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Violences politiques -GUINEE-

26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 00:34

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DECLARATION DE L’ALLIANCE DES BATISSEURS ET DES ORGANISATIONS DE LA SOCIETE CIVILE GUINEENNE

A L’OIF

PARIS, LE 25 NOVEMBRE 2010

 

Monsieur le Représentant de l’OIF

Nous vous alertons sur la nécessité d’arrêter les violations des droits de l’homme en Guinée et   l’épuration ethnique en cours afin d’éviter le processus de rwandisation de la Guinée.

Malgré l'état d'urgence et le couvre-feu, les exactions continuent. Il faut rappeler qu'en 2007 c'est sous cet état d'urgence que les forces de l'ordre commettaient toutes sortes d'exactions dans les concessions. 

Une épuration ethnique a commencé en Guinée avec des forces de l'ordre qui investissent les quartiers et maisons des peuhls y commettant toute sortes d'exactions (viol, assassinats, embarquements des hommes vers des destinations inconnues et surtout volonté d'effacer toute trace d'où la confiscation des portables, appareils photos etc). Une équipe de France 24 a fait les frais de cette attitude des forces de l'ordre.

Nous exigeons le respect du processus démocratique  amorcé en République de Guinée. Nous refusons le pouvoir arraché frauduleusement par alpha condé avec la complicité de la CENI et des autorités de la transition qui n’ont pas été pas neutres et qui ne protègent pas les populations civiles exposées aux dérapages de l’armée.

 

Nous appelons la Communauté internationale à assumer leur responsabilité en matière de respect des droits de l’homme [1]et du processus de démocratisation  amorcé en Guinée.

 

Faudrait-il s’accommoder des massacres et n'intervenir qu'en cas d'affrontements armés pour s'interposer comme au Rwanda, etc…….?

L’éclatement d’un conflit intra étatique aura des conséquences néfastes dans toute la région, notamment dans de nombreux Etats voisins qui se relèvent à peine d’années de conflits sanglants et qui comptent en leur sein des ressortissants des deux communautés.

 

C’est pour éviter d’attendre l’aggravation de la situation avant d’intervenir que nous sollicitons une plus grande implication de l’ONU, de l’UE, de l’OIF, des organisations africaines et des Etats amis comme les Etats-Unis et la France afin d’éviter le pire à la Guinée.

 

Il est plus qu’urgent et nécessaire d’y déployer une force de prévention des conflits ainsi qu’une commission internationale d’enquête chargée de faire la lumière sur les violences de ces dernières semaines et les allégations d’empoisonnement et de sanctionner les responsables.

Nous rappelons que les autorités actuelles de la transition ont été nommées à la suite de crimes que la commission d’enquête des Nations Unies a qualifiés de crimes contre l’humanité.

 

Nous rappelons que les principaux éléments de l’armée impliqués dans ces crimes n’ont jamais été punis et sont mêmes associés à la gestion du pouvoir. Il est peut être temps de mettre fin à l’impunité en Guinée pour favoriser l’émergence d’un Etat de droit respectueux des droits des personnes et des peuples.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Représentant de l’Organisation Internationale de la Francophonie,  l’expression de notre plus haute considération.

 

 

Pièce jointe : Historique et éléments détaillés des violences des droits de l’homme et de la manipulation frauduleuse du processus électoral en Guinée

 

 

Copie à :

 

Secrétaire général de l’ONU,

Messieurs les Représentants des Organisations internationales,

Madame et Monsieur le Ministre des Affaires étrangères

L’Union Européenne

L’Union africaine

La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest

Groupe international de contact sur la Guinée

Ministre des Affaires étrangères et européenne de la République française

Secrétaire d’Etat des Etats-Unis d’Amérique

 

 

 

SIGNE : L’ALLIANCE DES BATISSEURS, CELLOU DALEIN PRESIDENT

LES ORGANISATIONS DE LA SOCIETE CIVILE GUINEENNE



[1] Nations Unies, Union Européenne, Union africaine, Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, Organisation internationale de la Francophonie, Groupe international de contact sur la Guinée, Ministre des Affaires étrangères et européenne de la République française,  Secrétaire d’Etat des Etats-Unis d’Amérique, Fédération Internationale des droits de l’homme, Amnesty International, Human Right Watch, Cour Pénale Internationale

