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Violences politiques -GUINEE-

22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 16:33


Nommée présidente du Conseil National de Transition (CNT) le 8 février dernier, Hadja Rabiatou Serah Diallo revient dans cette interview sur la polémique suscitée par son choix, ainsi que sur le rôle et l’importance de son institution.

L’Indépendant : Vous étiez en mission de travail à Genève (Suisse) quand on vous nommait à la tête du Conseil National de la Transition (CNT). Comment avez-vous accueilli votre nomination ?

Hadja Rabiatou Serah Diallo : J’ai accueilli avec satisfaction ma nomination à la présidence du CNT. Cette nomination est intervenue sur la proposition des Forces vives dont je suis membre. Contrairement à ce que certains disent, il n’y a aucune violation des accords de Ouaga. Il ne faut donc pas que les gens se servent de cela pour créer des problèmes inutiles. Parce que je suis moi aussi religieuse. Je ne sais pas comment les gens comprennent d’abord le terme « religieux ». Je pense d’ailleurs que les religieux ont gagné triplement. Parce que les deux autres Vice-présidents du CNT aussi sont des religieux. A mon entendement, il ne s’agit pas seulement d’être Imam ou Père et faire prier les fidèles pour être appelé religieux. Je suis religieuse aussi car je pratique une religion. En tout cas, les accords de Ouaga n’ont pas dit qu’il faut être Imam où Prêtre pour être nommé président du CNT. On a dit tout simplement un religieux. Ça pouvait être un religieux, mais Dieu a fait que c’est une religieuse qui soit là. Donc, il ne faut pas que les gens se servent de cela pour dire que les accords de Ouaga sont violés. Je pense que c’est maintenant que le travail commence. Il faut donc qu’on aille vite. Parce que moi je pense que s’il y a une volonté politique, un engagement fort, il n’y a pas de raison que l’on n’aille pas vers les élections. Tout il n’y a pas de raison que l’on ne respect pas les engagements dans les six (6) mois. A la place d’un gouvernement, j’aurai même souhaité aujourd’hui qu’il y ait un comité chargé de gérer les affaires courantes pour que l’on aille vite aux élections. Ainsi, le gouvernement qui sera là après les élections pourra vraiment s’occuper du développement. Il faut donc que les Guinéens sachent ce qu’ils veulent. Il ne faut pas qu’on rate cette occasion. Nous avons eu un président intérimaire très courageux, qui a un engagement fort, il faut donc l’accompagner. C’est ce qu’on avait raté quand le CNDD a pris le pouvoir. Parce que ce sont les Guinéens mêmes qui fabriquent les hommes et qui en font des dieux ou des montres. Donc, la balle est dans le camp des Guinéens. Parce que c’est encore le même peuple victime qu’on utilise pour barrer la route à la transition. Il faut que chacun s’y mette. Il ne faut pas dire que c’est tel qui est là, il est peulh ou soussou ou Malinké ou forestier. On doit dépasser cette étape. C’est un faux débat. C’est la Guinée que nous devons voir en face. Il faut avoir de ce peuple qui a pris son indépendance avant les autres peuples africains. La Guinée vit jusqu’à présent dans la misère, alors que le pays proprement dit n’est pas pauvre. Quand il y aura un gouvernement démocratiquement élu et une assemblée légitime, il y aura nécessairement la bonne gouvernance. Donc, il ne s’agit pas de dire que je m’en vais au CNT ou au gouvernement pour aller se partager un gâteau ou pour enrichir son CV. Je pense que ce n’est pas ce qui est intéressant. C’est plutôt ce qu’on peut apporter à la Guinée qui importe

Effectivement, quel sera le rôle principal du CNT. Est-ce un organe consultatif ou législatif ?

