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Interview avec Fodé Mohamed Soumah :"Plus que la victoire, mais le plébiscite pour Cellou avec 70%"

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Dans cet entretien à bâtons rompus, le leader de la Génération Citoyenne, Fodé Mohamed Soumah, également membre de l’Alliance Cellou Dalein Président, évoque des sujets brûlants de l’actualité nationale : notamment son séjour à Dakar, l’An 52 de l’indépendance nationale, la crise électorale, les atouts et les priorités de son allian

 

Infoguinee:  Bonjour Mr SOUMAH

 

Fodé Mohamed Soumah : Bonjour Mr BAH

 

- Dites- nous l’objet de votre visite à Dakar ?

 

Dès mon arrivée à l’aéroport de Dakar, j’ai eu droit à un accueil chaleureux de la part des différents fédéraux, des femmes, des jeunes et surtout des responsables de la coalition et de tous les membres de l’alliance. C’était une réception extraordinaire à laquelle je ne m’y attendais pas, parce que je comptais les contacter une fois sur place. Mais, ils avaient pris le devant. Au cours de mon séjour, j’ai tenu des meetings, une assemblée générale, une conférence de presse qui a été largement couverte par les médias publics et privés du pays. Aussi, il faut avouer que j’ai rencontré les sages et des militants désabusés, impatients et inquiets. Mais notre passage a été concluant. Car, nous avons pu mettre les pendules à l’heure. Les militants ont beau apprécié la visite, qui a été nécessaire voire indispensable. Un bilan positif que je mets à l’actif de l’Alliance qui m’a dépêché en mission. Je connais le Sénégal, car j’y ai passé une partie de ma jeunesse. Je parle le wolof, ce qui a facilité les contacts. Je ne saurais terminer sans remercier cette marque de confiance de l’Alliance, à commencer par le Président Cellou Dalein Diallo.

 

La Guinée a célébré l’An 52 de l’indépendance nationale, sous fond de crise électorale. Mais comment analysez- vous l’indifférence des populations, qui ont préféré bouder les festivités, alors que c’est un grand jour pour le pays ?

N’oubliez pas qu’il y a un sentiment de mal- être et de malaise profond chez nos compatriotes. Nous sommes dans un pays où on se plait à se voiler la face et à ne pas se dire la vérité. Les populations sont désabusées. Nous avons organisé le premier tour d’une élection, le 27 Juin 2010. Trois mois après, les populations sont encore dans l’attente du second tour. Une fête de l’indépendance n’arrive qu’une fois l’année et elle est très vue à l’extérieur. Je reproche aux guinéens le fait d’être les premiers à critiquer leur pays. Les sénégalais critiquent leur Président, mais pas leur pays. Ils ne vont pas s’amuser avec l’image de leur pays. Mais ici, depuis que l’impunité et l’injustice sociale sont devenues criantes et que la médiocrité s’est installée, aujourd’hui tout est possible. C’est pourquoi ce n’est pas étonnant d’assister à tout ce que nous vivons, tout est possible.

 

Comment voyez- vous les cinquante deux années d’indépendance de la Guinée…

Ces 52 années d’indépendance me laissent un peu sur ma faim, quand on voit ce qu’est devenu la Chine, ou ce que sont devenus les pays dits émergeants qui ont accédé à l’indépendance à peu près que nous. Ou quand on voit d’autres pays qui ont accédé à l’indépendance après nous. Franchement, nous les envions aujourd’hui. Je pense qu’il est temps d’avoir une nouvelle vision et de ne plus naviguer. Je n’irai pas jusqu’à juger notre indépendance en une phrase, je dirais que quelque soit un travail ou la qualité de nos dirigeants, on ne peut pas dire que tout est négatif ou que tout est globalement positif. Je dirais tout simplement qu’après 52 ans, la Guinée aurait dû être la locomotive de la sous- région ou le phare de l’Afrique de l’Ouest. Et ce n’est pas le cas aujourd’hui, très malheureusement.

 

A la veille de ces festivités, le Président de la transition a prononcé un discours dans lequel il a dit qu’il attend la date du second tour, alors que veulent qu’il tranche la polémique à la CENI. Quel est votre commentaire ?