 


 

HISTORIQUE ET ELEMENTS DETAILLES DES VIOLATIONS DE DROITS DE L’HOMME COMMISES ET DE LA MANIPULATION FRAUDULEUSE DU PROCESSUS ELECTORAL EN GUINEE

 

Depuis samedi 23 octobre 2010 des violences à caractères ethniques ciblant les Peuls ont éclaté dans la capitale dans les quartiers favorables au Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) du candidat Alpha Condé et de ses amis regroupés dans « L’Alliance arc-en-ciel » ainsi qu’en Haute Guinée dans les villes de Siguiri et de Kankan et en Guinée forestière fiefs électoraux de cette alliance. Ces violences à caractère ethnique ont occasionné des morts, des blessés et l’exode des populations peules vivant dans les régions de la Haute Guinée et la Guinée forestière pour se rendre dans des zones plus sûres. Ces populations inscrites sur les listes électorales de ces régions ne peuvent tout simplement pas voter au second tour.

Ces violences sont intervenues après les accusations lancées la veille, le vendredi 22 octobre par l’alliance Arc-en-ciel sur l’ « intoxication » ou « l’empoisonnement » de certains de ses militants. Les partisans d’Alpha Condé ont affirmé  que certains de leurs militants ont été « empoisonnés » ou « intoxiqués » en consommant des boissons et des yaourts lors du meeting de vendredi après-midi. Ces accusations qui imputent les empoisonnements aux Peuls ne reposent sur aucune enquête et sur aucune preuve. Il est d’ailleurs important de rappeler que le principal fabriquant de yaourt en Guinée est l’un des leaders politiques de l’Arc-en-ciel en l’occurrence Mamady Diawara du parti pour la Solidarité et le Travail (PTS) connu sous le nom de Mamady yaourt Guinée.

 

Aucune investigation n’a été menée pour déterminer la nature du conditionnement des yaourts ainsi que le mode de conservation. Aucune indication n’a été donnée sur les dates d’expiration figurant sur les emballages. Pire, ceux qui ont lancé l’accusation n’ont aucune compétence scientifique pour se permettre de telles allégations. C’est ainsi que l’ancien Premier Ministre leader du Front uni pour la démocratie (FUDEC) et porte parole de l’Alliance arc-en-ciel Lounceny François Fall a soutenu lors d’une conférence de presse après le début des violences contre les Peuls que « Nous avons reçu des informations concernant la camionnette. Et vraisemblablement c’est cette camionnette qui a transporté l’eau qui a justement causé ces douleurs à nos militants. Le ministère de la Sécurité est saisi de la question et va devoir mener des enquêtes pour faire toute la lumière. Dans cette camionnette, on a naturellement trouvé de l’eau et aussi des bouteilles d’acide »[1]. Ainsi cet ancien Ministre des Affaires étrangères est certain qu’il s’agit de l’acide qui serait le poison alors qu’aucune enquête ne l’a déterminé.

Selon Monsieur François Fall « Depuis hier nuit, nous sommes au chevet des malades. Le Pr Alpha a fait ce matin deux fois le tour des hôpitaux. On a constaté qu’il y a des malades couchés à même le sol. A l’hôpital Ignace Deen, les médecins n’ont même pas été capables de trouver des médicaments pour donner aux malades. Le Pr Alpha lui-même a pris la liste de médicaments prescrits. Et l’alliance Arc-en-ciel est en train de chercher ces médicaments en ville pour mettre à la disposition des hôpitaux ».

Cependant selon la directrice d’hôpital de Ignace Deen « il n’y a pas eu de décès ni de cas inquiétants »[2].

 

Les violences déclenchées par les militants de l’Alliance arc-en-ciel sans avoir attendu les conclusions d’une quelconque enquête et surtout l’imputation de ces accusations à une ethnie toute entière montre la logique de va t-en guerre prônée par les membres de cette alliance. Elle est une escalade dans les propos de ses responsables notamment Monsieur Alpha Condé qui a bâti toute sa campagne sur la phobie des Peuls les assimilants à des étrangers et voulant les opposer aux autres communautés avec lesquelles lesquels ils cohabitent et partagent un destin depuis des siècles. 

