la prise de votre décision historique de démissionner ?
Abdourahamane Sanoh : Le lundi, 28 septembre 2009, a été pour moi une triste journée, surtout dès l’annonce des premiers coups de feu, au grand carrefour de Belle-vue. Ensuite, avec l’annonce des premiers de morts, dans l’après-midi, j’étais personnellement terrifié, choqué ! Et plus tard, les informations sur les atrocités commises ont davantage accru ma déception, d’autant que rien ne justifiait une intervention des forces de défense et de sécurité, ce jour-là, au stade du 28 septembre. Le lendemain des évènements, j’ai rendu visite à certaines victimes, dont quelques leaders politiques. J’ai réalisé la gravité des atrocités. Moralement, je ne pouvais cautionner cette situation. Et j’en ai tiré les conséquences en démissionnant du Gouvernement.
Guinéenews© : L’ancien premier ministre de la junte Mr Kabinet Komara a déclaré, après la cascade de démissions, que lui ne démissionnera pas, quand la nation est en péril. Vous sentiez vous indexé ?
Abdourahamane Sanoh : Non ; pas du tout ! Si la nation était en péril, elle l’aurait été du fait des institutions chargées de sa protection et de son bien-être. Pour ma part, démissionner était la façon juste de marquer mon désaccord, surtout lorsqu’on est conscient des limites de son influence sur les décisions de l’Etat.
Guinéenews© : D’après nos sources d’information vous auriez un projet pour la Guinée. Une initiative citoyenne. Pouvez-vous en parler brièvement ?
Abdourahamane Sanoh : L’opportunité qui s’offre aujourd’hui à notre pays, était inespéré, il y a encore quelques mois. Elle doit être exploitée à fond, pour favoriser la renaissance, à travers des initiatives permettant un règlement global et définitif de la crise sociopolitique, qui secoue notre pays depuis les évènements de 1996.
Il est illusoire de penser que les seules élections libres, transparentes et justes suffisent pour régler la crise. Elles permettront certainement le retour des militaires dans les casernes. Mais, ni elles, ni la revalorisation des forces de défense et de sécurité, ne suffiront pour stabiliser durablement les institutions et pour arrêter les troubles sociaux. C’est pourquoi, nous initions ce projet citoyen qui ne compromet en rien ni le processus ni le chronogramme actuels. Au contraire, il constitue un moyen de consolidation durable des acquis de la transition et des prochaines élections.
Il s’agit de poser un diagnostic précis des causes de notre malaise, en déterminer les solutions et entreprendre des actions en vue de leur réalisation. A notre avis, les causes du malaise guinéen sont entre autres :
• La mauvaise gestion des contentieux politiques nés sous les différents régimes (1958-2009)
• La mal-gouvernance politique caractérisée par une mauvaise définition des institutions du pays, ainsi que de leurs attributions
• La mauvaise gestion économique du pays et le pillage systématique des richesses nationales au profit des autorités, de leurs entourages et de leurs partenaires en affaires.
Nous avons élaboré une ébauche de solution, que nous souhaitons partager avec toutes les énergies et tous les guinéens, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, en vue de leur contribution pour la renaissance de notre pays : Une Guinée unie, paisible et prospère pour tous!
Guinéenews© : N'est ce pas la plate forme des Forces Vives et de la société civile que vous voulez reprendre ici ?
Abdourahamane Sanoh : Personnellement, je n’ai pas eu encore connaissance du contenu de cette plate forme. Mais, nous serons heureux de relever des convergences d’idées dans les travaux de tous nos devanciers, d’autant que nous comptons rencontrer tous les acteurs pour mettre nos forces ensemble au profit de ces idéaux communs.
Guinéenews© : Des cyniques diront que le diagnostic sans remède ne sert pas à grand chose. Quels moyens aurez-vous pour implémenter ces solutions surtout qu'apparemment votre projet n'envisage pas la création d'un parti politique ?
Abdourahamane Sanoh : C’est vrai que je viens de présenter les diagnostics et que cela n’est nouveau pour personne ! Je suis persuadé que les remèdes sont aussi connus de tous, à savoir : (I) Conférence de réconciliation nationale pour régler les tous nos contentieux politiques, (II) Assises nationales inclusives pour concevoir et adopter un nouveau projet de société, et (III) audits de la gestion du patrimoine national, ainsi que des mécanismes et procédures de contrôles. Bien entendu, ces audits ne devront en rien tourner en règlement de comptes. Quant aux moyens de mise en œuvre, il y a des ressources humaines acquises à la cause et une structure organisationnelle permettant la réalisation des objectifs.
Guinéenews© : Obama a dit que « sans institutions fortes l'Afrique ne décollera jamais !» Quand vous étiez membre du gouvernement Komara, il y a eu plusieurs violations des institutions publiques telles que la cour suprême muselée, assemblée nationale dissoute, caporalisation de l'armée comme les régimes précédents... Comment votre projet envisage t-il participer à empêcher la répétition de ce pouvoir personnalisé qui conduit à la dictature et la mauvaise gouvernance avec la tendance guinéenne de créer ses propres dictateurs ?
Abdourahamane Sanoh : L’affirmation du Président Obama est indéniable. Pour s’en sortir les pays africains doivent se doter d’institutions fortes. C’est pourquoi nous envisageons l’organisation des assises nationales pour permettre aux guinéens, de tout bord et de tout horizon, de se concerter et d’adopter les types institutions, le mode de fonctionnement et les politiques sectorielles indispensables à la stabilité et au développement de notre pays.
Par ailleurs, concernant les cas de violations dont vous faites allusion, n’oublions pas qu‘ils étaient déjà antérieurs à l’avènement du CNDD au pouvoir. Ce qui en a été rajouté en 2009, n’était pas le fait du Gouvernement du Premier ministre Kabinet Komara, qui était presque toujours mis devant le fait accompli.
Guinéenews© : Quand est ce que ce nouveau projet verra le jour ?
Abdourahamane Sanoh : Très bientôt !
LIENS :
- COMMUNIQUE D'ABDOURAHAMANE SANO SUR SA DEMISSION (13.10.2009)