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Violences politiques -GUINEE-

1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 01:26

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Guinea-Forum : Qui était derrière cette rébellion armée contre la Guinée, rébellion qui a causé des milliers de morts dont des centaines de militaires Guinéens ?

 

M. Kourouma Sékou Souapé : Je dois l’avouer sans gêne, sans hésitation que notre mouvement armé était une branche militaire du RPG et le « Professeur » Alpha Condé était le tireur de ficelles derrière le rideau. Nous travaillions sous ses instruction parce qu’il détenait le robinet financier du mouvement.

 

Photo : M. Kourouma Sékou Souapé : Pose avec sa lance-roquette.

 

 

 

Depuis, 1996, M. Alpha Condé s’est lancé dans la conquête du pouvoir par la force et l’argument des armes.

 

Sa philosophie politique était : « Si je ne peux pas avoir le pouvoir par les urnes, j’utilise les armes pour avoir ce pouvoir ».

 

C’est ainsi qu’à coté du RPG politique, M. Alpha Condé avait fondé la branche militaire du RPG, le « Rassemblement des Forces Démocratiques de Guinée (RDFG) » un parti « shadow » basé au Burkina Faso, au Liberia et en Côte d’Ivoire, pour mieux camoufler l’implication directe de son parti.

 

M. Alpha Condé était un ami très intime à l’ex-Président libérien Charles Taylor, qui lui assurait un soutien inconditionnel. Parmi les chefs d’Etats de la sous région, dont plusieurs soutenait sa cause, le Président du Burkina Faso, était son pilier central.

 

D’ailleurs selon plusieurs sources Burkinabaises, le leader du RPG aurait retracé ses origines burkinaises et un parent de Alpha Condé était membre de l’Etat Major militaire de Compaoré. Il avait aussi des soutiens des leaders des rebelles ivoiriens du MPIGO.

 

Mes contacts financiers avec Alpha Condé était assuré par le Chef de protocole de la Présidence Libérienne M. El Hadj Cissé. C’est par lui que nous recevions l’argent et les armes venant du leader du RPG depuis la France, le Burkina, la Cote d’Ivoire et ailleurs.

 

J’ai pris connaissance avec le leader du RPG en 1993. J’ai été recruté à Conakry par leader du RPG en 1996, et grâce à la complicité des éléments du RPG qui travaillaient au Ministre de l’Intérieur, j’ai reçu mon passeport le 25 Janvier 1996 pour sortir du pays.

 

Guinea-Forum : Comment qualifierez-vous vos rapports avec votre patron Alpha Condé ?

 

M. Kourouma Sékou Souapé : Travailler avec Alpha Condé, c’est comme suivre un démon dans le noir (dans l’obscurité). Il est erratique, imprévisible et n’aime pas les opinions des autres surtout quand ces opinions sont différentes de sa vision figée des faits.

 

Travailler avec Alpha Condé c’est comme dormir avec un serpent dont on ignore à quel moment il va vous mordre.
Photo : M. Kourouma Sékou Souapé : Juste après un entretien avec Alpha Condé dans une villa, à Monrovia, villa qui lui servait de quartier général.
Au début de la rébellion, j’avais une certaine confiance réservée mais au fur et à mesure que nous continuions, j’ai douté de ses capacités tactiques et de ses motivations.

 

Quand il a proposé de s’attaquer à Macenta, il disait que les raisons de cette mission étaient pour le contrôle des puits de Diamant de Macenta.


Alors je lui répondu pourquoi ne pas s’attaquer à Mandiana, plus vulnérable et plus riche en diamant et or ?


Il (Alpha Condé) m’a dit que si nous attaquons la Haute Guinée (Mandiana), mes parents vont me crucifier. Je préfère attaquer la Région Forestière pour épargner mes parents des dommages collatéraux de la guerre. C’est mieux de créer la panique, de verser le sang en région Forestière. C’est ainsi que nous avons attaqué Macenta puis les autres régions de la Forêt. Depuis ce jour, j’ai eu une arrière-pensée du caractère tribaliste, régionaliste et revanchard de M. Alpha Condé.

 

À Guéckedou, l’instruction était de piller tout car le commerce très florissant à l’époque, était dominé dans cette région par les ressortissants du Foutah.

 

M. Alpha Condé a toujours soutenu que les piliers du régime de Conté sont les commerçants originaires du Foutah, une certaine élite Soussou et les Morianais (Les Diakankhés de Forécariah et de Kindia). C’est sera d’ailleurs le motif principale de attaques de Faramoriah. C’est comme si le but de la rébellion était de punir ceux qui étaient plus proches du régime de Conté.

 

Guinea-Forum : À votre connaissance, Alpha Condé bénéficiait-il de la complicité dans l’Administration et l’Armée ?

