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Le capitaine Moussa Dadis Camara qui a dirigé la Guinée du 23 décembre 2OO8 au 3 décembre 2009 s’invite dans la campagne du second tour de l’élection présidentielle guinéenne. Du moins, il fait l’actualité. En effet, depuis la rediffusion sur DVD de l’interview que le Capitaine Dadis a accordée, en octobre 2009, à une chaîne de télévision panafricaine, toute la Guinée vit au rythme d’un nouveau Dadishow. Mais, ce tout nouveau Dadishow a ravi la vedette à l’émission qui, un an durant, a branché tout le pays à la Radio Télévision Guinéenne (RTG). Il est même en voie de supplanter la chanson de la campagne du leader de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée intitulée : « Cellou Lâmikè ». Entendez, « Cellou est au pouvoir ».
Un tel succès s’explique par plusieurs raisons. Notamment par l’image que les Guinéens se font d’Alpha Condé, le leader du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) et qui viennent d’être confortés par l’ex-chef de la junte guinéenne. Des points saillants de l’interview en question font apparaître un Alpha Condé à plusieurs visages :
Alpha Condé, un personnage à controverse
Le Président du RPG a toujours été un personnage controversé dans le paysage politique guinéen. Cela commence par son titre de « Professeur » que beaucoup de citoyens estiment qu’il l’a usurpé. Reconnaissons qu’il n’est pas le seul dans ce cas. Bien d’autres, dont des candidats à la présidentielle, se sont auto-baptisés « Professeur » avec un simple Diplôme d’Etudes Supérieures (DES). Avec la mention passable, s’il vous plaît !
Aux yeux du Capitaine Dadis tout cela importe peu. Il n’en a nullement fait allusion dans l’interview citée. Son centre d’intérêt se situe ailleurs. Sur la personnalité du Professeur Alpha Condé ; son caractère ; sa peur et sa haine contre Cellou Dalein Diallo ; son ethnocentrisme anti-forestier. Pire, Moussa Dadis dépeint un Alpha Condé apatride ayant été impliqué dans plusieurs complots et agressions contre la Guinée.
« Alpha Condé, un homme rusé et dangereux »
Selon Dadis Camara, Alpha Condé, en vétéran de l’opposition, a piégé ses adversaires politiques, le 28 septembre 2009. Il se serait mis d’accord avec eux pour la manifestation du lundi noir. Mais, comme à son habitude, il a préféré rester à l’étranger et envoyer les autres à l’abattoir. L’histoire ne dit pas s’il avait donné consigne à ses militants de rester chez eux. Une évidence cependant.
Les opposants d’alors : Sidya Touré, François Lounsény Fall, Cellou Dalein Diallo, Jean Marie Doré, Mouctar Diallo, Mamadou Bah Baddiko étaient bel et bien au stade du 28 septembre. Les uns et les autres ont subi, à de degré divers, les violences des forces de l’ordre. Ils ont échappé de justesse, après avoir reçu des coups et blessures qui ont valu l’évacuation de certains d’entre eux à l’étranger. C’est le cas de Cellou Dalein.
Le Capitaine Dadis reconnaît pour la première fois, que les «autres étaient blessés » avant de demander si le leader du RPG l’était. Répondant par la négative, il affirme qu’ « Alpha Condé est rusé. Il a piégé les autres. » Avec instance, il dénonce la ruse du leader du RPG et le taxe « d’homme dangereux ». Le comportement d’alpha Condé, lors des événements du 28 septembre 2009, aurait-il servi de simple alibi à Dadis ? Sûrement pas ! car les Guinéens avaient majoritairement dénoncé l’attitude de l’intéressé. Pour Dadis, comme pour certains Guinéens, Alpha Condé est non seulement un trouillard, mais aussi un félon. C’est-à-dire quelqu’un qui trahit ses semblables et ses camarades de combat. Un comportement qu’il fustige d’autant plus qu’il considère, à juste titre, le leader du RPG comme « le plus âgé et le plus expérimenté».
« Alpha Condé, un éternel opposant et un candidat ambulant »
C’est sans ambiguïté que le Capitaine Dadis affirme qu’Alpha Condé est l’un et l’autre à la fois. Plusieurs décennies dans l’opposition, déambulant dans les capitales occidentales et dans les sièges des institutions internationales, le leader du RPG n’a jamais élu domicile en Guinée. Cela justifie que Dadis le taxe de fuyard et d’éternel candidat ambulant.
Pour Dadis, le leader du RPG est un opposant « qui erre » de pays en pays et qui n’a jamais assisté à aucun événement important en Guinée. Ayant été absent au stade du 28 septembre, il n’a également posé aucun acte positif qui vaille d’être retenu par l’histoire. Cela, contrairement aux leaders qui, avec leurs militants et au prix de leur vie, ont bravé les forces de l’ordre.
Ces appréciations de Moussa Dadis relèveraient-elles de simples préjugés, pourrait-on se demander ? A bien comprendre le raisonnement, basé sur des faits et observations réelles, on ne saurait démentir l’ex-président du CNDD. On pourrait ajouter que les victimes dont les parents ou amis ont rejoint le RPG se retourneraient aujourd’hui dans leur tombe. Il est incompréhensible que des hommes qui avaient été considérés comme des combattants pour la démocratie, du fait de leur présence au stade du 28 septembre, s’allient avec les déserteurs. Nul ne pourrait nier que ce sont les raisons subjectives liées au sentiment ethnique qui ont guidé leur ralliement.
« Le leader du RPG, un habitué à l’atteinte de l’intégrité territoriale de la Guinée. »
Dans son argumentaire, Moussa Dadis Camara soutient qu’Alpha Condé a participé à l’agression portugaise contre la Guinée le 22 novembre 1970. D’après lui, ce dernier « était aux larges » ; sur les côtes guinéennes, avec les mercenaires qui ont débarqué à Conakry. Si cette affirmation peut être sujette à caution, la présence à Piné du leader du RPG au lendemain des élections de décembre 1998 ne fait l’ombre d’aucun doute.
Arrêté, emprisonné avant d’être jugé et condamné, Alpha Condé n’a jamais nié les faits. L’épisode de Piné, peut-on dire, lui colle à la peau comme la hyène et son odeur. Et pour cause ? Les raisons qu’il a opposées à la thèse de l’Etat guinéen sur le motif de cette présence n’ont convaincu personne. Bon nombre de citoyens se demandent pourquoi, en tant qu’opposant historique et candidat à la présidentielle, tentait-il de sortir du pays au lendemain de l’élection dont les résultats sont attendus.
Dans son interview, Dadis Camara enfonce le clou en se posant des questions sur le patriotisme du leader du RPG. A l’image de Dadis, on pourrait se demander pour quelles raisons, quelqu’un qui voudrait diriger un pays se coalise avec des envahisseurs étrangers ? Comment peut-on recruter des mercenaires pour attaquer les populations civiles ? Pourquoi porter attente à l’inviolabilité des frontières nationales si on est tant soit peu animé d’un sentiment patriotique ? La réponse viendra de Dadis qui affirme : « Alpha Condé est un habitué des faits ».
Le Capitaine Dadis ne doute pas de la forfaiture de l’homme qu’il qualifie, à plusieurs reprises de « rusé, méchant et dangereux ». Malheureusement, les sorties médiatiques du « Professeur » Alpha Condé ne démentent pas un tel jugement.
A suivre : « Alpha Condé, un ethnocentrique anti-forestier »
Par Lamarana Petty Diallo, France