Le Président de la transition vit actuellement un dilemme. C’est un militaire. Et lorsqu’un militaire veut négocier ou essaye d’avoir un contournement, on le trouve mou et lorsqu’il tranche dans le vif, on dit qu’il est un dictateur. Le Général Konaté se trouve dans cette situation aujourd’hui, au point de l’amener à faire des déclarations à l’emporte- pièce, telle que si vous ne vous entendez pas, je veux imposer un civil. Non ! Je trouve que ce sont là des propos excessifs. La Guinée veut d’un président élu, mais pas d’un Président nommé. D’ailleurs, le terme de Président de la République signifie que celui- ci a été élu. Aujourd’hui, il est dans ce dilemme. Mais je lui demanderais de prendre le pool de la situation. La température ambiante aujourd’hui est que nous voulons en finir avec cette transition, qui ne pourrait se faire que par des élections. Nous lui demandons de s’inviter au débat afin que la date du second tour soit fixée dans les brefs délais. Il y a eu trop de report à ce jour. Même la date du 10 octobre nous parait fantaisiste.

 

Mais comment ?

Parce qu’elle coïncide avec une rencontre internationale de football entre le Syli National de Guinée et son homologue du Nigeria au compte des éliminatoires de la CAN 2012 de football. De la même façon qu’on avait choisi la date du 27 Juin, bien avant l’installation des institutions de la transition et la nomination du Premier ministre, nous sommes dans la même dynamique. Il faudrait que cette date ne soit pas éloignée. Elle a déjà empiété sur la rentrée scolaire et elle risque d’empiéter sur le voyage des pèlerins. Et nous n’avons pas envie qu’il y ait une mascarade ou une magouille autour des mandats. C’est dire que nous avions choisi la date du 3 octobre comme étant un bon choix. D’autant que c’est l’avis du rapporteur de la CENI, qui demandait une rallonge de dix jours. Ce qui allait coïncider au 26. Mais on ne pouvait pas le faire le 26, ni en courant septembre. Parce que notre loi électorale fait la part belle aux guinéens vivant à l’étranger qui doivent également voter un dimanche. Et nous avions pensé que le 3 octobre était la date la mieux indiquée, qui n’aurait gênée personne, à plus forte gêner la rentrée scolaire ou les pèlerins. Et nous ne savons pas que réserve l’avenir. C’est au Général Konaté de réunir les deux candidats et les différentes institutions de la transition afin que tous ensemble ils choisissent une date dans les brefs délais, pour ne pas qu’on dise encore qu’il est venu imposer une date. Parce que le drame d’un militaire est le suivant : quand vous tergiversez, on vous traite de mou, et lorsque vous allez dans le vif du sujet on vous traite de dictateur. Sincèrement, il faut qu’on en finisse avec cette transition pour aller au vote. Nous avons confiance en la CENI….

 

Ah bon, vous avez confiance en cette CENI pilotée par le nouveau Président, Louncény Camara ?

Tout d’abord, je refuse le terme de Président que vous attribuez à Louncény Camara. Il n’est pas Président de rien.

 

Mais Louncény Camara a pourtant été démocratiquement élu 17 voix sur 22 au cours d’une plénière ?

Pour nous, cette élection est nulle et non avenue. Nous ne reconnaissons que la Présidente par intérim, Hadja Aminata Mame Camara. Pour nous, Louncény Camara est un usurpateur, qui a été imposé par des gens qui pensaient que ça pouvait passer. Nous sommes dans le pays de l’impunité où il suffit de faire passer un acte, et deux jours après, il est avalisé. Tant que ce Monsieur sera à la tête de cette structure, nous ne le reconnaitrons pas et nous refuserons d’aller au second tour. Il faut que cela soit clair. Nous croyons en la CENI, telle qu’elle était autrefois. Mais depuis que l’argent a circulé, la corruption et le holdup électoral se sont invités dans cette institution, nous disons qu’il n’est plus question qu’elle organise à elle seule ce second tour. Quant à Louncény Camara, nous attendons que le droit soit dit. Parce que son vote est inique et son élection est allée à l’encontre des règles et procédures. Dire qu’il y avait le quorum, c’est une finalité. Le préalable est la présence de la Présidente par intérim, du ministre de l’intérieur (MATAP). Et puis, il faut que le numéro 5 du règlement intérieur soit respecté. Mais, ils ont bafoué les règles. Et maintenant, le seul argument qu’ils ont de dire que le quorum était atteint, quand il y a eu le vote. Après avoir distribué des centaines de millions à chacun des votants, je trouve que c’est inique et c’est même insultant. Pour nous, la CENI telle qu’elle est représentée actuellement n’est plus l’organe qui est prédestiné à organiser les élections.

