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Violences politiques -GUINEE-

26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 23:44

gecifodeL



1-M.Fodé Mohamed Soumah, Président du parti Génération Citoyenne-GéCi. Qu'est-ce qui vous a motivé à faire de la politique ?

En une phrase, je dirais que j’ai la politique dans le sang puisque mon père El Hadj Amara Soumah, banquier de son état et membre fondateur des 1ers Partis politiques guinéens comme le PDG et le BAG, faisait partie des pionniers de la période de notre indépendance. Il était une figure emblématique de la sous région aux côtés de certaines personnalités comme Yacine Diallo, Léopold Sedar Senghor, Modibo Keita et Houphouët Boigny, entre autres. Mais suite à une incompatibilité de vision à terme avec celui qui est finalement devenu le 1er Président de la République, ma famille a été contrainte à l’exil.

Mais depuis mon enfance au Sénégal et jusqu’au début de l’année dernière en France où j’ai vécu pendant une trentaine d’années, je n’ai pas arrêté de m’intéresser à la Guinée et à l’Afrique, in extenso. Aussi, dès que nous avons obtenu l’arrêté du Parti en Mars 2009 qui croupissait dans les placards depuis 2007, j’ai pris la décision de rentrer chez moi car c’est ici que ça se passe, et c’est maintenant ou jamais que nous devrions nous impliquer politiquement afin de changer la donne ; c'est-à-dire relever le défi guinéen après plus d’un demi-siècle d’indépendance timorée.

La Guinée mériterait de figurer dans la liste des pays dits émergeants grâce à la richesse de son sous-sol et à la qualité de ses ressources humaines. Donc, rien n’est encore perdu si chacun d’entre nous apportait sa modeste contribution. En fait, je suis entré en politique pour servir mon pays.

2-Vous avez été candidat au premier tour de la présidentielle du 27 juin 2010. Quelles leçons tirez-vous de votre participation à ce scrutin ?

Cette candidature va en droite ligne de l’ambition de la GéCi qui est de devenir un acteur incontournable dans le paysage politique guinéen. Loin d’être une simple figuration, cette participation répondait au besoin de rupture manifeste chez la plupart de nos compatriotes. Malgré notre jeune âge, nous espérions un bon résultat susceptible de mettre à exécution notre projet de réparation sociale crédible et dense proposé aux Guinéens tout au long de la campagne présidentielle. Mais nous sommes arrivés trop tôt pour les mentalités en l’état et trop tard pour nous faire connaitre.

Par ailleurs, il y a une grosse partie du vote qui reposait sur le repli identitaire et la publicité faite autour de certains noms ; ce qui a entrainé un vote utile en notre défaveur.

Nous avons tiré les enseignements et c’est pourquoi nous sommes certains de l’évolution de la GéCi une fois que nous aurions obtenu une plus grande visibilité et posé des actes concrets. Cette volonté s’inscrit dans notre ralliement à l’alliance autour de Cellou Dalein Diallo qui est arrivé en tête au 1er tour et qui est en pole position pour gagner cette élection.

Enfin, il ne sert à rien de refaire le monde sur les insuffisances liées à cette élection. Ce qui compte, c’est d’en finir avec le 2nd tour quelques mois après les résultats définitifs de la Cour Suprême, alors que le délai réglementaire était de 14 jours.


3-Dans le jeu des alliances autour des deux candidats admis au second tour, vous avez choisi de soutenir Elhadj Cellou Dalein Diallo de l'UFDG. Vos raisons ?

La GéCi étant un Parti structuré, nous sommes partis de la consultation de la Base au vote du Bureau Exécutif National, en passant par les Fédérations à l’étranger et la rencontre avec les responsables de l’UFDG et du RPG. Chacun des 2 candidats avait des arguments à faire prévaloir, mais le choix s’est porté sur El Hadj Cellou qui nous paraissait le plus rassurant et dont le projet cadre avec notre vision pour une Guinée nouvelle, debout, digne et émergente.

