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Déjà 53 ans d’indépendance, mais aussi 53 ans de confiscation de pouvoir par une minorité incompétente, injuste et intolérante au grand dame de la vaste majorité de la population guinéenne qui croupissent dans une extrême pauvreté. Pendant 53 ans la population n’a pas son mot à dire, ni sur le choix de ses gouvernants, ni sur la gestion de ses affaires courantes. L’impression qui se dégage aujourd’hui, est que le peuple semble avoir compris maintenant, que pour récupérer son pouvoir car c’est cela qu’il s’agit, qu’il faudrait qu’il prenne sa responsabilité et ceci peu importe ce que ça va le coûter. Ne dit-on pas qu’à chaque peuple le chef qu’il mérite ? Alors la population guinéenne a-t-elle mérité ces chefs successifs ? Dans les faits, la réponse est sans doute, oui, parce qu’elle s’est montrée toujours passive au regard des injustices que l’a fait subir une minorité de démagogue, incompétente, et opportuniste.
C’est que tout le monde doit comprendre, est que, le pouvoir n’appartient pas à un individu ou à une ethnie, il appartient au peuple dans son ensemble et il émane du peuple. Le peuple délègue son pouvoir à une autorité légale que l’on appelle l’Etat (qui lui-même n’est pas une personne physique, ni un groupe de personnes physiques, mais une personne morale) et le peuple choisit des gens de confiance (président de la république et autres élus) pour exercer le pouvoir du peuple afin qu’il ait de l’ordre dans la société. Ces élus s’entourent, à leur tour, par des personnes de confiance qu’ils affectent aux différentes institutions politiques de l’Etat, pour que ces personnes puissent représenter l’Etat partout besoin est nécessaire, et cela dans la limite du pouvoir que le peuple les a conféré. Pour son bon fonctionnement, l’Etat est composé par un ensemble d’institutions politiques (Assemblée nationale, ministères, le président lui-même représente une de ces institution,..) et une règle de fonctionnement à respecter qu’on appelle la constitution. La constitution est par exemple, l’équivalent du coran dans la charia (pouvoir islamique), ou de la bible dans un pouvoir chrétien. Le musulman ou le chrétien n’ira au paradis que lorsqu’il respecte les lois du coran ou de la bible, et la population guinéenne ne sortira de la pauvreté que lorsque cette constitution reflète ses aspirations et qu’elle est respectée par tout le monde. Cette constitution ne sera respectée que lorsque le peuple de Guinée, à l’intérieur comme à l’extérieur, se lèvera et exigera à ce que le peuple choisisse par lui même ces dirigeants de façon libre et transparente, et aussi lorsqu’il exigera à ces dirigeants élus, un partage des richesses du pays de gré ou de force, afin qu’aucun fils et aucune fille du pays ne soient lésé. Exiger le partage de la richesse pour qu’on n’ait de quoi à manger, pour qu’on ait des universités dignes de ce nom, pour qu’on ait des hôpitaux dignes de ce nom, pour qu’on ait une couverture sociale pour se soigner, pour qu’on ait des routes dignes de ce nom, pour qu’on ait de l’électricité pour nous éclairer, pour qu’on ait de l’eau potable.
La constitution ne dit pas que c’est le tour d’une ethnie de prendre le pouvoir, elle n’interdit pas non plus à aucune ethnie d’exercer le pouvoir politique au prétexte qu’elle a un quelconque pouvoir économique, tout autant qu’elle n’interdit à aucune autre ethnie d’exercer une activité économique ou d’avoir un pouvoir économique. Pour comprendre le fond de nos faux problèmes, il faudrait se poser les bonnes questions, à savoir pourquoi on partage le même pays ? Et pourquoi on est condamné de vivre ensemble et dans le respect mutuel ? La Guinée est-elle une nation ?
Une nation est une population unie, soit par des liens objectifs (même origine géographique, même langue, etc…), soit par des liens subjectifs (la volonté de vivre ensemble et de créer un Etat). La vérité est que la Guinée n’est ni dans le 1er cas et ni dans le 2ème, en tout cas pas encore. Avant la colonisation, les différentes composantes ethniques vivaient chacune dans une région donnée avec un territoire et un pouvoir politique, les peulhs au Fouta Djallon, les malinkés en Haute Guinée, les soussous en Basse Guinée, et les forestiers en Guinée forestière (cette liste n’est pas exhaustive, c’est juste un exemple). Les colons ont changé les frontières à leur convenance et créer un territoire commun appelé la Guinée avec cette mosaïque ethnique. Apres les indépendances, aucun referendum n’a été organisé pour demander l’avis du peuple sur sa volonté de vivre dans une nation commune. Les pays voisins de la Guinée ont eu la même histoire qu’elle jusqu’aux indépendances, ils ont pratiquement la même composition ethnique (c’est le cas du Mali), mais parodoxalement, ces voisins n’ont pas les mêmes problèmes ethniques que la Guinée, pourquoi ? Parce que les pouvoirs politiques qui se sont succédés dans ces pays ont été responsables, ils ont rassemblés leur peuple, et créer cette volonté d’acceptation mutuelle dans le sens de former une nation. Il faudrait comprendre qu’en Guinée, aucune ethnie n’est supérieure à une autre, aucune ethnie ne peut priver une autre de son droit, aucune ethnie ne doit accepter qu’une autre ethnie soit marginalisée. Il faudrait comprendre que chaque ethnie est venue avec un bout de territoire, ce sont ces bouts de territoires mis ensemble bout à bout, qui font la Guinée d’aujourd’hui. Dans chaque région de la Guinée, on rencontre cette diversité ethnique et culturelle, de telle sorte que cette mixité ethnique fait que la population guinéenne dans son ensemble est condamnée de vivre ensemble ou mourir ensemble. Pour que la Guinée devienne donc une nation, il faudrait surtout que les politiciens prennent leur responsabilité et mènent des actions dans le sens de l’unité de la population et de l’acceptation mutuelle de nos différences, qui ne sont qu’une richesse.
Dans tous les pays du monde, la liberté et la démocratie sont des fruits d’une lutte permanente des peuples. Aujourd’hui, après une longue réflexion, on se demande à quoi ça servi vraiment l’indépendance ? Le remplacement d’un système d’oppression étrangère, par un système d’oppression locale ? Oui, vraisemblablement.
Les dirigeants actuels ne doivent pas oublier qu’ils ne sont pas des élus du peuple, et que le pouvoir appartient au peuple, c’est au peuple d’élire de façon libre et transparente la personne à la quelle il veut déléguer son pouvoir. La Guinée est aujourd’hui est un pays sans Etat et sans nation. Le pays est dans un processus de décompositions sociales économiques et culturelles, ces gens qui sont rentrés dans le gouvernement comme des héros risquent d’en sortir comme des zéros si la crise persistait, tout le monde sera perdant en cas de guerre civile et les responsables paieront. Aucun dirigeant n’a droit d’imposer au peuple un président qu’il a choisi, ce pays appartient à tout le peuple de Guinée et c’est le suffrage qui doit partager les deux candidats. Certes, vous avez les armes, mais sachez que, quand le peuple se lève, rien ne peut le résister, vos armes seront vaincues, et la démocratie et le droit de l’homme triompheront pour toujours.
Paris, par Sanoussy Diallo