 

Des propos contre les Peuls à l’incitation à la haine ethnique de Monsieur Alpha Condé

 

Les accusations faisant des Peuls ceux qui ont voulu empoisonner les militants de l’arc-en-ciel rentrent dans une stratégie « d’ethnicisation » du débat politique par le candidat Alpha Condé.

-Le 22 novembre 2009 lors d’un meeting politique à Bagnolet en région parisienne organisé par les Forces vives, à une question d’un membre de l’assistance demandant à Monsieur Alpha Condé les raisons de son absence du pays pendant des moments importants comme la lutte contre le référendum de 2001 et le 28 septembre 2009, le leader du RPG au lieu de répondre à la question s’est emporté en déclarant que « ce sont des gens comme vous qui dites que la plupart des victimes (du 28 septembre) sont des Peuls ».

-Avant le premier tour, pendant la finalisation des listes électorales et des bureaux de vote, Alpha Condé et ses lieutenants de campagne s’en sont à plusieurs reprises pris à la CENI l’accusant de privilégier la Moyenne Guinée (région à dominance peule) au détriment selon eux de la Haute Guinée (région à majorité malinké). Les deux autres régions naturelles du pays, la Guinée maritime (dominance soussou) et la Guinée forestière (multiethnique sous le nom de  forestiers) ne semblaient alors pas les préoccuper.

-Mais après le premier tour où il a obtenu 18% des voix, alors que son adversaire principal arrivé en première position en a eu 43% et que le candidat arrivé en troisième, l’ancien Premier Ministre Sidya Touré avec 13% s’est rallié à Cellou Dalein Diallo, la campagne de l’Arc-en-ciel va se focaliser sur le débat ethnique. C’est ainsi que l’ancien gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée Fodé Soumah connu sous le pseudonyme de Aldjanna Fodé (Paradis Fodé) va demander aux habitants de Boké (ville de la Guinée maritime, à majorité Soussou) de voter pour Alpha Condé car sa mère est soussou.

Alpha Condé quant à lui, s’adressant à des quotidiens français s’en prend pêle-mêle aux Peuls et aux commerçants peuls. Monsieur Condé financé entre autres par les diamantaires guinéens et  qui comprend dans son alliance l’ex Patron des patrons Mamadou Sylla dont la libération par Lansana Conté est à l’origine des révoltes de 2007, de Kerfalla Person Camara alias KPC actuel homme d’affaire bénéficiaire d’importants contrat de gré à gré avec l’Etat, s’en prend aux commerçants peuls. Ainsi le 11 août, lors d’une conférence de Presse dans un hôtel de la Capitale, en compagnie de quelques uns de ses alliés, Alpha Condé a déclaré que « ...le RPG est ouvert à tout le monde... Je suis contre un système et non contre une personne. Notre combat n’est pas contre les Peulhs. Mais nous combattons une mafia et un système mafieux qui veulent s’accaparer du pays ».  

 

Après la décision de Monsieur Sydia Touré de rejoindre l’alliance de Cellou Dalein Diallo, Monsieur Condé se permet d’affirmer sans aucun sondage ou autre étude qui puisse étayer ses propos, que Sidya Touré a perdu sa base électorale et il a assuré que lui Alpha Condé « je suis soutenu par la Basse et la Haute Guinée et la Guinée forestière. C'est l'expression du refus de la volonté de domination des peuls » (Le Monde 2 sept 2010). Et sur la chaîne de télévision française télésud il soutient « Sur les 24 candidats au premier tour, les 18 ont fait alliance avec moi. Sur les 4 Peuls leaders, 2 sont dans mon alliance et les autres disent qu’ils ne donnent pas de consigne de vote. Aucun candidat peul n’a rejoint Cellou Dalein alors que tous les candidats malinkés sont venus derrière moi. C’est pourquoi cette alliance s’appelle Arc-en-ciel ». Alors que les dernières violences étaient en cours, le dimanche 24 octobre, Alpha Condé s’exprimant sur la chaîne française France 24 a déclaré qu’il a rattrapé le retard qu’il avait face à son principal concurrent.