 

Mais comment ramener aujourd’hui la confiance à la CENI afin qu’elle puisse organiser un second tour acceptable par tous ?

Il faut aider la CENI. Parce qu’on ne peut pas s’en passer. Il faut l’accompagner en la renforçant, en l’encadrant, en lui donnant une forme d’autonomie et d’indépendance afin qu’elle puisse organiser et proclamer des résultats provisoires, qui ne souffriraient pas de contestations. Il faudrait qu’il y ait des cadres autour de la cellule qui sera mise en place pour lui rapporter l’avancée des travaux au jour le jour. Il faudrait que chacun des deux candidats aient aussi la même approche, tout comme les autres organes de la transition. La CENI à lui seule ne peut pas organiser des élections. Maintenant, il faut l’encadrer quitte à mettre une équipe collégiale afin que tous ensemble, on puisse choisir une date, organiser le second tour.

 

D’aucuns disent que nous sommes dans l’impasse. Alors, quelles pistes de solutions proposée- vous pour sortir de la crise ?

Nous ne sommes pas dans l’impasse, mais dans un blocage. L’impasse, c’est quand il n’y pas plus de choix possible. On a le choix. Des manœuvres qui ont commencé depuis les tentatives de prééminence du MATAP sur la CENI. Un Premier ministre qui s’est invité dans la danse pour jouer aux prolongations. Tout le monde sait aujourd’hui que Mr Jean Marie Doré n’est pas neutre. De par sa fonction et de sa qualité d’ancien Porte- parole des Forces Vives, il aurait du l’être. Il était dans la même structure avec Alpha et Cellou, que nous GECI avions combattu. Aujourd’hui, nous ne sommes plus à la vindicte populaire ou au combat fratricide, mais on veut en finir avec cette élection et cette transition. Tout le reste n’est que fioriture. Cette transition, qui est à sa deuxième année, a trop duré. Idem que cette élection, dont le premier tour s’est tenu, il y a de cela trois mois. C’est ça l’essentiel. Il n’y pas d’impasse mais d’obstacle. Et le Président de la transition peut nous aider à trancher.

 

Mais à votre avis, qui tire les ficelles, qui a intérêt à ce que la transition perdure ?

Qui bloque, mais la main invisible est à tous les niveaux. Il y a une partie de l’armée qui veut s’accrocher au pouvoir. Il y a un gouvernement de transition qui a envie de jouer aux prolongations. Il y a aussi un Premier ministre qui veut rester aux commandes. Il y a enfin une CENI qui sait qu’après le second tour, elle sera désuète. Aujourd’hui, le blocage peut venir de partout et il est partout. On a l’impression que seul Cellou Dalein Diallo qui veut aller aux élections. Et on oublie que le premier à vouloir de ces élections est le Peuple de Guinée.

 

Dites- nous pourquoi il faut voter pour l’Alliance Cellou Dalein Président ? Quels sont vos atouts ?

Tout le monde dit que ces élections, c’est entre le Fouta et le Mandé ou entre les Peuhls et les Malinkés, alors qu’on oublie que le futur Président sera le Président de tous les guinéens. Aujourd’hui, le débat est vicié, à cause de la propagande politique. Parce que ce vote n’est pas entre deux ethnies, mais plutôt entre deux candidats arrivés en tête et qui réclament les suffrages de leurs concitoyens. Cellou a du vent en poupe. Lorsque nous personnellement, nous avons perdu au premier tour, nous avons fait notre choix. Mais ce choix n’a pas été dicté directement. Nous avons rencontré les deux finalistes et notre base de l’intérieur et de l’extérieur. Et après élection, nous avons choisi Cellou Dalein Diallo à cause de la similitude de nos programmes. En plus, Cellou rassure et il est capable de diriger le pays. Mais cela ne veut pas dire que nous gardons quelque chose contre Alpha Condé. Le choix est relatif et arbitraire. Le futur gouvernement d’ouverture de Cellou Dalein Diallo fera appel à toutes les compétences, y compris celles du camp adverse. Alpha Condé, bien que candidat malheureux, ne sera pas oublié. Au contraire, on le proposera à la tête d’une des institutions existantes. Nous ne sommes pas en adversité, mais en compétition. Que le meilleur l’emporte. Mais si nous l’emportons, nous tendrons la perche à l’autre camp. Ce n’est pas un problème ethnique. Et puis, autour de Cellou Dalein Diallo, il y a une composition multi- ethnique, multi- culturelle et nous estimons que nous sommes la meilleure équipe. Quand vous avez la chance d’avoir le premier qui se fédère avec le faiseur de rois, en l’occurrence Sidya Touré, qui est arrivé troisième au premier tour. Et autour de ces deux, il y a des compétences qui ont fait leur preuve aussi bien en Guinée qu’à l’extérieur. Je pense qu’il n’y a pas photo. Les ivoiriens diront qu’il n’y pas match et les américains, Game is over. Pour nous, Cellou est déjà le futur Président de la Guinée.