 

M. Kourouma Sékou Souapé : Difficile d’élaborer la totalité des relations avec les cadres de l’administration mais ce qui est vrai, M. Alpha Condé avait des complices dans l’armée. Par exemple, à plusieurs reprises j’ai assisté à des comptes rendus de missions effectuées par des espions du RPG. À travers une correspondance confidentielle, j’ai pris connaissance de l’existence d’une coopération entre certains militaires de l’État Major de l’Armee avec Alpha Condé. Parmi ces militaires, le Général Arafan Camara entretenait des excellentes relations avec le leader du RPG.

 

Je peux aussi avouer que s’il y a de doute sur la profondeur de la complicité des cadres de l’administration avec Alpha Condé, par contre au Ministère de l’Intérieur, Alpha Condé avait des solides relations. Il pouvait se procurer de tout document qu’il voulait pour les rebelles (Cartes d’Identité Nationale, Passeports, etc..).

 

Pour preuve, j’ai en possession avec moi des lettres de correspondance entre Alpha Condé et le Général Arafan Camara qui feront l’objet de publication ultérieurement.

 

Par ailleurs, je détiens les cartes d’Identité militaire de plus de 100 soldats Guinéens qui ont été capturés vivants mais fusillés sur des ordres explicites de Alpha Condé.

 

Je suis prêts devant une juridiction indépendante confronter Alpha Condé avec les preuves.

 

M. Alpha Condé est un criminel de guerre au même titre que Charles Taylor. Il devrait répondre de ces milliers de morts, militaires et civils, lors des attaques rebelles contre la Guinée dont Alpha Condé était le parrain, le commanditaire, le financier et le décideur.

 

Guinea-Forum : Quelle votre vision de la Guinée en cette période d’incertitude ?

 

M. Kourouma Sékou Souapé : Je suis à la fois inquiet mais aussi animé d’une lueur d’espoir. Je connais l’histoire de la Guinée et je connais les enjeux politiques et économiques actuels. Si les Guinéens se laissent faire et succombent aux plaisanteries politiques de Konaté qui roule pour Alpha Condé, alors le pays sera perdu pour des générations.

 

Ce que certains Guinéens n’arrivent à comprendre, ce que la mise à l’écart de Dadis Camara a été orchestré par Alpha Condé avec la complicité des services secrets Français.


Photo : Sergent Loua Phillipe, né en 1964 à Nzérékoré, fusillé par la rébellion commandité par Alpha Condé.

 

 

Sékouba Konaté qui a effectué deux visites en France avant l’attentat contre le Capitaine Moussa Dadis Camara, a été un accompagnateur complice du complot contre Dadis.

Le schéma machiavélique qui a mis le Capitaine Moussa Dadis Camara à la touche est trop compliqué et profond pour que certains Guinéens voient le fond, le contour  et la profondeur du complot. Ce qui est à retenir, ce que les services secrets Français qui travaillent pour Alpha Condé ont recruté le Général Sékouba Konaté pour créer les conditions politiques fertiles pour l’intronisation obligatoire de Alpha Condé.

 

Le Capitaine Moussa Dadis Camara était un peu au courant de cette manigance française contre lui mais il n’a pas tiré les leçons et se prémunir contre le coup d’État organisé par le duo Alpha Condé et Sékouba Konaté, épaulé par les services de renseignements français.

 

Pire encore, était le transfert en catimini à Ouagadougou du Capitaine Moussa Dadis Camara. En fait, le Burkina a été et demeure le bastion de la rébellion de Alpha Condé contre la Guinée.

 

Le Burkina est un lieu de pénitence, un goulag pour les ennemis de Alpha Condé. Le transfert de Dadis au Burkina ne visait rien d’autre que de caser l’enfant de Nzérékoré dans un lieu où, il ne pourra plus jamais constituer une menace politique pour Alpha Condé.

 

L’erreur fatale du Capitaine Moussa Dadis Camara aura été d’avoir un excès de confiance au Général Sékouba Konaté.

Guinea-Forum : Avez-vous des contacts avec Toumba Diakité ?

M. Kourouma Sékou Souapé : Oui, je lui ai parlé à plusieurs reprises et il m’a donné des informations incroyables sur les événements du Camp Boiro qui ont mis fin à la carrière politique et aux ambitions présidentielles de l’enfant de Nzérékoré. Mais je tiens à dire que je ne lui ai pas rencontré physiquement.

 

Guinea-Forum : Justement à propos des combats à Madina Oula que s’est-il passé et le sort du Lieutenant–Colonel Panival Bangoura, toujours sans trace?

M. Kourouma Sékou Souapé : Il faut rappeler que nous avions la complicité d’une puissance internationale qui nous faisait écouter toutes les communications militaires entre l’État Major de l’Armée guinéenne et la Zone Militaire de Kindia. Nous savions le moment du départ du bataillon militaire du Camp Kémé Bourema.