 

 Interrogé par un quotidien français sur les risques de violences intercommunautaires -- notamment entre les peuls représentés par M. Diallo et les malinkés par M. Condé --, Alpha Condé a déploré "une ethnicisation du débat par les peuls". "Ils ont dit "c'est notre tour"[3]. Le résultat, c'est qu'ils ont mobilisé les Guinéens contre eux »[4]. Une telle accusation de Monsieur Alpha Condé est purement fortuite dans la mesure où son adversaire n’a jamais orienté le débat politique sur des bases ethniques. Nous mettons l’Alliance arc-en-ciel au défi de nous dire le moment et les circonstances où son adversaire politique du second tour aurait tenu de tels propos. C’est dommage qu’un candidat septuagénaire qui prétend se battre depuis plus de cinquante ans pour l’instauration d’un Etat de droit et qui vit depuis des dizaines d’années dans l’une des plus vieilles démocraties du monde, en l’occurrence la France n’ait pas d’autre programme politique que l’expression de la haine à l’égard d’une composante de la Nation dont il aspire la magistrature suprême. 

Il est également regrettable que l’Alliance arc-en-ciel qui comprend parmi ses membres des anciens Premiers Ministres qui ont été représentants des Nations Unies dans des Etats en conflits intra étatiques notamment en Somalie, Lansana Kouyaté et François Fall joue aujourd’hui la  fibre ethnique tout en connaissant pertinemment les dangers qu’elle revêt dans le déclenchement des conflits en Afrique.

 

Après les mots tendancieux où ils stigmatisent les Peuls, les militants et sympathisants de l’Alliance arc-en ciel vont progressivement passer aux actes qui vont atteindre l’horreur avec les violences du week-end précédent.

 

Le 2 août, plus d’un mois après les résultats du premier tour dont il était un des rares candidats parmi les vingt quatre à n’avoir pas contesté, n’ayant pas fait de recours à la Cour suprême à laquelle son parti a demandé de valider les résultats proclamés, Alpha Condé déclare « « J'ai mis en cause certains membres de la CENI. Il faut que cela soit clair et que les suffrages de nos militants ne soient plus détournés. Nous allons demander à nos militants de faire respecter leurs suffrages. Nous voulons la paix dans ce pays. Nous ne voulons pas que ce peuple soit privé de ses suffrages. Si au second tour le suffrage de nos électeurs n'est pas pris en compte, nous ferons appel à nos militants [5]».

Quelques semaines après cette déclaration, le 8 septembre c’est contre toute attente que la Coordination régionale mandingue (celle de Haute Guinée) est sortie de son rôle culturel et religieux et a été reçue par le Premier Ministre Jean Marie Doré pour faire des revendications dans le sens de celles d’Alpha Condé.  Les trois autres coordinations régionales se sont jusque là gardées de faire des revendications politiques ou d’exprimer des menaces de boycott du second tour des élections. Depuis la survenance des attaques qui conduisent des milliers des Peuls à quitter les régions de Haute Guinée et de Guinée forestière cette Coordination régionale ne s’est pas exprimé pour apaiser les tensions et rassurer les populations.

 

Le pays connaît l’escalade à partir du samedi 12 septembre, le dernier week-end devant précéder la tenue du second tour qui était initialement fixé au 19 septembre avec les affrontements entre les militants des deux partis finalistes dans le quartier Hamdallaye où se trouvent les sièges des deux partis, le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) et l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG). Ces affrontements vont provoquer des morts, des blessés et d’importants dégâts matériels.

 

Instauration d’un climat de terreur en vue de dissuader les électeurs

Depuis les affrontements du week-end du 12 septembre 2010, la fin officielle de la campagne et l’approche de la date sans cesse repoussée du second tour, sont sources de violences.