Premièrement, je dirai que c’est un organe législatif. Les accords de Ouaga sont très clairs là-dessus. Deuxièmement, il faut savoir que les Forces vives qui n’étaient pas à Ouagadougou n’ont fait que s’approprier ces accords. C’est pourquoi nous avons fait un document appelé ‘’Accord politique global», qui est déjà déposé au niveau du Président intérimaire, au niveau du Premier ministre et au niveau du Médiateur de la CEDEAO Blaise Compaoré. C’est dire que le Médiateur doit trouver un autre moment pour que cette fois toutes les parties concernées signent le document. Dans l’Accord politique global, les choses sont encore plus détaillées. Donc, le CNT est un organe législatif, qui remplace l’Assemblée nationale. Sinon, le CNT n’aura pas sa raison d’être. Je pense qu’il ne faut pas trop tenir compte de l’erreur qui s’est glissée dans le décret qui fait du CNT un organe consultatif plutôt qu’un organe législatif. C’est le terrain qui compte. J’espère que les attributions et la feuille de route qu’on donnera au CNT seront encore beaucoup plus claires. Mais, les Accords de Ouagadougou et l’Accord politique global font du CNT un organe législatif. Si pour cette courte période de transition, le CNT reste un organe consultatif, comme le Conseil Economique et Social (CES), il n’y aura pas de contrepoids. Or, il faudrait bien qu’il y ait un contrepoids pour surveiller l’action gouvernementale, pour amener la CENI et les autres à aller plus vite dans le chronogramme afin que l’on respecte le délai. Par ailleurs, on a besoin d’élaborer des lois. Autant dire que le CNT ne peut pas être un organe consultatif.

Ne craignez-vous pas de rencontrer des problèmes dans le choix des hommes et des femmes qui vont composer le CNT ?

Je pense que s’il y a une volonté d’évoluer de part et d’autre, rien ne pourra nous empêcher de progresser. Les Forces vives doivent prendre leurs responsabilités, parce que les quotas sont déjà fixés. La clé de répartition est claire. Les partis politiques qui savent leur quota doivent par conséquent pouvoir se retrouver pour designer des gens. Ce qui pourrait retarder le début du travail au niveau du CNT, c’est peut-être le choix des autres membres venant des autres structures. S’agissant du travail et en ce qui concerne la Constitution, les Forces vives ont déjà fait des propositions à la prise du pouvoir par le CNDD. Au regard de ce qui précède, je peux dire que le travail pourra être fait en moins de trois (3) mois.

Qu’est-ce que vous répondez à ceux qui disent que le CNT est une structure de plus?

Ce n’est pas une structure de plus. Parce que ce n’est pas le Gouvernement qui va réviser la loi fondamentale. Le CNT a son rôle à jouer, la CENI aussi a son rôle à jouer. Nous en avons discuté dès le départ. Et ce, même au vivant de feu président Lansana Conté. Paix à son âme. Une déclaration a même été faite et adoptée à propos. Donc, tout le monde était conscient qu’il fallait mettre le CNT en place. Même quand le CNDD aussi a pris le pouvoir, c’était un des points de la transition. Donc, personne ne peut dire que c’est une structure de plus. Encore une fois, c’est un faux débat. Je pense qu’il faut mettre l’intérêt supérieur de la nation avant l’intérêt personnel.

Pensez-vous à la possibilité d’organiser des élections en six (6) mois?

Oui, s’il y a une volonté politique. Si les acteurs de la transition et la population elle-même s’y impliquent, on pourra le faire. On a besoin de ces élections pour renouer avec la Communauté internationale et faire face à nos problèmes de développement.

Un message à l’endroit de vos compatriotes?

Je demande à la population guinéenne de ne pas se laisser aller à la division. Aujourd’hui, les Guinéens ont besoin de s’accepter dans la tolérance. Il n’est pas besoin de parler d’ethnie ou de religion. Le pays n’a jamais connu cela. Moi, mon premier mari était un chrétien et mes enfants sont des soussous. Donc, on est mélangé. J’ai mon premier petit fils qui vient de la Forêt. C’est pour vous dire que la Guinée est une famille. Il ne faut pas que la population se prête à ce jeu. Celui qui vous donne de l’argent pour vous mobiliser à d’autres fins, prenez et utilisez puisque c’est un bien mal acquis. Mais, sauver le pays et restez soudé, aimez-vous. N’oubliez pas mais pardonnez.

Propos recueillis par Samory Keita
L’Indépendant

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