Nous étions une vingtaine de soldats qui après s’être emparés du poste militaire frontière à la frontière avec la Sierra-Leone et cela sans difficultés, nous avons progressé sans résistance très profondément en territoire Guinéen.

 

Nous savions qu’avec les échos des combats, le gouvernement de Lansana Conté allait envoyer des renforts. C’est ainsi que nous avons décidé de se positionner en embuscade. Et la journée du 11 Septembre 2000, le bataillon militaire de prés de 60 soldats, envoyé en renfort de Kindia qui comprenait entre autre le Commandant de la Zone Militaire, tomba dans notre guet-apens à mi-distance entre Kindia et Madina Oula.

 

Après des rudes combats au début, plusieurs soldats prirent la fuite en brousse alors que d’autres furent capturés sans compter ceux qui sont morts pendant les échanges de tirs. Nous avions capturé et fait prisonniers 12 soldats guinéens.

 

Mais je dois l’avouer, le bataillon de renfort venu de Kindia n’est pas préparé ou plutôt les militaires Guinéens ne s’attendaient pas à un affrontement militaire avant d’arriver à Madina Oula.

 

Quand nous avons mis la main sur le Lieutenant Colonel Sama Panival Bangoura, il portais avec lui la « Bible », j’ai directement avec mon satellite téléphone j’ai appelé M. Alpha Condé pour lui faire parvenir la nouvelle et avoir des instructions de ce qu’il faut avec ce haut gradé de l’armé capturé et fait prisonnier.

 

La réponse du leader du RPG, M. Alpha Condé fut sans ambigüité : « Il faut le tuer. Il est parmi les barrons et dignitaires du régime de Lansana Conté. Il est un des plus grands piliers de Conté et par ailleurs il est un cousin de Henriette Conté, l’épouse de Lansana Conté. Il faut l’éliminer car cela peut servir de leçons pour les autres militaires qui seront dépêchés au front ».


Photo : Lieutenant-Colonel Sama Panival Bangoura, né à Boké, fils de Aronque Samany et Tckika Fatou Bangoura. Capturé et tué le 11 Septembre 2000 à Madina Oula par trois balles dans la tête sur ordre de Alpha Condé.

 

Après avoir raccroché avec M. Alpha Condé pour la première fois, je l’ai rappelé trois fois pour voir s’il a changé de position sur le sort de Panival Bangoura, il a à chaque dit de le tuer.

 


Donc c’est sur l’ordre du leader du RPG que le Lieutenant Colonel Sama Panival Bangoura fut liquidé de trois balles dans la tête le même jour dans la nuit du 11 Septembre 2000.


Le même jour je déclarais sur la Nouvelle sur la BBC :


« Retour au temps passé : Septembre 2000 (BBC Afrique).


Le Lieutenant-Colonel Bangoura toujours porté disparu


« Porté disparu depuis le 11 septembre (2000) dernier à la suite de l'attaque de Madina Oula, dans la préfecture de Kindia (à environ 135 kilomètres de Conakry), le lieutenant-colonel Sama Panival Bangoura, commandant de la zone militaire de Kindia, n'a toujours pas donné signe de vie.

 

Cet officier supérieur, dont le porte-parole du Rassemblement des Forces démocratiques de Guinée (RDFG) affirmait, récemment, dans une interview à la BBC, détenir la carte d'identité militaire sans toutefois préciser s'il avait été tué ou fait prisonnier, serait bel et bien mort ». Source : BBC Afrique).

 

Pour moi, je voulais le faire prisonnier car il pourra servir de « carte politique » pour d’éventuelles négociations. J’étais entre le marteau et l’enclume. J’ai eu très pitié du pauvre Commandant de la Zone militaire de Kindia dont les soldats qui devrait assurer sa protection ont fuit sans presque combattre et surtout il avait imploré le pardon de sa vie avec la bible entre ses mains.

Guinea-Forum : On parle de l’implication en coulisse de la France dans la conduite de ces agressions contre la Guinée. Vrai ou faux ?
M. Kourouma Sékou Souapé : M. Alpha Condé a toujours chanté à qui veut l’entendre, qu’il avait le soutien politique, financier et militaire de la France.
Photo : M. Kourouma Sékou Souapé en 4ème position à partir de la droite, avec des militaires Français : Preuves de la complicité Française. Alpha Condé a toujours soutenu être épaulé par la France. Je savais que le financement des opérations et les armes et munitions que nous utilisions venaient de la France. Il se vantait d’être un « protégé » ou « pion » de la France. Il est convaincu que cela soit par les urnes ou la force des armes, qu’il était le « golden boy » de France. Il était confiant de pouvoir renverser militairement le régime de Lansana Conté. Ce qui est certain, ce que dans les camps d’entrainement de mercenaires à la solde de Alpha Condé, il y a avait des instructeurs militaires français.

 

Omar Kaboré, pour Guinea-Forum à Ouagadougou.

 

 

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