 

Mais vous vous démarquez du débat ethnique qui prévaut actuellement dans la cité.

La lutte contre la misère et l’ignorance seront l’une de nos principales préoccupations. Parce que lorsque vous êtes compétents et éduqués, on ne voit plus votre ethnie. C’est l’ignorance et la misère qui peuvent pousser quelqu’un à choisir un individu par rapport à des critères subjectifs. Mais si la Guinée avait œuvré sur des bases de compétence, mais on choisirait le meilleur des deux. C’est pourquoi nous voulons organiser ce débat. Et nous demandons à Alpha Condé d’accepter ce débat. Ce n’est pas un pugilat, ni un ring où ils vont s’insulter. Non, mais c’est plutôt pour permettre aux indécis de faire un choix. Le fait de s’asseoir à la même table pourrait réconcilier une partie des guinéens et le fait de discuter, de débattre permettrait non seulement de décrisper le climat politique mais aussi de montrer qui est le meilleur de deux. Quand je dis que nous sommes sûrs de notre victoire, cela ne veut pas dire que nous sommes prêts à la contestation ou à l’affrontement. Mais dans un pays normal, lorsqu’une alliance totalise aux alentours de 65 %, le deuxième tour devient une formalité. On a même besoin de respecter les délais réglementaires, comme ça s’est passé au Benin. En fait, le délai réglementaire était de 14 jours. Mais on veut inverser les tendances. Je dis non ! Comment voulez- vous faire perdre une coalition qui a totalisé 65 % au premier tour. Par miracle ! Pensez- vous que ceux qui ont voté pour l’Alliance Cellou ne voteront pas pour elles ? Pensez- vous que la consigne de vote ne sera- t- elle respectée ? Plus que la victoire, je vous donne rendez- vous pour un plébiscite. Car, Cellou gagnera avec au moins de 70 %.

 

Si l’Alliance Cellou Dalein Président remporte le second tour, quelles seront vos priorités ?

Si nous sommes élus, nous allons moderniser l’administration en profondeur, qui est aujourd’hui déliquescente. Ensuite, nous allons réorganiser les forces de sécurité et de défense. Elle sera une armée républicaine qui protégera les populations, leurs biens et les frontières. Dans ce même volet, nous allons restaurer l’autorité de l’Etat, tout en équipant et en entretenant la police et la gendarmerie. Dès lors, les guinéens se sentiront en sécurité dans leur pays, ce qui pourrait favoriser l’arrivée des investisseurs, aux touristes et aux étrangers. Du coté de l’agriculture, la Guinée qui nourrissait autrefois la sous- région reviendra à la terre, en assurant la sécurité alimentaire et en combattant l’exode rural. Au niveau du système éducatif, les programmes scolaires seront uniformisés et adaptés à la donne actuelle. Des soins de santé de proximité seront créés. Nous voulons une société équilibrée et moderne, où il y a le bien être généralisé, le partage des richesses et où il fait bon vivre. Nous avons une brise marine, une Presqu’île, un pays vert. Nous pouvons devenir le poumon de l’Afrique de l’Ouest, la locomotive de la sous- région, au point de vendre l’eau, l’électricité et les produits agricoles aux pays voisins.

 

Avez- vous un dernier mot à l’intention ?

Je n’ai qu’un message rassembleur. Tout est fait aujourd’hui pour diviser les guinéens ou pour faire croire que les Peuls sont avec les parents et que les malinkés en ont fait autant. Alors que la réalité est que toutes les familles sont transversales. Entre le discours et la réalité, il y a la différence. Ce qui nous importe, c’est la réalité. Nous sommes condamnés à vivre ensemble. Il n y a pas de divorce possible. Donnons- nous la main et allons à l’essentiel, en bâtissons ensemble une société nouvelle et un guinéen nouveau dans une Guinée unie et prospère. Mais cela sous- entend la rupture. On en a marre le changement dans la continuité ou l’éternel recommencement. L’Alliance Cellou Dalein Président est prête à s’attaquer au vrai problème du pays.

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