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Violences politiques -GUINEE-

7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 17:27
 
Les forces de sécurité guinéennes continuent d'arrêter et de harceler des militants notamment, dans le sillage d'un massacre commis lors d'un rassemblement politique le 28 septembre 2009, a conclu Amnesty International au terme d'une récente mission en Guinée.

Mouctar Diallo, vice-président de la Commission nationale des droits de l'homme de Guinée, a été arrêté le 26 novembre 2009. Amnesty International a découvert qu'il est détenu au camp militaire d'Alpha Yaya, pour avoir « porté atteinte à la sécurité nationale ».

La délégation d'Amnesty International, qui est rentrée de Guinée mardi 1er décembre, a également recueilli des informations sur plus de 40 personnes ayant assisté à la manifestation et dont on ignore où elles se trouvent. Il s'agit notamment de cadavres identifiés sur des photographies et des vidéos prises au stade mais que l'on n'a pas retrouvés par la suite à Conakry dans les hôpitaux, les morgues, les mosquées ou les camps militaires, dont le camp Alpha Yaya Diallo.

On ignore toujours le sort réservé à d'autres personnes ayant participé au rassemblement. Amnesty International craint qu'elles n'aient fait l'objet de disparitions forcées ou d'homicides.

Officiellement, 58 personnes ont été tuées lors de la manifestation au stade de Conakry, mais les organisations de défense des droits humains parlent d'au moins 157 victimes.

En outre, Amnesty International a mis au jour de nouvelles preuves quant au nombre inquiétant de violences sexuelles commises durant le massacre.

Plus de 30 femmes ont déclaré avoir été violées lors des événements du 28 septembre. D'après des dossiers médicaux consultés à l'hôpital de Donka à Conakry, au moins 32 manifestantes présentaient des marques de viol.

Une femme a vu son amie se faire agresser par cinq membres des Bérets rouges – la garde présidentielle. Elle a raconté : « Ils ont arraché ses vêtements à l'aide d'une baïonnette, l'ont plaquée au sol et l'ont violée. Puis ils lui ont tiré une balle dans le vagin. »

Plusieurs femmes interrogées par Amnesty International ont raconté qu'elles avaient été arrêtées par les Bérets rouges lors de la manifestation et détenues durant plus de cinq jours, pendant lesquels les soldats les ont droguées, frappées et violées à maintes reprises, tout en les filmant avec leurs téléphones portables.

« Un climat de peur s'est installé en Guinée. Les autorités ne peuvent plus fermer les yeux sur les atteintes aux droits humains commises par les forces de sécurité, a indiqué Gaetan Mootoo d'Amnesty International.

« Elles doivent pleinement soutenir les initiatives de la commission internationale d'enquête des Nations unies et veiller à ce que les auteurs de ces crimes soient traduits en justice. »

Amnesty International a constaté que les forces de sécurité répriment également toute dissidence potentielle au sein même de l'armée.

La délégation a appris que huit militaires ont été mis aux arrêts depuis les événements du 28 septembre et sont toujours détenus sur l'île de Kassa, au large de Conakry.

Une assistance militaire internationale

Amnesty International a recueilli des informations sur l'assistance militaire internationale et la formation fournies à certaines unités de l'armée et des forces de sécurité guinéennes impliquées dans les violences du 28 septembre. Elle craint que cette assistance n'ait pas pris en compte ni tenté de remédier aux violations des droits humains dont ces unités s'étaient rendues responsables.

Le gouvernement chinois a par exemple entraîné au combat depuis au moins 2006 des membres des bataillons de la garde présidentielle. Le gouvernement français a fourni depuis 2008 une assistance technique pour la formation et l'organisation de quelque 4 000 nouvelles recrues de la gendarmerie nationale. Or, des membres des Bérets rouges et de la gendarmerie nationale se trouvaient au stade de Conakry le 28 septembre 2009. La France a suspendu sa coopération militaire avec la Guinée depuis le 28 septembre.

En outre, Amnesty International a vu 60 douilles de cartouches de Kalachnikov ramassées au stade et dans deux autres sites de Conakry – à Kosa et Ratoma – au lendemain des violences du 28 septembre. Près de 20 % auraient été fabriquées en 2006 et 2008, ce qui indique que des munitions ont été fournies récemment aux forces de sécurité guinéennes, et ce malgré les multiples homicides illégaux et le recours excessif à la force constatés depuis 1998.

« Le massacre du 28 septembre et ses répercussions s'inscrivent dans une décennie d'atteintes aux droits humains imputables aux forces de sécurité, a déclaré Gaetan Mootoo. Tous les gouvernements doivent immédiatement cesser d'apporter aux forces de sécurité de Guinée un soutien susceptible de favoriser de nouvelles violations. »

Par ailleurs, Amnesty International a appris que le gouvernement guinéen s'est récemment adressé au gouvernement du Maroc pour l'aider à restructurer ses forces armées. Tout programme de réforme du secteur de la sécurité doit se faire dans la transparence, s'attaquer à l'impunité pour les violations commises par le passé et mettre en œuvre le droit relatif aux droits humains.

Des camps d'entraînement pour les membres des milices

La délégation a eu connaissance d'éléments attestant du fait que des milices opèrent en collaboration avec les forces gouvernementales, mais en dehors de toute structure militaire ou policière officielle. De nombreux manifestants qui se trouvaient au stade ont livré des témoignages cohérents sur la présence d'un grand nombre d'hommes en civil aux côtés des forces de sécurité, armés notamment de couteaux.

Amnesty International a reçu des informations sur le recrutement et la formation de quelque 2 000 jeunes hommes dans deux camps situés au sud-est de Conakry, et sur les rassemblements et le recrutement de jeunes organisés dans le quartier de Kaporo, en banlieue de Conakry. Ces activités, qui semblent avoir débuté en août 2009, sont désormais menées en partie par des instructeurs étrangers dans les camps de la périphérie de Conakry.

Amnesty international
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