Notre coalition composée de brillances et de compétences multiples sait d’ores et déjà où mener la barque Guinée. Je suis confiant en sa réussite qui contribuera au rayonnement de notre pays.


4 -Les 11 et 12 septembre derniers, il y a eu des affrontements entre militants du RPG et de l'UFDG. Les deux camps se sont rejetés la balle de cette responsabilité. Comment l'expliquez-vous ?

Il est temps de mettre la balle à terre et de respecter les règles du jeu. Il ne sert à rien de rejeter les responsabilités sur l’un ou l’autre camp car il y a déjà eu 2 morts. Croyez-vous vraiment que nous serions à l’origine des troubles alors que nous culminons déjà à 65% ? Il est temps de faire en sorte qu’il n’y ait plus de désordre ni de nouvelles pertes en vies humaines. C’est pourquoi il me semblerait nécessaire d’organiser un débat entre les 2 compétiteurs afin d’aider les Guinéens à se déterminer par rapport à celui qui serait à même de diriger le pays et non pas sur des critères subjectifs ou des choix téléguidés. Les dérobades et les vœux pieux ne sont plus d’actualité.

 

5- Malgré la signature d'un Code de Bonne conduite entre Elhadj Cellou Dalein et le Pr.Alpha Condé, il y a eu ces incidents. Pourquoi signer des protocoles qu'on ne respecte pas ?

La signature de ce protocole a été une délivrance pour tous ceux qui appréhendaient des lendemains incertains suite à l’exacerbation des problèmes ethniques. On ne le dira jamais assez : cette élection n’est pas une confrontation entre les Peuls et les Malinkés, mais entre 2 citoyens qui sollicitent le suffrage de leurs concitoyens en vue de diriger le pays durant les 5 prochaines années au moins.

On dit souvent que les promesses n’engagent que ceux qui y croient, mais dans le cas d’espèce, on se doit de respecter sa parole et les Guinéens. Le problème chez nous c’est qu’il y a toujours une dilution des responsabilités. Ce n’est jamais le chef, mais son entourage, ses subordonnés, ses militants, etc.


6- La présidentielle programmée pour le 19 septembre 2010 a été reportée sine die. Quelles sont les conséquences de ce report ?

Elles sont graves, et je dirais même désastreuses pour l’image du pays et par rapport à l’exaspération de la population. Certains jouent aux apprentis sorciers et d’autres ne pensent qu’à leurs intérêts égoïstes. Ce n’est pas un jeu, encore moins de la poésie. La politique est une chose trop sérieuse pour être confiée à des acteurs qui n’en mesurent pas la réelle portée. Aujourd’hui, la CENI est traversée par toutes sortes de courants, surtout depuis la condamnation inique de deux de ses membres. De plus, j’ai été effaré par les conclusions du rapporteur qui a botté en touche avec une désinvolture effarante en déclarant en substance que la décision finale incombait aux autorités comme si notre commission électorale avait perdu de son indépendance. Pis, le 1er Ministre semblait découvrir l’ampleur du désastre en même temps que nous autres comme si la CENI travaillait seule dans son coin et sans l’assistance du MATAP.

Au soir de la proclamation des résultats définitifs, la CENI disait avoir besoin de 2 semaines alors qu’elle a eu plus de 2 mois. J’ose espérer que rien ne viendra modifier la prochaine date comme l’a encore rappelé le Général Sékouba Konaté.

De l’avis du rapporteur, 10 jours suffiraient amplement. A présent aucun argument ne justifierait un report au-delà du 3 octobre afin de ne pas perturber la rentrée des classes ou devoir attendre le vote des pèlerins au retour de la Mecque, tout comme la fin du mois de Ramadan.

 

7-Le Général Sékouba Konaté a livré un message à la nation dans la nuit du 15 au 16 septembre. Dans cette adresse, il a regretté ce report et demandé aux deux candidats en lice de prendre leurs responsabilités. Vos commentaires ?