Le 21 octobre 2010, pour la fin  de sa tournée Cellou Dalein Diallo a animé un meeting politique à Conakry. A la fin du meeting ses militants sur le point de se disperser pour rentrer chez eux ont été attaqués dans différents quartiers par des jets de pierres par les militants de l’Alliance arc-en-ciel. C’est au lendemain de ces agressions que l’Alliance arc-en ciel a à son tour organisé un rassemblement politique à l’issue duquel les membres de l’alliance ont accusé les Peuls d’avoir empoisonné leurs militants.

Incapacité et complicité des forces de sécurité et des autorités de la transition

La FOSSEPEL

Une semaine avant les affrontements, le Conseil des droits de l'homme des Nations unies a mis en cause  l'armée et les forces de sécurité guinéenne pour les graves violations des droits de l'homme auxquelles elles se sont livrées quelques jours auparavant. Le Conseil a notamment indexé des éléments de la Force Spéciale de Sécurisation du Processus Electoral (FOSSEPEL).

Le communiqué  a indiqué son inquiétude sur le caractère ethnique de certaines violences.

Des éléments de la FOSSEPEL ont participé à la répression des manifestants proches de Cellou Dalein Diallo qui réclamaient une personne neutre à la tête de la Commission électorale nationale. Le Conseil s’est dit « particulièrement préoccupé par le fait que certains membres des forces de sécurité semblent avoir fait des menaces, et même commis des agressions, sur la base de l'appartenance ethnique des victimes ou de leur affiliation politique ».

Le président de l’Organisation nationale des droits de l’Homme (ONDH) a par ailleurs accusé les forces de l'ordre d'être « entrées dans les quartiers pour y violer des femmes » qui n'étaient pas des sympathisantes de Cellou Dalein Diallo.

Des agents de la FOSSEPEL ont également participé à l’accréditation des rumeurs sur la présence de l’acide (sans déterminer quel acide) dans une camionnette et qui aurait été utilisé pour empoisonner les militants de l’Alliance arc-en-ciel[6].

La garde présidentielle et les forces de l’ordre

La garde présidentielle a participé à de nombreuses reprises à  des actes de violence à l’égard des militants de l’Alliance formée par Cellou Dalein Diallo. Le samedi 23 octobre 2010, des éléments de cette garde ont violenté le vice président de l’UFDG, Monsieur Oury Bah dans la concession du candidat Cellou Dalein Diallo alors que le président par intérim de la transition guinéenne le général Sekouba Konaté était en discussion avec le candidat de l’UFDG dans sa demeure.

Il sied de rappeler que le général Sekouba est membre du CNDD qui a pris le pouvoir par un coup d’état au décès du général Lansana Conté. Il est le Ministre de la Défense et commandant en chef de l’armée. Plusieurs membres de l’armée guinéenne sont mêlés aux atrocités du 28 septembre 2009 sans jamais avoir été inquiétés ou poursuivis en justice. Un rapport lui a été transmis par le général Cissé quant à la nécessité et aux moyens de restructurer l’armée guinéenne, rapport qui n’a pas été porté à la connaissance de l’opinion.

Intimidation des militants des droits de l’Homme

Les forces de sécurité mènent des campagnes d’intimidation à l’égard des militants des droits de l’homme. C’est ainsi que Monsieur Souleymane Bah de l’Organisation guinéenne des droits de l’Homme (OGDH) victime lors des évènements du stade du 28 septembre qui était invité à Paris par l’ONG Aide et Actions à témoigner pour l’anniversaire du massacre, a fait l’objet de menaces à son retour à Conakry.

Le 23 octobre  le président de l’ONDH, Aliou Barry, a été violemment frappé par la police. Selon plusieurs témoins,  Aliou Barry aurait été arrêté par les forces de l'ordre puis roué de coups. La police l'aurait traîné dans un atelier pour continuer à le frapper à coups de crosse. Il a ensuite été conduit au commissariat de Hamdallaye où il a été retenu pendant près d'une heure avant d’être conduit à l'hôpital Ambroise Paré de Conakry pour y recevoir des soins.