L’heure n’est plus à se perdre en conjectures ni au fait avéré. Le Général devrait désigner une équipe qui lui rapporterait de l’état d’avancement des travaux au jour le jour. Il en va de même pour les 2 candidats qui devraient s’impliquer davantage afin qu’il n’y ait plus de surprise liée à un quelconque point d’achoppement. Il devient nécessaire aussi d’adjoindre une commission ou une autorité à la tête de la CENI jusqu’au terme de la transition. La Guinée doit faire preuve de prospective et jouer à l’équilibriste entre l’esprit et la lettre des textes qui régissent la CENI. Cet amateurisme fait mal à notre économie et tout retard supplémentaire affaiblirait notre crédibilité au niveau international car ce n’est pas la Guinée qui a financé cette élection toute seule.

La Guinée a besoin d’un Président élu par un vote populaire. Toute manœuvre tendant à dévoyer cette légitimité indispensable aurait un effet de boomerang dans le futur.

8- Que pensez-vous de l’élection du Président de la CENI ?

Au yeux de notre alliance, c’est un non événement. Ce qui préoccupe les Guinéens c’est de savoir quand est-ce qu’ils iront voter pour en finir avec cette transition.

L’opération d’implication des Gouverneurs et des Préfets à travers le forcing-Matap ayant échoué, cette nouvelle trouvaille n’est pas une surprise, outre mesure. D’ailleurs, il faudrait s’attendre à d’autres tentatives tout autant stériles in fine. Le gain de temps entrepris pour inverser la tendance des 65% ou démobiliser notre électorat ne changera en rien le résultat sans surprise de la victoire de Cellou Dalein au soir de la proclamation des résultats par la Cour Suprême.

Nous venons de faire une déclaration pour dénoncer le forcing opéré par le RPG dans le sens d’utiliser la CENI à son bon vouloir. Cette élection d’un membre avéré dudit Parti va à l’encontre des textes en vigueur et viole d’innombrables dispositions dont l’article 5 du Règlement Intérieur, sans compter l’absence de la Présidente par intérim lors du vote, tout comme le Ministre de l’intérieur.

Un groupuscule a décidé de préparer un hold-up électorale précédé par toutes sortes de manœuvres qui retomberont comme un soufflet dès lors que le Droit sera dit et que le Président de la transition s’invitera à éviter la confusion des genres en confirmant la Présidente par intérim à son poste, dans l’attente d’une élection en bonne et due forme.

L’alliance a pris la décision d’informer l’opinion nationale et les institutions internationales pour ne pas retomber dans la politique du médecin après la mort. Les Guinéens et le reste du monde doivent savoir qu’une défaite assurée de l’alliance arc-en-ciel tenterait de se transformer en effet d’annonce qui augurerait d’une situation incontrôlable.

Aussi, c’est le lieu de regretter le manque de courage politique du fait de ne pas avoir organisé le 2nd tour selon les délais réglementaires, dès lors que les 2 candidats avaient avalisé les résultats de la Cour Suprême, à commencer par la déclaration première d’Alpha Condé.

Le temps nous est compté, pour ne pas dire qu’il court contre la volonté d’une transition véritablement apaisée et l’investiture du Président Cellou Dalein Diallo.

9-Je vous remercie Monsieur le Président

C’est moi qui vous remercie. Et je voudrais terminer cet entretien en présentant mes condoléances à la famille du Président de la CENI, Ben Sékou Sylla. Il a combattu la maladie tout comme ceux qui voulaient discréditer l’une de nos seules institutions qui fonctionnaient encore tant bien que mal. J'adresses également mes condoléances aux familles des 2 militants du RPG et de l'UFDG décédés pendant les manifestations regrettables. Que le Très-Haut leur accorde son paradis céleste.

 

Amen.

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