Complicité active du Premier Ministre Jean Marie Doré

Après le démenti de la Directrice de l’hôpital Ignace Deen sur la gravité des allégations d’empoisonnement et d’intoxication alimentaire formulées par l’alliance arc-en-ciel, le Premier Ministre qui n’appartient pas au corps médical, a décidé de la limoger aux motifs que «  Personne n’a le droit de dire quoi que ce soit sur cette affaire d’empoisonnement avant le rapport des vrais spécialistes. Malheureusement, la directrice a tenu des propos en présence des parents des victimes qu’il ne faillait pas ». Jean Marie Doré a sanctionné la directrice mais n’a pas pris de mesures contre les membres de l’arc-en ciel dont les portes paroles sont à l’origine de ces allégations.

Il y a déjà quelques mois, les autorités de la transition ont enfermé, sans aucun motif et sans jugement, un ancien membre du RPG, Sekou Souapi Kourouma qui a mis en cause Alpha Condé dans les agressions rebelles de 2001[7].

Les populations peuls et malinkés se côtoient dans le même espace géographique depuis des siècles  et la colonisation française a favorisé leur cœxistence dans plusieurs pays de la sous région. Aujourd’hui qu’un candidat en manque d’idées politiques mette en cause le principe d’intangibilité des frontières adopté par l’Organisation pan africaine en considérant une composante de la Nation guinéenne comme étrangère au pays où elle vit depuis des siècles est très dangereux pour la stabilité de la Guinée et de l’ensemble de la sous région ouest africaine.

Nous vous prions Monsieur le Secrétaire général, Messieurs les Représentants des différentes organisations, Madame et Monsieur le Ministre des Affaires étrangères d’agréer l’expression de notre très haute considération.

PS : joint à la présente un état des lieux de la situation politique actuelle depuis le premier tour des élections et quelques articles de presse.

Rappel sur le processus électoral en Guinée

Le processus électoral engagé en République de Guinée depuis la conclusion de l’Accord de Ouagadougou le 15 janvier 2010 est aujourd’hui dans l’impasse. Cet accord prévoyait l’organisation de l’élection présidentielle dans un délai de six mois. Si le premier tour de cette élection a eu lieu le 27 juin 2010, l’incertitude la plus totale laisse subsister le doute quant à la tenue du second tour. 

Incessant report du second tour

Conformément à la Constitution et au Code électoral, le second tour de l’élection présidentielle est fixé au quatorzième jour après la proclamation des résultats définitifs du premier tour.

La Cour suprême a confirmé les résultats de l’élection du 27 juin 2010, le 20 juillet 2010. Le second tour aurait du avoir lieu dans la première dizaine du mois d’août.

Dès le 19 juillet 2010, le Premier Ministre voulait l’annulation pure et simple de l’élection. Puis après la proclamation officielle par la Cour suprême il n’a eu de cesse de vouloir repousser la date du second tour déniant même à la CENI le choix de la date du second tour.

Après avoir invoqué la fête chrétienne de l’Assomption pûis le mois de Ramadan , le second  tour a plusieurs fois été repoussé. Puis, après consultation des deux candidats candidats arrivés en tête au premier tour,  la date du 19 septembre avait été retenue.

Mais, le 15 septembre, à quatre jours de la date prévue pour le second tour, le Président par intérim et Ministre de la Défense, le général Sekouba Konaté dans une adresse à la Nation, a annoncé le report sine die du second tour.

Des actes de sabotage de l’élection présidentielle

Au lendemain du nouveau report du second tour de l’élection présidentielle, les locaux et le matériel de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) ont pris feu dans l’enceinte du camp Almamy Samory Touré qui est le quartier général de l’état major des forces armées guinéennes.

Deux jours plus tard, la veille de la date initiale du second tour, c’est un autre incendie qui a ravagé le quartier général de la Force Spéciale de Sécurisation du Processus Electoral (FOSSEPEL).

Aucune enquête n’a été diligentée pour déterminer les causes de ces incendies et les autorités ont hâtivement conclu qu’ils sont dus à un cours circuits. Il est courant en République de Guinée que les autorités et la presse attribuent les incendies à des cours circuits, ce sans enquête préalable.

Manipulation de la Commission électorale nationale indépendante

Le 21 septembre, soit deux jours après la date initiale prévue pour le second tour, la Commission électorale indépendante a organisé une assemblée portant sur le choix d’une nouvelle date pour le second tour. Mais en violation du règlement intérieur et de la loi portant sur la CENI, certains membres ont profité de cette assemblée pour faire élire un nouveau Président en la personne de Monsieur Lounceny Camara, proche du candidat Alpha Condé, destituant de ce fait celle qui assurait la présidence par intérim de la CENI, Madame Aminatou Camara.

Deux semaines auparavant, le 09 septembre 2010, le juge Seydouba Camara du Tribunal correctionnel de Dixinn avait condamné le président de la Commission Électorale Nationale Indépendante (Ceni) Ben Sékou Sylla et le chargé de la planification Elhadj Boubacar Diallo à un an de prison ferme, au paiement d’une amende de 2 000 000 FG et le tout assorti d’une déchéance de leurs droits civiques pendant deux ans. Il a prononcé cette condamnation en violation de la règle d’immunité qui protège les membres de la CENI et sans avoir demandé la levée de cette immunité. La condamnation a été prononcée sur la seule foi des allégations du candidat adverse qui souhaitait récuser le membre de l’UFDG de l’Institution. Le Président de la CENI, Ben Sekou Sylla, qui décédera quelques jours après ce jugement, s’était déjà retiré pour des raisons de santé et avait transféré sa charge de président avant même le dépôt de la plainte de. A la mi-octobre, le même juge va condamner Lounceny Camara aux mêmes peines que les deux précédents pour subtilisation des procès verbaux lors du premier tour.

 

Après plusieurs semaines de crise  de confiance profonde vis-à-vis de la CENI qui ne montre plus des garanties d’indépendance, de neutralité et d’objectivité pour pouvoir organiser sereinement le second tour  et les élections législatives, le général Sekouba, à trois jours de la nouvelle date donnée pour le second tour à savoir le 24 octobre, a nommé le général Malien Toumany Sangaré à la tête de la CENI.

 Après avoir de nouveau reporté les élections, le général Toumany Sangaré a fixé la date du second tour au 7 novembre. Le problème est que cette élection risque d’intervenir à quelques jours des violences organisées et qui ont conduit au déplacement de nombreuses personnes obligées de fuir afin d’éviter un lynchage collectif..

Une attitude ambiguë de l’Exécutif

L’impasse actuelle du processus électoral est la résultante de plusieurs actes posés par l’exécutif qui laissent planer le doute quant à sa volonté de respecter l’Accord de Ouagadougou.

En août dernier en violation de la Constitution et du Code électoral, le Premier Ministre de la Transition avait décidé de modifier les articles 2 de ces deux textes afin de faire du Ministère de l’Administration du Territoire ( MATAP) la principale institution chargée de gérer les élections. Il était appuyé dans cette volonté par l’ancienne Ministre des affaires sociales et candidate  du parti Convention démocratique panafricaine (CDP) Madame Saran Daraba, qui a obtenu 2 969 voix ; soit 0,11 pour cent   au premier tour, et est alliée de Monsieur Alpha Condé.

Par ailleurs la poursuite de la conclusion d’importants contrats miniers et la nomination des hauts cadres de l’Administration et de certaines institutions ne sont pas très rassurant quant à la volonté de l’exécutif de s’écarter du pouvoir dans un avenir très proche. Rien n’est non plus dit sur la réforme de l’armée prévue par l’Accord de Ouagadougou.



[2] AFP 22 octobre 2010

 

[4] Le candidat de l'Alliance Arc-en-ciel à Paris: "Nous savons qu'il y a eu une fraude gigantesque au premier tour. Je n'accepterai pas de fraude au second tour", dixit Pr. Alpha Condé,  lexpress.fr Le piège ethnique des élections en Guinée, 14 septembre 2010

 

[6] Les militants de l’Arc-en-ciel font passer des rumeurs d’empoisonnement qui font éclater des émeutes dans Conakry http://www.kibarou.net/actuplus.php?id=calb755 7, 22 oct 2010.

[7] Sékou Souapé Kourouma souffre d’un problème cardiaque en prison http://kibarou.net/actuplus.php?id=calb7610, 28 octobre 2010

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